Aurevoir Monsieur BUXEDA !

 

 

De Banyuls-sur-Mer, où il est né et où il a tenu un temps un restaurant gastronomique, jusqu’aux portes des Corbières audoises, en passant par le littoral roussillonnais, le village d’Argelès-sur-Mer et Perpignan, Ely BUXEDA et son saxo ont fait danser, swinguer et valser tout le département sur plusieurs générations. Depuis quelques années, il s’était retiré dans un modeste appartement à Bompas, commune située dans la couronne perpignanaise, mais avec toujours une oreille scotchée à son téléphone, okazou, en attente d’une convocation pour une soirée musicale. Toujours partant, vaille que vaille !

Il était le roi incontestable – et incontesté d’ailleurs – de la balloche dans les Pyrénées-Orientales, toujours souriant, éternellement généreux. Avec lui, les bals populaires en Pays catalan prenaient une autre dimension. Parfois, dans certains villages retirés, où les préfets n’ont jamais mis les pieds, la légende veut qu’il continuait à jouer sur la place publique quand les éboueurs prenaient leur service ! Une fois même, on raconte qu’il a fallu lui laisser les clés de la salle de bal pour qu’il ferme les lieux son concert terminé.

Chacun de ses récitals était d’ailleurs un spectacle, une pièce de théâtre… et, surtout, il avait un souffle si puissant qu’il était capable de rivaliser avec Dame Tramontane un soir de tempête. Avec lui on pouvait rire de tout, siffler sur tous les airs, s’enivrer en musique. Comme la baguette (le pain ici), on aurait pu le proposer pour entrer au patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO, tellement il semblait inoxydable et gourmand, légitime, il avait sa place (au sens propre comme au sens architectural), telles les Fêtes de l’ours du Haut-Vallespir.

Loin d’être désuet, il était pour nous tous l’incarnation du « retour en fanfare » dans nos belles soirées estivales, intégrant son saxophone à toutes les sauces musicales, quitte à réorchestrer de grands classiques, entre une chanson franchouillarde et des standards américains, bref de ces mélanges musicaux qui font de nos bals musette un « must » et une originalité que, nous dit-on, le monde entier nous envie !

De ces gens-là, de ces personnages haut en couleur que le temps assassin ne cesse d’emporter, il ne reste plus aujourd’hui que deux monstres sacrés de cette bande de musiciens roussillonnais hors normes : le Canétois Jo BISKUP et l’Argelésien Aimé ALBERTY.

 

La Rédaction.

 

C’était l’été 2018, place République à Argelès-sur-Mer, Ely BUXEDA entouré de Cathy et Betty au bar « Vin sur Vingt »