Pourquoi avoir voté pour le CETA ? Mon interpellation adressée aux élus en marche du département des P-O ! Hier, mardi 23 juillet 2019, l’Assemblée nationale finissait par ratifier le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada (CETA), au terme d’un débat extrêmement dur et d’un vote plus serré que prévu. En comptant les abstentionnistes, le « pour » n’aurait pas eu de majorité. Parmi les 213 voix opposées au CETA, dont la mienne, figurent neuf élus de La République En Marche (LaREM), aucun dans les Pyrénées-Orientales

 

Une grosse alerte pour Emmanuel MACRON qui fait face à la fronde la plus importante depuis son élection de sa majorité habituellement si docile et disciplinée.
Romain GRAU (ndlr, député de la 1re circonscription des P-O), l’ami du président a quant à lui voté favorablement le CETA, en dépit de ses fanfaronnades à Perpignan, lequel dit à qui veut bien l’entendre qu’il entend défendre les agriculteurs de la région.
Pourquoi avoir alors ratifié le CETA ? Pour complaire à l’exécutif ?
Concrètement, le CETA supprimera les droits de douanes sur 98 % des produits échangés entre le Canada et l’Union européenne et nous ouvrirons nos marchés publics. Dans une étude prospective d’impact économique rendue en 2017, Pierre KOHLER et Servaas STORM, tous deux chercheurs de l’université Tufts, avaient évalué les conséquences de la ratification du CETA : 45 000 emplois par rapport au scénario sans CETA d’ici à l’année 2023, un PNB diminué de 0,2 %, les revenus des ménages en forte baisse (- 1 331 euro par employé). Le contingent d’importation de bœuf canadien pourrait passer de 7 600 tonnes à 50 000 tonnes, soit potentiellement 16 % de la consommation européenne de parties nobles… De quoi rappeler aux éleveurs de la région les conséquences produites par l’entrée du Royaume-Uni – donc du Commonwealth – dans l’Union pour notre élevage ovin. Auparavant, la France était autosuffisante, puis les produits du Commonwealth sont arrivés par l’entremise britannique… C’est ce qui attend l’élevage bovin avec le traité CETA.
Le texte harmonisera aussi les normes entre le Canada et l’Union européenne, ce que résume Sébastien JEAN (directeur du Centre d’études prospectives et d’informations internationales) : « En clair, une entreprise qui veut exporter au Canada pourra désormais utiliser les mêmes tests qu’elle utilise pour obtenir sa certification en Europe. Plus besoin de refaire une certification au Canada ». Comme toujours, la convergence des normes se fera par le bas, et non par le haut. Qu’avons-nous à gagner à courtiser un marché de 36 millions d’habitants quand celui de l’Union compte 450 millions de consommateurs ? L’accord sera le cheval de Troie des tribunaux d’arbitrage qui appliqueront la justice d’exception des multinationales nord-américaines, puisque 80 % des entreprises américaines ont une filiale au Canada. Les négociations relatives au TTIP ayant été suspendues, il leur suffira d’utiliser ce biais pour attaquer les pays européens en justice.
On notera aussi l’hypocrisie en matière écologique. À la manière de Greta THUNBERG qui n’a rien trouvé à redire sur le CETA – on ne lui en voudra pas, elle est encore au lycée -, nos députés marcheurs prompts à donner des leçons de morale à la France entière semblent ne pas voir la contradiction entre la défense de l’environnement et l’intensification permanente des échanges commerciaux mondiaux, principale cause de la destruction de la planète.
Du reste, se pose aussi un risque sanitaire puisque les farines animales sont utilisées au Canada pour nourrir les bœufs qui pourraient se retrouver dans les plats transformés que consomment de nombreux concitoyens. Idem pour la question des antibiotiques, qui n’est pas évoquée dans le Traité.
« Make our planet great again », chantent en cœur les élus du nouveau monde en marche.

Oui, mais pour les multinationales et les financiers qui appauvrissent les Français. L’économie réelle, l’écologie et la santé passent après les profits et l’idéologie globaliste. Car, la malbouffe encouragée par le CETA restera dans les assiettes des plus modestes et des mieux informés.

Beaucoup de députés En Marche ne seront pas concernés. Pas plus qu’ils ne le sont de la faillite de l’élevage français qui, au fil des ans, est broyé par la concurrence internationale.

 

Louis ALIOT, député de la 2e circonscription des P-O, conseiller municipal et communautaire de Perpignan.