« Le paysage est irrémédiablement, comme tout espace public, une question politique sensible »

Nous ne pourrons bientôt plus prétendre aimer notre territoire et en même temps abandonner l’exploitation de nos terres de façon aussi irrémédiable.

Le département des Pyrénées-Orientales ne s’embellira que par la réapropriation des terres en friche. Cela ne se fera que dans la concertation et la confiance d’un esprit plus amiable entre ruraux et citadins.

J’ai souvenir qu’a la fin des années 90 le dernier paysan à vendre son lait sur la dernière ferme d’Argelès-sur-Mer (maintenant Argelès-la-Naturelle) a dû abandonner son exploitation dans l’indifférence générale.

Cet homme besogneux était détesté par les clients du campings voisin. Les nuisances des animaux et les quelques mouches que cela attirait ont contribué à l’extinction de l’activité.

Ce genre de préoccupations avaient pourtant traversé les siècles, avec des traductions diverses selon les époques.
Notre société est peut-être devenue moins tolérante ?

Notre monde s’aseptise, ne supportant plus le chant du coq et autres désagréments peu compatibles entre monde rural et invasion citadine.

Sur la Côte Vermeille cela a contribué à l’abandon de nombreuses terres vivrières, c’est aussi l’attrait d’une richesse financière, une perte de repères et des générations d’héritiers qui ont rendu la situation du monde agricole difficile.

C’est principalement le goût de l’argent facile et l’attractivité de terres pouvant devenir constructibles qui ont  influencé certaines pratiques du littoral.

Aujourd’hui encore, même si certaines pratiques agricoles se sont dégradées, nos terres peuvent retrouver un rôle social, écologique, économiquement gratifiant.

C’est par la valorisation de nos terres, par la reconnaissance maraîchère, arboricole et la qualité de nos élevages que nous maintiendrons notre authenticité et conforterons nos traditions culinaires inscrites au patrimoine mondial de l’humanité.

Cette démarche s’inscrit dans un parcours initiatique vieux de plusieurs siècles, il suffirait juste que la raison et notre bon sens méditerranéen (berceau de la civilisation) réconcilient l’agriculture, le paysan, le paysage comme dernier rempart pour mieux définir ensemble leurs rôles déterminants dans l’économie touristique des P-O.

Le respect du monde paysan doit se réapprendre en sachant écouter, analyser et faire en sorte que les coups de cœur ne se transforment en coups de gueule…

Même si le paysage représente le banal, le quotidien, il transmet aux voyageurs l’image de notre respect à protéger une terre qui doit garder sa vocation nourricière.

Modifiable constamment en fonction de notre regard ; ce paysage, devient l’objet politique indissociable de notre époque qui appartient à tous, chacun a droit de regard et chacun par ses actes peut s’impliquer.

Qu’il n’y ai pas qu’un discours écologique, bien au contraire, il faut permettre à chacun de s’affranchir d’un sentiment d’utilité traduit dans l’action collaborative. Permettre le regroupement d’exploitations organisées en groupe (CUMA, GAEC…), plutôt qu’une seule grande à titre individuel.

Le paysage appartient à tous, il est notre bien commun, il transmet des valeurs de respect. Cet équilibre est aussi intergénérationnel, il nous permet de retransmettre les biens essentiels à la qualité de notre alimentation. Notre magnifique plaine du Roussillon, parfaitement irriguée, pourrait redevenir le grenier indispensable de nos plaisirs culinaires. Les techniques et le matériel évoluent, reconstituons nos réseaux d’échanges pour replanter des graines anciennes. Certaines graines rustiques et résistantes à nos conditions climatiques sont souvent interdites par la législation française et européenne, néanmoins elles peuvent s’échanger et dynamiser notre indispensable biodiversité.

La nécessité de légitimer l’entretien de nos paysages peut s’accompagner d’une intervention préfectorale, pour faire préciser ce que doit être le paysage.

