Colloque 2019 Réseau ADO 66 – « L’institution et les professionnels face aux troubles du comportement : quelles postures ? Quel positionnement ? » (Vendredi 22 mars 2019 à Canohès)

 

 

Environ 300 personnes, essentiellement des professionnels, ont assisté à ce colloque organisé par le réseau ADO 66, qui une fois de plus affiche un grand succès pour cette manifestation annuelle.

Après l’accueil par Mme Allenda, représentant le maire de Canohès Jean-Louis Chambon, M. Diulius, DDARS 66 et MM. Barbe et Palazon, président et trésorier de l’association ADO 66, ont ouvert ce colloque en rappelant que le réseau ADO 66 a une file active de 160 personnes en augmentation par rapport aux années précédentes, confirmant ainsi son ancrage dans le dispositif institutionnel local, précisant qu’en Occitanie il n’existe que 6 réseaux.

Tous se sont félicités de l’ouverture le 6 mars courant de la Maison des Adolescents portée par l’association ADO 66 et pilotée par l’ARS et le Département des Pyrénées-Orientales, dont la direction est assurée par Sandrine André.

 

Le président a rappelé les actions prioritaires 2019 dont :

L’inclusion préventive (une action expérimentale est menée avec l’Enfance catalane)
L’impact de la majorité pour les jeunes en situation de parcours complexe
Les troubles du comportement.

 

 

Restitution des travaux du groupe de travail « Trouble du comportement » :

Le premier temps de travail a permis de présenter les travaux réalisés par deux groupes de travail concernant la problématique inter – institutionnelle des Troubles du comportement. Le premier groupe étant parvenu à des préconisations d’actions sur le territoire pour améliorer la prise en charge des jeunes présentant cette difficulté conduisant à des phénomènes de rejet et d’exclusion. Le deuxième groupe constitué de psychologues intervenant dans les différents champs de l’adolescence a participé à l’élaboration d’une définition et propose d’intervenir sur le terrain auprès des équipes de professionnels du territoire par une démarche clinique qui conjoint élaboration théorique et intervention pratique.

 

 

Intervention de Pierre MOISSET :

Sociologue consultant sur les politiques sociales et familiales, Pierre MOISSET s’efforce de construire une réflexion sur les préoccupations des acteurs de terrain.
Distinguer violences explosives, violences de confrontation et violences de prédation peut permettre aux professionnels de se positionner de manière plus « sécure » face à ces courants violents et de lire le mouvement sous-jacent à l’œuvre chez les jeunes agissant.

 

 

Intervention de Michel DEFRANCE :

Educateur spécialisé, diplômé de l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique, Michel DEFRANCE se consacre à l’accueil et l’accompagnement d’enfants et d’adolescents présentant des difficultés psychologiques dont l’expression, notamment l’intensité des troubles de comportement, perturbe gravement la socialisation et l’accès aux apprentissages.

Ainsi, l’ensemble des interventions éducatives, pédagogiques et thérapeutiques consiste à leur faire vivre des expériences et des relations susceptibles de les confronter à eux-mêmes, aux autres et trouver le chemin de leur épanouissement …
Nous interrogerons le fonctionnement des dispositifs institutionnels et des équipes qui tentent de soutenir ces jeunes dans leur difficile parcours de vie. Travail à plusieurs tout autant que travail sur soi, les professionnels ne peuvent qu’être en mouvement, en recherche, s’interrogent sur la « clinique institutionnelle » à mettre en œuvre, la pertinence de leurs pratiques…

 

 

Intervention de Philippe JEAMMET :

Philippe JEAMMET est professeur émérite de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Université Paris 5 René Descartes. Il a dirigé le service de psychiatrie de l’adolescent et du jeune adulte à l’institut mutualiste à Paris. Il a présidé plusieurs associations nationales et internationales de psychiatrie. Il est président de l’école des parents et des éducateurs d’Ile-de-France.

Pour lui, la violence est une réponse à la peur.
La violence à l’adolescence sous une forme auto ou hétéro-agressive devient un problème de santé publique. La clinique de ces adolescents difficiles nous montre que la violence n’est pas un choix mais une contrainte qui s’exerce sur le sujet violent. Le point commun de ces adolescents est en effet une vulnérabilité de leur personnalité qui génère un sentiment d’insécurité interne et une dépendance accrue à l’environnement pour se sécuriser. Le comportement violent devient le moyen de retrouver par la destructivité une forme de pouvoir et de maîtrise de la situation qu’il ne peut avoir par la recherche du plaisir ou du succès. L’évolution familiale comporte des caractéristiques qui peuvent favoriser ces comportements.

De façon plus philosophique, la vie c’est à la fois l’individualisation de la première cellule mais aussi l’échange avec les autres cellules. La membrane de la cellule doit favoriser ces échanges en étant perméable mais en présentant l’identité de chacune des cellules.

La vie, c’est donc l’échange et la transmission, l’émotion étant le mouvement qui anime cet échange.
La conscience, dès lors est appétence confrontée à la peur, elle est « réflexible ».

Dans le fond toute vie, toute conscience, est confrontée à ces forces antagonistes, le comportement en étant la résultante. Aussi, pour comprendre la violence, il faut analyser la peur.

Les troubles mentaux ne sont pas choisis, ils s’imposent, c’est une conduite adaptative à une situation qui a du sens pour le sujet qui se sent menacé.
La seule mesure qu’il maîtrise, c’est la rupture, fermé sur lui-même, qui devient pathogène et donc une suppression de l’échange, par définition nécessaire.

Ces dysfonctionnements sont à considérer comme une addition destructrice. Comment restaurer la confiance ?
La liberté, ce n’est pas de faire le contraire, on s’enferme, on se lie, donc on s’aliène. La maladie mentale est un miroir grossissant de la vie humaine.
La vie, au contraire, c’est la rencontre au risque de la déception parce qu’on ne peut pas maîtriser le lien de l’échange. La vie, c’est un changement permanent, pas une répétition. Ça vaut la peine de faire confiance, au risque de la déception, la colère est une drogue.

Après tous ces mots comme autant d’impacts sur notre propre conscience, M. Jeammet conclut en disant que « les éducateurs spécialisés sont des « éducateurs d’ambiance », pour redonner l’envie et donc la confiance, sachant que ce qui nous permettra d’être acteur, c’est le projet. »

 

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Le public présent, très attentif, a sans doute lui aussi repris confiance, même si comme le soulignait Sandrine ANDRÉ, la violence des jeunes est source d’inquiétude auprès des éducateurs qui ont sans doute retenu que la solution aux dysfonctionnements est souvent à rechercher dans l’échange au niveau des équipes éducatives.