Hier matin, vendredi 13 mars, j’ai voulu passer commande au Drive-in Intermarché de l’hypermarché d’Argelès-sur-Mer, comme je le fais toutes les semaines, malheureusement aucune possibilité de retrait de ma commande avant le mardi 17. Explication : pour cause de coronavirus, les consommateurs se ruent vers la formule du Drive-in où ils se sentent rassurés par le fait qu’ils sont moins en contact avec le risque d’être à leur tour contaminés. Sérieux ?

Dans la foulée, je décide quand même d’aller faire mes courses en fin de matinée à l’hyper du coin pour au moins habiter mon frigo du strict minimum, afin de passer un weekend tranquille et surtout de laisser passer l’orage de la surconsommation.

Bien mal m’en a pris ! L’hypermarché Intermarché d’Argelès-sur-Mer était plein comme un œuf ! On se serait cru en haute saison estivale, mi-août, difficile et très délicat pour ne pas dire impossible de circuler dans les allées des rayons, surtout alimentaires. Je ne croisais pratiquement que des personnes âgées poussant péniblement, poussivement, des chariots débordant de victuailles… avec à la clé de méga-bousculades et des bouchons interminables à chaque caisse (certains clients, certainement « malvoyants » stationnant jusque devant des caisses clignotantes pourtant « fermées »).

M’étais-je trompé d’adresse ? Etais-je présent à un loto organisé par le club du 3e âge du secteur, avec des promesses de dons et de lots historiques de fin de saison ? Ou alors, était-ce les prolongations du Black Friday ? Non, un Vendredi-13 tout simplement, mais pas comme les autres assurémernt ! Passage du coronavirus oblige.

En caisse, l’attente pouvait durer jusqu’à une heure et demie. Vers 11h et des poussières, une employée vient distribuer des gants aux caissières et leur ordonne de désinfecter sydstyématiquement le clavier des cartes bancaires après chaque fonctionnement. Nouvelle perte de temps. Mais la lutte contre le coronavirus est à ce prix là. Derrière moi, un couple d’octogénaires éternue (je n’ai pas dit qu’ils ont toussé, nuance). Un tsunami d’inquiétude envahit alors la file d’attente : certains s’enfuient vers une autre caisse… Par principe de précaution. Les médias sont passés par là, ils ont fait le job dans la Mémoire collective. Mission accomplie.

Pour récupérer une poignée de plats cuisinés surgelés et un duo de flacons de bain de bouche « Colgate Plax » à moins 50%, j’aurais perdu près de deux heures…

Inquiet, en rentrant chez moi, j’ai appelé mon médecin-référent qui m’a rassuré : « Soyez vigilant mais n’en faites pas trop, puisque vous habitez Argelès allez vous promener sur la plage et respirez fort l’air marin… Vous vous sentirez beaucoup mieux ! Les bienfaits de l’iode marin sont exceptionnels (…) ».

Après avoir mis mes maigres courses du jour à l’abri dans mon congélateur (je l’aurai bien verrouillé pour en cas de cambriolage en mon absence), je suis allé direct à la plage, j’ai pris mon médecin-référent au mot : terrasses et comptoirs des rares cafés-brasseries ouverts étaient déserts, en devanture de leurs établissements des restaurateurs s’inquiétaient de la suite des événements et, surtout, discutaient déjà des possibilités de mettre leurs employés au chômage partiel, après avoir pris langue avec leur comptable. Au diable le plat du jour ! Par « diable » ici s’entend le coronavirus, évidemment.

Seul bonus pour moi de ce Vendredi-13 : la plage était vide de présence humaine, vide de bruits et de brouhahas, le sable inoccupé d’enfants terribles et d’ainés vindicatifs pour une simple place au soleil ; un front-de-mer lumineux, paisible et serein à la mi-journée, malgré 18° sous le ciel du Roussillon… Je mesurai combien et comment mon médecin-référent m’avait donné le meilleur médicament du moment face à toute cette agitation populaire des plus exagérées : la Nature. Et j’imaginais encore et encore le dur combat de mes aînés à moins de cinq kilomètres de moi à vol d’oiseau, englués dans une lutte acharnée menée pour récupérer des pâtes, une plaquette de beurre… Merci docteur !

 

L.M.