Alors que je relisais non sans plaisir « la Gloire de mon Père » chapardé sur le bureau de ma fille, élève de première, je décidai d’en savoir plus sur Marcel Pagnol et d’interroger Internet

 

Je compris très vite que le petit-fils de l’écrivain et dramaturge, apparaissant en première ligne sur tous les moteurs de recherche, était un homme d’affaire avisé. Bon chic bon genre, Nicolas Pagnol, derrière sa barbe finement taillée et son sourire d’étudiant fraîchement diplômé, s’est auto-proclamé « …Passeur de mémoire et promoteur de l’œuvre de son grand-père afin que celle-ci ne sombre pas dans l’oubli ».

Pourquoi pas, me direz-vous ? Mais ce qui va suivre est beaucoup plus gênant.
En effet, en bon chef d’entreprise légèrement poseur, Nicolas a pris les reines d’une société de gestion des droits de l’œuvre de son aïeul.
Au grès des colloques, des émissions radio/ télé relayées sur Youtube, il sait se mettre régulièrement en scène Nicolas, dans son beau costume trois-pièces-nœud-pap’s.

Il ne manque pas d’idées et est de tous les combats pour que le business et la vente de produits dérivés battent leur plein : randonnées pédestres provençales à partir d’Aubagne et de Marseille, audio randonnées avec la voix de Marcel Pagnol dans les oreilles, randonnées théâtrales avec une troupe de professionnels, expositions, restauration des œuvres cinématographiques (avec appels de fonds pour les généreux bienfaiteurs), mécénat, blog, concours de nouvelles, soirées de gala (au profit du fond Marcel Pagnol) dans les salons de l’intercontinental Hôtel-Dieu de Marseille, visite de la maison natale à Marseille avec cette mention spéciale :« chez lui, vous y serez chez vous »… Sans oublier le projet de musée Marcel Pagnol, où les enfants pourront se déguiser en Marius et Fanny pour le grand bonheur des parents bêtas tombés en pâmoison…
Il sait y faire le petit (fils) Nicolas, on parierait qu’il sort tout droit d’une prestigieuse école de commerce… spécialiste en production, finance et marchés pour le meilleur divertissement de tous, spécialiste en recyclage dans la production industrielle, numérique et intellectuelle des œuvres de grand’papa (qu’il n’a d’ailleurs au passage jamais connu).
Je n’oublie pas la cerise sur le gâteau : la boutique en ligne. Elle propose une livraison gratuite à partir de 21 euros d’achats pour des parfums, jeux, tee-shirts, portes-clefs, affiches, DVD, mugs, bandes dessinées, livres, cartes postales, figurines du « petit monde de Marcel », etc.-etc.

« Je ne suis pas un artiste », déclare Nicolas, faussement innocent – on l’avait bien compris, je le rassure -. Nous lui proposons d’ajouter : « Je suis un business-man accompli ! » (…).
Les proches amis de Nicolas sont des banquiers et font partie de la nomenklatura locale. Ils déclarent solennellement : « Nicolas gère avec cœur le patrimoine culturel de sa famille… » : gentil Nicolas !
Une association à but non lucratif pour perpétuer la mémoire de l’illustre ascendant aurait été autrement et certainement plus élégante et discrète, non ?

 

Pierre Leberger (de Port-Vendres).