« Pourquoi un homme d’une cinquantaine d’années, issu de l’aristocratie portugaise, catholique pratiquant, marié et père de quatorze enfants, au sommet de sa carrière de consul après de brillantes études de droit, n’ayant jamais manifesté d’opposition à son gouvernement, décide-t-il de violer une circulaire alors même que ses pairs l’appliquent scrupuleusement ?
« Que s’est-il passé pour que cet homme qui a d’abord appris à obéir, commence à désobéir ? » Nous sommes aux prémisses de la Seconde Guerre Mondiale. Aristides De Sousa Mendes exerce ses fonctions à l’Ambassade du Portugal à Bordeaux. La dictature de Salazar, en progression constante, sévit au Portugal, mais celui-ci choisit au nom de son pays de rester neutre dans le conflit. Aristides De Sousa Mendes reçoit, le 13 novembre 1939, une circulaire de son ministère qui remet en cause des siècles de tradition d’hospitalité du Portugal et qui interdit aux consuls de délivrer des passeports et des visas aux réfugiés et aux juifs.
Face à ces dispositions, notre consul adoptera tout d’abord une attitude loyale, se gardant de toute initiative en matière de délivrance de visas. Mais après avoir reçu personnellement les requérants lui ayant fait part de leur détresse, celui qui est volontiers présenté comme « un homme d’une immense générosité » par ses proches ne peut se résoudre à les laisser dans une telle situation. C’est au compte-gouttes que, dans un premier temps, Aristides De Sousa Mendes octroie, aux risques et périls de sa fonction, leur passeport pour un nouveau départ aux citoyens en danger. Il ignore encore quel funeste sort les aurait attendu s’ils n’avaient alors pu quitter le territoire…
Néanmoins, il semble qu’il lui soit difficilement supportable de voir d’honnêtes gens privés de la liberté d’aller et venir. Alors que des milliers de réfugiés se pressent à la porte du consulat, De Sousa Mendes entre dans une crise jugée inexplicable par son entourage : durant trois jours et trois nuits, il reste enfermé dans sa chambre, ne souhaite aucun contact avec l’extérieur, plongé dans un état maladif qui inquiète ses proches.
Au matin du quatrième jour, sa détermination est inébranlable : « désormais, je donnerai des visas à tout le monde, il n’y a plus de nationalités, de races, de religions. » Il cite à l’appui sa Constitution, et dit lui rester fidèle. Il dit avoir entendu une voix, celle de Dieu ou de sa conscience, qui lui indiquait la conduite à tenir. Il se met alors à délivrer visa sur visa, malgré les remontrances de son ministère qui se font de plus en plus vives. Au bout d’un mois, il est sommé de rentrer au Portugal, ce à quoi il s’exécute.
Un procès disciplinaire a été ouvert contre lui par Salazar. Son aboutissement verra le consul et les siens plonger dans la misère : la désobéissance se punit. Plus près de nous, le gouvernement central espagnol vient non seulement de saisir 100 000 affiches promouvant le référendum d’autodétermination prévu en catalogne le 1er octobre 2017 mais encore a mis les dépenses de la Généralitat sous tutelle. Plus préoccupant encore, le procureur général d’Espagne José Manuel Maza, a ordonné, le 13 septembre 2017, aux procureurs de Catalogne qu’ils « citent à comparaître en qualité de mis en examen » les 712 maires qui se sont déclarés prêts à organiser le scrutin. Au cas où un maire ne comparaitrait pas, le parquet demande « d’ordonner son arrestation ». Les peines encourues peuvent aller jusqu’à huit ans de prison. Le Président de la Généralitat, Carl Puigdemont, les membres de son gouvernement et les députés du Parlement Catalan sont eux aussi menacés de lourdes sanctions pénales. « Quand plus de 700 maires sont poursuivis par la justice, ce ne sont pas les maires qui ont un problème, c’est la justice », a déclaré Miquel Buch, maire de Premià de Mar (28 000 habitants). Revendiquant l’héritage de la République espagnole défaite par le dictateur Franco lors de la guerre civile, le Président Puigdemont a dénoncé, dans le quotidien allemand « Suddeutsche Zeitung » les origines franquistes de l’actuel parti au pouvoir à Madrid. Les catalans ont commencé à désobéir à une justice espagnole qui fait prévaloir de manière scélérate la Constitution sur le droit international.
 
 
En effet, la résolution n°2625 de l’Assemblée générale des Nations-Unies du 24 octobre 1970 relative aux principes du droit international proclame que «  la création d’un État souverain et indépendant, la libre association ou l’intégration avec un État indépendant ou l’acquisition de tout autre statut politique librement décidé par un peuple constituent pour ce peuple des moyens d’exercer son droit à disposer de lui-même ».
Dès lors, les Catalans, qui se revendiquent comme peuple souverain doté d’une langue et d’un territoire, ont le droit absolu le plus légitime pour organiser le référendum du 1er octobre 2017. Les Catalans savent pourquoi ils ont commencé à désobéir au pouvoir central de Madrid qui leur oppose un droit inique qui n’a pas à être respecté. Les catalans savent que l’Histoire va leur donner raison. Ce ne sont ni les chars, ni la prison, ni les sanctions pécuniaires qui feront reculer le peuple souverain de catalogne. Le délit des urnes n’est dans aucune Constitution. 

« Voterem », n’en déplaise à Madrid. Demain il fera beau sur Barcelone. Le vent de la liberté va souffler sur une nouvelle nation. Les Catalans du nord seront au rendez-vous de l’Histoire avec leurs frères du sud qu’ils soutiennent de toutes leurs forces. Dans l’attente d’être, eux aussi, un jour en charge de leur destin… ».

Jaume ROURE, président d’Unitat Catalana

Robert CASANOVAS, président du Comité pour l’Autodétermination de la Catalogne Nord

Pour plus d’information : www.catalogne-nord.info