S’il suffisait de porter une perruque blonde-platine et de cloner – pour ne pas écrire clowner – la femme à barbe (l’Autrichienne Conchita WURST née Thomas NEUWIRTH qui avait remporté le Concours le 10 mai 2014) pour gagner l’Eurovision, ça se saurait… Le représentant de la France hier soir au Concours Eurovision de la Chanson à Tel-Aviv (Israël), Bilal HASSANI, en a fait les frais, confondant sans aucun doute la scène de l’Eurovision avec celle du Festival international du cirque de Monte-Carlo.

Il n’est nullement question ici de porter un jugement sur les apparences de l’interprète et de ses deux accompagnatrices de la soirée, encore moins de remettre en cause sa différence, leurs différences, ou de critiquer une quelconque métamorphose, voire de la ridiculiser, il s’agit simplement de s’en tenir au(x) fait(s) : Bilal HASSANI a terminé à la 14e place (sur les vingt-six concurrents en compétition). On en reste sans voix. Comme d’ailleurs l’interprète français qui n’a pas été à la hauteur du micro tendu, tant ses cordes vocales semblaient poussives, voire inaudibles. Rappelons la règle du jeu : au-delà du look des participants et de leurs fantasmes chorégraphiques, c’est bien la voix que l’on juge à l’Eurovision ! Du haut de ses dix-neuf ans, Bilal HASSANI a montré qu’il avait un réel talent scénographique mais peu de voix. D’ailleurs, on peut – et on doit s’interroger – du faible niveau des concurrents affichés dans les émissions télévisées de « téléréalité-télé-crochet » en France, comme « The Voice », comparativement à celui d’émissions similaires organisées dans les pays scandinaves, au Royaume-Uni… ou aux Pays-Bas !

Le vainqueur d’hier soir, le Néerlandais Ducan LAURENCE, est venu nous rappeler à cette triste réalité et à cet évident constat. Donné favori de cette finale de l’Eurovision depuis le début par les bookmakers, avec sa chanson « Arcade », une ballade inspirée de la disparition d’un être cher, interprétée magistralement au piano, sans fards ni maquillage, Ducan LAURENCE a remué avec ses tripes le cœur de tous les (télé)spectateurs grâce à un texte éblouissant, assumant et revendiquant sa différence.

Le choix de la chanson, « Roi », interprété par Bilal HASSANI, est également très critiquable. A la manœuvre, on trouve en tant qu’auteurs-compositeurs le duo Madame Monsieur, lequel l’an passé s’était déjà ramassé avec son titre-donneur-de-leçon-à-la-française : « Mercy ». On connaît la suite… Le tandem n’a pas fonctionné dans le public de l’Eurovision pas si ringard que ça : il terminera 13e. Cette année c’est encore pire, la France recule à la 14e place… Air (re)connu : les mêmes causes produisent les mêmes effets ! La preuve…

Peu importe si la plus grande scène musicale internationale qu’est l’Eurovision apparait pour nombre d’entre nous « kitschissime », de mauvais goût, elle n’en demeure pas moins quelque part et quelquefois une machine créatrice de talents : France GALL, le groupe ABBA, Johnny LOGAN, Céline DION… pour ne citer que ceux-là.

Hier encore, ce rendez-vous annuel, est venu nous montrer combien et comment, en France, tant que les tenants d’une culture établie continueront d’être les sélectionneurs prodigieux d’une « extravagance bobo », alors nos gauloiseries ne dépasseront jamais les frontières hexagonales. Il est grand tant de dépoussiérer, de faire le ménage, de renvoyer les André MANOUKIAN et autres Stéphane BERN dans des broderies de napperons où là ils auront toute leur place « cultissime ». Rideau !

Enfin, au-delà de Ducan LAURENCE, hier soir il y a eu un autre gagnant à Tel-Aviv, en « la » personne des organisateurs de cette 64e édition du Concours Eurovision ; ils nous ont offert un spectacle grandiose, féérique, servi sur un plateau technique qui valait de l’Or ! Merci et bravo.