Toute personne physique ou morale peut demander l’autorisation d’exploiter une parcelle susceptible d’une mise en valeur agricole, manifestement sous-exploitée depuis plusieurs années.

La Commission Départementale d’Aménagement Foncier (CDAF) saisie, peut se prononcer sur l’état d’inculture ou de sous-exploitation manifeste du fonds et donne son avis sur la possibilité d’une mise en valeur agricole.

Dans un délai de deux mois, à compter de la notification de la mise en demeure, le propriétaire est tenu de faire connaître au préfet si il s’engage à mettre en valeur le fonds inculte, auquel cas il dispose d’une année pour réaliser la remise en valeur, ou il y renonce.

Bien entendu que dans les P-O les refus seront nombreux, néanmoins si le fonds n’a pas été mis en valeur dans l’année, le préfet le constate par décision, qu’il notifiera au propriétaire. Dans ce cas, si le préfet suit l’application stricte de la loi, il peut attribuer l’autorisation d’exploiter, après avis de la CTOA sur le plan de remise en valeur.

En cas de nombreuses demandes, cette autorisation est attribuée en priorité à un agriculteur qui s’installe ou, à défaut, à un exploitant agricole à titre principal. L’autorisation d’exploiter peut être très consensuelle, car dans un souci d’éthique rien ne doit se faire sans une démarche pédagogique. A défaut d’accord amiable, il reviendrait au préfet et aux maires de prendre leurs responsabilités auprès du tribunal paritaire des baux ruraux pour fixer les conditions de jouissance et le montant du fermage.

D’autres solutions très efficaces peuvent aussi être envisageables. Certaines terres gelées pendant 30 ans à la construction seraient très rapidement rendues au monde agricole. Beaucoup d’agriculteurs maintiennent cet espoir avec l’éventualité de remembrement pour regrouper l’exploitation des terres éloignées. Beaucoup de friches abandonnées 30 à 50% des terres sur l’ensemble de nos territoires (40% sur ma commune) et plus qu’un seul agriculteur reconnu avec un statut d’agriculteur.

Il y a aussi la chasse à la cabanisation qui a parfois bloqué les vrais exploitants.

Néanmoins, pendant que nous nous engluons dans des tergiversations administratives, nous sommes tous de plus en plus conscients qu’il faut rapidement produire mieux, dans une préoccupation qualitative de proximité et surtout pour garantir la santé de nos enfants.

« L’action de transformation des friches en terres fertiles devient d’autant plus indispensable sur l’ensemble du littoral que la prolifération des broussailles aggrave les risques d’incendies ! »

Avec un peu d’éthique le paysage peut se réapprendre dans un travail plus collaboratif, qu’il nous appartient de reconstruire dans la reconnaissance et le respect de ce que la terre a de noble : « nous sommes responsables de ce que nous voulons transmettre ! ».

Derrière des paysages plus consensuels, s’exprime aussi la vitalité d’un agritourisme catalan générateur d’emplois.

Le nombre d’agriculteurs a trop diminué dans les P-O, il faut relancer la coopération de proximité, redonner à notre jeunesse ce goût d’entretenir et produire nos richesses agricoles.

La foire de l’elevage aura lieu ce dimanche 8 avril à Argelès-sur-Mer, c’est la 17ème du genre et l’une des plus belles foire d’élevage du littoral. Cette année nous y valoriserons la vache de l’Albère, les chèvres catalanes… et la richesse des productions locales.

Notre monde peut changer, avoir des idées c’est bien, être capable de les réaliser c’est mieux.

Notre monde politique et économique des P-O ferait preuve d’une plus grande maturité, d’organiser : « Les états généraux du monde agricole, culinaire, touristique, artisanal pour construire l’économie et les solutions de demain ! ».

Le progrès, la solidarité pour le plus grand nombre sont des valeurs modernes.

Hubert LEVAUFRE
La Ferme Découverte Saint-André.