A l’occasion de la journée commémorative dédiée au sacrifice des harkis, la municipalité du Barcarès a procédé à un hommage officiel devant le monument aux morts et invité le public présent à assister à la conférence de Jacques Vogelweith « Sauvetage des Harkis » au foyer municipal

 

C’est en comité restreint autour du maître de cérémonie Renaud Salamone, par ailleurs conseiller municipal, et du maire Alain Ferrand, que la municipalité a rendu hommage aux harkis et à celles et ceux qui ont donné leur vie pour la France, dans des conditions particulièrement terribles lors de la guerre d’Algérie.

Parmi le public, on remarquait la présence de Amar Meniker, représentant du Collectif Génération Harki Mémoire et Vérité, entouré d’anciens combattants Harkis, Khemissi Dbili, Mohamed Daoud, Essaïd Kerab, d’autres représentants d’associations dont MM. Bellebou, AmeurEdouard Gebhart, conseiller municipal délégué aux anciens combattants et aux rapatriés, représentant le maire de Perpignan, et un grand nombre de filles et fils de harkis. Du côté des associations mémorielles, Christian Legué, délégué départemental du souvenir français comptait parmi les représentants de l’association barcarésienne, tout comme la FNACA et son président, M. Vincens ou encore l’UBAC et son président, le colonel Sendra, sans oublier les corps constitués.

Conférence-témoignage poignante

Au terme de la cérémonie officielle, le maire Alain Ferrand a accueilli un public restreint et attentif au foyer rural. Il a rappelé la volonté municipale de soutenir les initiatives en faveur du devoir de mémoire, avant de laisser la parole à Jacques Vogelweith, ancien officier des Diables Rouges du 15e régiment d’infanterie de Colmar pour une conférence-témoignage dédiée au sauvetage des Harkis.

Le colonel Fernando Sendra, président de l’UBAC, à l’origine de cette initiative, également mobilisé pendant la guerre d’Algérie, s’est adressé avec beaucoup d’émotion aux descendants des harkis présents dans l’auditoire : « Vos pères ont été de valeureux soldats, et la plupart des chefs ont tout tenté pour sauver leurs hommes. Ces souvenirs nous seront toujours insupportables ». C’est dans cette même veine que Jacques Vogelweith à déroulé des documents inédits retraçant la vie quotidienne dans le camp de Zeralda (à l’Ouest d’Alger), dans un contexte où beaucoup d’officiers et sous-officiers avaient dû « désobéir pour sauver » les harkis lâchés par le gouvernement français. « Chaque semaine, 400 à 600 Harkis et leur famille vont ainsi pouvoir quitter l’Algérie. Malgré le contexte, c’est un véritable village qui est aménagé avec une salle de classe pour les enfants, un potager, une cuisine, un atelier textile, un cabinet médical…pour que les familles retrouvent leurs repères avant de partir pour la France » commente l’ancien officier, photos à l’appui.

Selon Jacques Vogelweith, près de 20 000 harkis (100 000 personnes au total avec les familles) ont été ainsi rapatriés en France, beaucoup vers le port de Port-Vendres et ensuite au camp de Rivesaltes. Au terme de la présentation, chacun a pu échanger, s’exprimer… Amar Meniker Représentant le Collectif Génération Harki a salué avec force l’initiative de l’UBAC et de la municipalité : « Il est important d’organiser ces temps de parole et d’échange, de transmettre et encore transmettre aux jeunes générations pour ne pas oublier cette terrible guerre et tragédie humaine pour des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants. »

 

En présence de harkis

Parmi l’assistance, au premier rang, on remarquait la présence de deux anciens combattants de la guerre d’Algérie : Khemissi Dbili (81 ans) et Mohamed Daoud (87 ans) également ancien de l’Indochine. L’évocation de ce passé douloureux reste difficile pour ces deux hommes aujourd’hui entourés de leurs enfants, leur plus grande fierté. Les souvenirs de cette guerre font toujours mal et les décorations épinglées sur les vestes témoignent d’un parcours héroïque : Khemissi Dbili arbore notamment la Croix du Combattant volontaire, la Reconnaissance de la Nation, ou encore la médaille du Mérite. Engagé volontaire à 17 ans à peine dans l’armée française (tout comme l’avait fait son père), près d’Alger, il fut démilitarisé, et emprisonné par le Front de libération nationale : de 1962 à 1967 il survécut à des conditions de détention inénarrables dans le nord de l’Algérie puis dans le désert du Sahara avant d’être libéré par la Croix Rouge Française et rapatrié en France.

A ses côtés, Mohammed Daoud, s’est lui-aussi engagé volontaire alors qu’il n’avait que 20 ans. Son parcours de valeureux combattant dans l’armée française lui octroie de nombreuses décorations dont la croix de la valeur militaire avec étoiles et la plus haute distinction reçue en 2016 : la croix de chevalier de la Légion d’honneur.

Même si les deux hommes ne peuvent oublier ni l’injustice, ni les conditions de leur arrivée et de vie sur le territoire français, la transmission de leur histoire et la reconnaissance de leur sacrifice, comme lors de ce moment de vérité, contribue à l’apaisement de la mémoire.