TRIBUNE LIBRE

« Estagel : « La presse et nous », par Joseph Jourda

Quelques rappels sont nécessaires si nous voulons situer les éléments au plus près des citoyens, là où ils sont les mieux compris.

En 2011, avec quelques amis, nous avons décidé de nous exprimer dans une rubrique de lecteurs dans un journal local. Après quelques commentaires parus, plus rien. Nous avons essayé de comprendre pourquoi.
 La réponse fournie a été du style : « vous gênez la gestion municipale ». Donc acte. Nous avons créé notre journal : « Debout Citoyen ». Il nous a permis de continuer à nous exprimer. Nous remercions encore tous les généreux donateurs à notre journal. En 2013, nous avons découvert le site Ouillade. Depuis, celui-ci accepte nos contributions mêmes si parfois, elles sont polémiques, peuvent prêter à discussion ou même à des incompréhensions. Il en est de même pour le « Journal Catalan » où nous essayons de faire partager la modeste connaissance de notre village. Il est donc question du pluralisme, de la liberté de la presse, de la liberté d’expression.

Le pluralisme de la presse

Dans une démocratie comme la nôtre, le pluralisme de la presse est une exigence. C’est lui qui conditionne les débats, fait vivre des idées différentes, nouvelles. Suscite la réflexion des lecteurs. Nous permettant de partager ou de combattre des pensées que nous pouvons supposer contraire à nos intérêts, contraires à celui de nos concitoyens. En cela, lorsqu’un journal disparaît de l’étalage d’un marchand de journaux, c’est une saignée dans le corps de la démocratie qui est opéré. Bien évidemment, nous faisons un choix de lecture rendu obligatoire. Mais n’oublions pas de lire les pensées qui peuvent ne pas être les nôtres. Ne pas le faire, est se réfugier dans un cocon qui disparaît quand la chrysalide naît. Ne pas le faire est amenuiser sa conscience, son savoir. C’est vivre dans un monde superficiel, dirigé par une caste qui, pour assouvir sa soif de reconnaissance sociale, met tout en œuvre pour empêcher les autres d’avoir la connaissance, de s’exprimer.
Des pays de part le monde, ont une autre conception de la démocratie, du rôle de la presse. Ne croyons surtout pas être des esprits supérieurs. Les peuples ont des origines, des cultures, des modes de vies différents. Certains ont des manières de penser la gestion qui n’ont rien à voir avec ce que nous connaissons. Les différences ne sont-elles pas source de richesse à condition qu’elles s’élaborent dans le respect des personnes, des idées ?

 P. Laurent, dans un article publié dans le journal « l’Humanité » le 16 février 2015, ne disait-il pas : . » il faut construire au-delà des étiquettes ». Ada Colau, maire probable de Barcelone, dans une de ses premières déclarations ne demande-t-elle pas à « aller au-delà des étiquettes politiques ». Cette notion, si elle est destinée à la société d’une façon générale, ne peut-elle pas s’appliquer pour ce qui concerne la presse ? D’autre-part, les porteurs de xénophobie, de racisme, etc, doivent-ils être considérés comme des éléments porteurs de démocratie ou le contraire ?
Les moyens financiers ne doivent-ils donc pas être attribués à la presse dans son ensemble, si nous voulons que notre démocratie continue de se développer, devienne à tout jamais pérenne ? À juste titre, en retour, il pourrait lui être demandé de tout mettre en œuvre pour donner une autre dimension aux débats, entre autres ceux relatifs à la société. Nous n’en doutons pas, les journalistes existent pour qu’il en soit ainsi.

La liberté de la presse

Deux éléments conditionnent essentiellement la liberté de la presse : les aspects financiers, « le politique ».
Les premiers, nous venons d’en parler. Sachons que d’autres moyens existent. Ceux des publicités accordées où pas, à tous les supports, qu’ils soient sur papier, sur le net. Encore faut-il que ou tel tel titre ne soit pas soumis à la discrimination. Les abonnements et l’achat au quotidien, font bien évidemment partie des recettes indispensables.
Pour ce qui concerne « le politique » de quelque bord que ce soit, certains citoyens n’ont aucun doute. Lorsqu’une parole gène, il y a intervention du politique pour essayer de l’empêcher de s’exprimer. Pour ces mêmes citoyens, « le politique » est intimement lié au financier. Les choses, de notre point de vue, ne sont pas aussi superficielles, si simples. Le rôle des responsables de rédaction est

incontournable pour qu’il n’en soit pas ainsi. Pour la grande majorité d’entre eux, ils ne s’en laissent pas compter. Ils font suivant une règle déontologique qui est tout à leur honneur, garante de l’indépendance de la presse et donc de la liberté d’expression. Lorsque certains trébuchent, c’est la démocratie qui est mise à mal, qui chute, qui ramasse des bosses. Nous comprenons qu’il puisse en être ainsi. Mais sont-ils les premiers et les seuls que nous devons incriminer ? Ne devons-nous pas garder un esprit critique ? Sans cesse essayer de comprendre comment cela peut arriver ? Refuser par notre expression, tel ou tel débordement ?

La liberté d’expression

« Pour se faire des ennemis, pas la peine de déclarer la guerre, il suffit de dire ce que l’on pense. » (Martin Luther King)
Cette célèbre maxime, révèle un grand nombre de réflexions. Elle laisse entendre que les éléments se déchaînent lorsque des femmes, des hommes décident de livrer leurs pensées. Elle dit aussi, d’une certaine manière, que si l’on ne veut pas laisser s’exacerber les passions, il vaut mieux ne rien dire. Ainsi, l’on a la paix.
Nous vivons une période, où les citoyens ont le désir de communiquer, de s’exprimer. Les réseaux sociaux sont porteurs de cette volonté. Dans le même temps, ces mêmes personnes sont soumises à des pressions de tout ordre. Un tel pour un emploi. L’autre pour l’embauche de la petite fille ou du petit-fils. L’autre encore, parce qu’il n’est pas tout à fait en règle avec le fisc, etc. Nous assistons donc à un phénomène contradictoire dans les populations. Honnêtement, nous ne pouvons pas dire que la liberté d’expression existe. Dans bien des cas, nous vivons quotidiennement le contraire. Les gens ont envie de dire, plus que jamais ce qu’ils pensent, mais ils ont l’épée de Damoclès pendue au-dessus de leur tête. De façon pernicieuse, la liberté d’expression est souvent bafouée, rejetée. Ceux qui l’utilisent, sont provoqués, insultés, suivant les cas, humiliés, considérés comme des quantités négligeables, jetés comme des kleenex. Ils le sont par certains qui se réclament de cette même liberté d’expression, qui étaient à Perpignan en ce 11 janvier 2015.
Que faut-il faire pour briser ce mur ? Des femmes et des hommes résolus peuvent ouvrir le chemin à titre individuel si nécessaire. Certains déjà, sont engagés dans cette démarche. Ils doivent être soutenus dans leur élan, par des individus, par des collectivités. N’hésitons pas à partager les idées qui s’expriment. Une condition à cela ; que nous puissions considérer individuellement, qu’elles sont respectueuses de tous et de tout. Une municipalité, avec des moyens simples, peu onéreux, peut aider à aller dans ce sens. La seule chose à laquelle les élus concernés doivent s’appliquer, est d’exprimer cette volonté politique, de la mettre en application.
Nous terminerons là notre conciliabule. Beaucoup de choses restent à dire. Ouvrons le débat ».