Cette année, pour la Fête Nationale, un arrêté préfectoral concernant la vente d’alcools est passé pratiquement inaperçu, sauf chez les cavistes, épiciers et autres commerces proposant à la vente vins et spiritueux en tous genres. L’arrêté préfectoral en question – que peu de municipalités bizarrement se sont empressées de diffuser et de porter à la connaissance de tous, en général, des commerçants en particulier… – annonçait, pour la journée du 14-Juillet, l’interdiction totale de vendre de l’alcool à tout consommateur.

Ce jour-là, sur le port d’Argelès-sur-Mer, un épicier applique à la lettre ladite interdiction. Il est 8h et des poussières, il refuse à son premier client la vente d’une bouteille de vin : « Je n’ai pas le droit, exceptionnellement aujourd’hui… C’est le préfet qui a signé un arrêté interdisant la vente d’alcool le 14-Juillet ». Ce refrain-là, le commerçant de Port-Argelès va le chanter à plusieurs reprises, le déclinant à tous les degrés. Jusqu’à une cliente, qui lui répond : « Mais je ne comprends pas, je reviens du marché sur le port, et là j’ai vu un stand où l’on vendait du vin. Vous me dîtes que c’est interdit, et pourtant… Bon, je vais acheter mon vin sur le marché alors ! ».

Le commerçant n’en croit pas ses yeux, ou plutôt ses oreilles, il part vérifier sur place les dires de sa cliente. Et il ne pourra que constater de visu (cette fois-ci) la réalité de son propos…

A partir de là, de 9h à 13h, une dizaine d’échanges téléphoniques vont avoir lieu entre le commerçant et la Police municipale, qui cherche à comprendre ce qu’il en est exactement. Il ne s’agit pas de faire de la délation, mais simplement de savoir ce qu’il en est précisément, ce qui est autorisé… La PM confirme le contenu de l’arrêté préfectoral, dit envoyer une patrouille sur place pour constater… L’épicier insiste à nouveau : « Où en êtes-vous ? Que puis-je faire, vendre ? ». Réponse de la PM entièrement à l’écoute du commerçant et qui comprend ses légitimes interrogations : « Attendez, nous n’avons pas pu aller sur place, on a un problème d’effectifs, ils sont au défilé ».

L’affaire devient maintenant des plus « kafkaïennes ». Pendant ce temps, durant cette seule matinée, le commerçant estime la perte de son chiffre d’affaires à -60%.

La PM vient effectivement constater. Au stand de vin sur le marché, la personne, simple employée, de bonne foi, dit ne pas être au courant.

L’imbroglio autour de l’application de cet arrêté préfectoral « anti-alcool » se poursuit. Un caviste fait ses emplettes sur le marché du port à ce moment-là : « Il semblerait que ledit arrêté a omis de préciser que les marchands ambulants sont également concernés… L’arrêté vise uniquement les commerçants sédentaires… ».

Il est près de 13h. L’heure de l’apéro est passée. Résigné, l’épicier du port met en valeur ses sodas, non sans humour : « Heureusement que l’arrêté préfectoral ne concernait pas ni les boissons sucrées ni les eaux minérales gazeuses, sinon je n’avais qu’à baisser le rideau ! En même temps, la prochaine fois je mettrais un chariot devant ma terrasse pour vendre la production viticole locale, ce sera considéré comme un stand !… ».