C’était une (très belle) idée de Patrick PALACIO (et de son équipe : Felipe, Aziz…) du bar-hôtel-restaurant « Les Templiers » (photo ci-dessus) : organiser en quelque sorte avant l’heure le réveillon, histoire de se mettre en bouche, de s’entraîner, pour mieux faire face à la parade et tenir le (bon) coup !

Le moins que l’on puisse écrire, c’est qu’ils y ont réussi. Formidablement bien réussi. Hier soir, mercredi 30 décembre 2015, « Les Templiers » débordait de jeunesse, d’ambiance, de fêtes, tant du côté du quai de L’Amirauté et ses terrasses, que de l’autre côté dans les ruelles adjacentes. Les amateurs de festivités populaires, les professionnels de la musique transgenres, les Colliourencs, ils vous le confirmeront tous : on se serait cru un 16 août, tellement ça bougeait dans tous les sens, dans toutes les têtes, tellement ça fourmillait dans les mains, les pieds… Et puis il y avait le peuple de Collioure : ses habitants, ses commerçants, les habitués bien sûr, les personnages locaux (abonnés aux comptoirs, aux banquettes…), les artistes-célèbres-inconnus, les Toulousains de service, les musicos venus du Gers, avec ou sans fanfare (pour donner le véritable La ce soir entre « Café Sola » et « Les Templiers », entr’autres lieux de folies pour passer de 2015 à 2016)… Il faut reconnaître que la formation musicale locale, HelloLisa, a su mettre le paquet pour que ce succès soit au rendez-vous.

Chez ces jeunes musiciens-là, il y a une certaine poésie, pour légender, ou plutôt pour accompagner des rythmes sonnants et trébuchants loin de nos « viens poupoule » traditionnels qui nous cadenassent dans un folklore déprimant jusqu’aux soirs de fête. Eux, c’est pas pareil ! Ils jouent bien, ils envoient bien. Ce groupe, qui revendique une étiquette musicale indie pop rock, composé de 7 amis d’enfance originaires de Collioure (Julien FALQUèS, Bertrand SALA…), et de la région de Perpignan, est né en 2005. Depuis, sans être escorté par les médias du cru (qui trop souvent ouvrent leurs colonnes à des imposteurs – comme on vous le dit et na c’est dit !), HelloLisa a rempli un parcours extraordinaire entre Paris et la Méditerranée. Partout où le groupe se produit, c’est une pluie d’éloges qui s’abat et des rangs de fans qui grossissent à vue d’œil. Hier (soir) encore, ils ont donné depuis la salle du bar-restaurant des « Templiers » un récital d’exception, un moment authentique de haute musique. Se produire entre les toilettes et le passe-plat des cuisines, ce n’était pourtant pas gagné d’avance. Mais ils y ont réussi, sans malentendu et, surtout, sans fausses-notes. Entre Tarte Marie et Yves PORTEIX, entre Les Bizars ressuscités et Clairon and C°, entre Max et les ferrailleurs, il y avait un certain Raoul DUFY, un certain Augustin HANICOTTE, un certain PONCELET aux couleurs éclatantes accrochés aux murs de l’établissement de l’historique famille POUS, une sorte de cavalcade sans bataille de fleurs et sans chars mais avec des décibels, des groupes costumés et une joie populaire inestimable. Il y avait aussi tous les gosses de Collioure, pour se jeter et se mirer dans la « guinche libre », un phénomène purement inventé par HelloLisa.

C’est ainsi, et pas que pour son néanmoins célèbre et superbe clocher les pieds dans l’eau, ses artistes et ses peintres sensibles, que Collioure est universellement connu : pour des tempos, pour ses saltimbanques, pour ses scènes du quotidien, pour son ciel aux couleurs éclatantes, pour ses paysages, pour ses figures… Collioure, c’est en quelque sorte le « miracle du Roussillon » !

Et HelloLisa fait partie de ce miracle, en renouant avec un certain passé qui enregistrait chaque année une certaine floraison de sociétés musicales dans le département. Les vraiment plus « anciens » se rappelleront (même s’ils ne sont plus là) du chef d’orchestre COYE qui créa à Perpignan, en 1825, la Société de musique instrumentale, après celle de Saint-Paul-de-Fenouillet (la première avec l’Harmonie Sainte-Cécile), puis suivirent : l’Echo de l’Agly (1840), les Orphéons d’Amélie-les-Bains et d’Arles-sur-Tech (1860) avec COLOMER, l’Orphéon de Rivesaltes (1864) et ses 76 exécutants dirigés par BUXO, violoniste et compositeur réputé, l’Union musicale (1885), l’Harmonie du Vallespir à Céret (1886), l’Orphéon de Perpignan (1890), Els Cantayres Catalans (1898) sous la baguette d’Adrien AMADE… Il faudrait ajouter à cet inventaire Latour-de-France (dirigé par ALAZET), Baixas (sous la baguette de BERNADAC), Prades (avec Edouard ARTUS)… Bien avant la téléréalité et le cinéma, le Roussillon avait produit, dès les années 1860, son grand festival de musique chorale. En ce temps-là, dans les années 1900, le développement musical dans le département des Pyrénées-Orientales, unique en France !, atteint les sommets. Tout le monde s’y met pour y courir de son refrain : la Fanfare des Patriotes, l’Estudiantina catalane, les Guitaristes de Perpignan, la Société Chorale Appollon, l’Harmonie Jeanne d’Arc (à Saint-Laurent de la Salanque), la fanfare Torrent du Bouloul’Orféo Canigo (dirigé par le maître Arthur MARCET) et l’Orféo Català (dirigé par Roger DEBESA)… Refermons cette belle parenthèse historique.

Avec HelloLisa, il est bon de rappeler que la vie artistique colliourencque ne se résume pas à des huiles (au sens propre comme au sens figuré), des aquarelles et des dessins. Et les portraits (locaux) ressemblants ne sont pas nés que d’études au fusain et à l’encre de Chine. Avec cette relève, qu’elle soit musicale (comme ici), picturale ou gastronomique, c’est le plus bel hommage qui ait été rendu en cette fin d’année à notre port, car c’est là une expression de la synthèse même de Collioure avec les attitudes d’un peuple maritime à l’esprit vif et au regard frétillant.

Collioure reste une fête !

 

Merci Les Templiers, merci HelloLisa. Merci les Colliourencs.