Pierre SIRèRE est forcément devenu le Catalan le plus connu du Sénégal. Et vice-versa. Et en un temps record ! Son parcours sous le soleil du Roussillon, avant de mettre le cap sur le Sénégal, en atteste déjà, évidemment. Originaire du Vallespir, il a régné de Céret à Argelès-sur-Mer sur les nuits qui ont agité les années 90. Tout le monde se souvient de lui, de son caractère bien trempé en particulier, de sa gouaille qui en émergé, de ses idées « sur tout et sur tout » comme disait COLUCHE. Il avait le don de participer à la création de l’air du temps, toujours partant pour bâtir un mythe, pour découvrir la meilleure table du coin… Avec lui, on prenait toujours son temps pour mieux le perdre afin de plonger dans un grand bonheur !
« Ici,  tout roule le « Bigaro dos » tourne bien, il nous aura fallu trois ans pour le lancer, mais là on y est », nous confie-t-il par Internet. Son épouse Nathalie est en cuisine, lui au bar : « On se régale ! On a des projets, on ne rentrera plus ».
Pour rappel de ses faits d’armes, pour celles et ceux qui ne l’ont pas connu en terres catalanes (tout simplement parce qu’ils n’étaient pas nés car c’était impossible de ne jamais le croiser…) : dans les années 80, Pierre SIRèRE a été Dj au Syncro (sous l’actuelle discothèque du casino d’Argelès-sur-Mer, Playa-Club), directeur du Psyché auparavant (dans les mêmes lieux), dans les années 80 of course, directeur du Playa, puis du Bigaro (à Céret) qu’il a fondé, pendant dix ans… il a également quelques heures de gloire sur les ondes, en animant une chronique inoubliable sur la radio locale publique (RLP) France Bleu Roussillon… On lui doit aussi : l’organisation du trophée « Wiston Churchill » (les olympiade du Nosport), un disque « l’aqui menut », avec ses incontournables et talentueux potes artistes de grand renom : Marc FOURQUET et COMELADE (Pascal de son prénom)… En 2014, il décide de vendre, de tout quitter (sauf les amis), de s’exiler (sauf qu’ici et pour lui c’est un choix)… Sa route 66 le conduit en Afrique, au Sénégal, il crée le « Bar de la Piscine », à Saint-Louis, puis s’installe au commandes d’une gérance, le « Safari Beach » (restaurant de plage à Saly Koulang, village de pêcheurs), où il se lance dans le « Bigaro dos ».
L’étonnant personnage ne se repose jamais. En une décennie, le connaissant, il s’est fait des tonnes d’amis, là-bas. Tout le monde le reconnaît. Et quand il rajoute – « Voila, je suis de repos, baignade et poisson frais au programme » – c’est vrai, m’en n’en croyez rien : c’est qu’il est déjà ailleurs, dans sa tête, sur un autre projet. Inépuisable Pierre SIRèRE ! Preuve en est : il publie ce mercredi 7 décembre 2016 un livre. Son livre : « Le Chemin de Pierre ». Sorte de malle aux souvenirs qui rassemble ses chroniques quotidiennes, ses tranches de vie, sa « life ». Passionnant, tout simplement.
– Ouillade : pourquoi ce choix, du Sénégal ?
 Pierre Sirère : « Suite à la vente du Bigaro à Céret, une fenêtre s’est ouverte, nous sommes allés en Chine, trop loin !… au Brésil, pas mieux !… Nous étions déjà allés au Sénégal en vacances ; on y avait des amis, on y était allé par la route en famille. Même langue, pas de décalage horaire, ou peu, du soleil toute l’année, une nature exceptionnelle, de la liberté de vivre… un pays émergent, plein d’espoir et de projets. J’ai été séduit par son côté désespérant et inespéré ».
– Ouillade : quel a été le déclic qui a fait que ?
Pierre Sirère : « Au départ il y a un constat, après nos deux  premières années au Sénégal, quelque chose d’évident, de fulgurant, une envie de revenir, un manque.
Lors de notre premier voyage au Sénégal, c’était au siècle dernier !, nous avions dit en rentrant : « on foutra jamais plus les pieds dans ce pays, c’est pauvre, sale, dégueulasse ». Quelques mois plus tard, nous avons senti le manque, ce manque d’émotion de proposition autre que compétition et consommation, que nous avions ressenties là-bas, on était accroché… ».
– Ouillade : qu’est-ce qui te fait dire aujourd’hui que « vous ne reviendrez plus en France » ?
Pierre Sirère : « Tout d’abord parce que j’ai été commerçant en France, les commerçants comprendront…
Aujourd’hui je suis restaurateur au Sénégal, je travaille plus qu’en France, et je le rappelle j’étais commerçant ; trouver le personnel, le former est une magnifique expérience humaine, idem pour les produits, une exploration des rencontres, rien d’établi, une aventure quotidienne, et surtout, surtout, pas de boite au lettre !
Les dernières fois que je suis rentré en France, chez moi dans les P-O, j’ai eu l’impression de visiter un musée ! ».
– Ouillade : pas de manque du pays, donc, pas de nostalgie ?
Pierre Sirère : « Ce qui me manque c’est mon enfance, ces soirées dans la rue avec les voisins, on sortait les chaises, on jouait aux boules, c’était intergénérationnel, cosmopolite et joyeux, je ne le retrouve plus en « toubabie » aujourd’hui.
Par contre, ici, je retombe en enfance, je ressort ma chaise, je suis avec les vieux maintenant, les ‘gorguy » comme on dit ici, on palabre, les enfants jouent les petites filles se font des tresses, les maman font griller des arachides dans des petits fourneaux, un peu comme chez moi, avant.
Ma culture Catalane est là, elle m’accompagne, c’est la terre sous mes tongs ».
– Ouillade : pourquoi « Le Chemin de pierre » ?
Pierre Sirère : « J’ai toujours écrit… En septembre dernier j’ai créé un blog, http://chemindepierre.over-blog.com/, j’avais quelques textes anciens, et je me suis mis à écrire des nouveaux, une amie les a fait lire à un éditeur parisien qui m’a proposé de sortir le livre.
Ce sont de chroniques, des humeurs, des fables, des nouvelles, des récits de voyages qui dans leur ensemble synthétisent mon changement de vie, de regard, sur moi et surtout sur l’autre ».