« Le coronavirus et les conséquences économiques dans les Pyrénées-Orientales

 

Certains risquent une fois de plus d’être les grands perdants, car ici nous vivons essentiellement de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de l’activité touristique. Après deux années de canicule et d’inondations, les soutiens devront être massifs.
En attendant le pire qui est devant nous, certains maires devraient prendre exemple sur celui de Sorède qui a maintenu ses marchés de plein vent et organisé des livraisons à domicile. Des mesures qui il y a un mois auraient fait hurler tout le monde. L’institution devient le relais entre les travailleurs indépendants (artisans, commerçants, un agriculteur) et les habitants pour assurer les livraisons à domicile. Vous pouvez passer vos commandes, se sont les services de la mairie qui livrent à domicile « bravo Monsieur le maire de Sorède !”.
Comme le suggère la Confédération Paysanne de l’Aude il faudrait maintenant que les maires et les préfectures fonctionnent en bonne intelligence avec l’ensemble des acteurs locaux afin de rapidement se donner les moyens de la réouverture effective de certains marchés.

Cette pandémie ne doit pas nous fermer les un.e.s aux autres et nous éloigner de nos besoins fondamentaux. Elle devra au contraire éclairer les décisions à venir sur nos priorités collectives : nos manières de vivre ensemble, et nos liens avec la nature et le vivant, à travers l’agriculture et l’alimentation notamment.
Sous quelles conditions les marchés alimentaires sont-ils maintenus dans notre département ? La tenue des marchés, couverts ou non et quel qu’en soit l’objet, est interdite. Toutefois, le représentant de l’Etat dans le département peut, après avis du maire, accorder une autorisation d’ouverture des marchés alimentaires qui répondent à un besoin d’approvisionnement de la population si les conditions de leur organisation ainsi que les contrôles mis en place sont propres à garantir le respect des dispositions de biosécurité. C’est ce qu’a fait le maire de Sorède, Yves Porteix. Pour les marchés dans nos villages se serait pertinent qu’il y en ait un plus grand nombre qui soient autorisés, il faudrait maintenir l’activité de certains artisans, producteurs et continuer à satisfaire les populations attachées aux circuits courts.

Des solutions se mettent petit à petit en place pour satisfaire les difficultés de main d’oeuvre du monde agricole, des salariés au chômage technique sont désormais autorisés à aider les agriculteurs (200 000 postes dans le monde agricole ne trouvent pas preneurs).
Quels sont les dispositifs pour pallier au manque de main d’œuvre ? Pour faciliter les recrutements, le ministère du Travail vient de mettre en place, avec Pôle emploi, une plateforme dédiée aux secteurs qui ont, dans cette période, des besoins particuliers en recrutement. Cette plateforme vient compléter et renforcer des initiatives déjà prises par les professionnels, notamment l’initiative « des bras pour ton assiette » : https://desbraspourtonassiette.wizi.farm/
En cette période de ralentissement de l’économie, des salariés employés par des entreprises en baisse d’activité sont susceptibles de répondre aux besoins intenses en recrutement de la filière. En Occitanie le maraîchage, l’élevage, la viticulture et l’agro-équipement sont les secteurs qui embauchent le plus. Chaque année, de 10 000 à 15 000 emplois ne trouvent pas preneurs.

Des solutions sont à envisager, peut-être que nos élus et la puissance publique accompagneront-ils les salariés et l’activité économique quand nous allons sortir graduellement du confinement d’aujourd’hui ? Car si on confine aujourd’hui la population dans l’espoir de ralentir le virus et maintenir l’infection, que va t’il en être après ? Faudra-t-il alors attendre le vaccin, c’est-à-dire pas avant plusieurs mois, voir plus d’un an pour sortir totalement du confinement ou changer nos habitudes sociales ?

Dans les Pyrénées-Orientales différentes formes de distanciation sociale posent déjà de graves soucis de pandémies dans certains quartiers. Nous sommes le département le plus touché en Occitanie*, dans les jours à venir attendons-nous peut-être à de graves surprises ?
Nos sites touristiques risquent d’être plus touchés ici qu’ailleurs, car notre département pourrait être qualifié à très haut risque , mais surtout cela risque de se répercuter sur l’ensemble des filières dont l’hôtellerie de plein air qui aura d’énormes difficultés à faire fonctionner un très grand nombre d’activités et lieux collectifs.
Nous avons beaucoup de soucis à se faire, d’après certains spécialistes ce serait des cycles de contamination/relâche qui prendront le relais, à chaque fois que la contamination reprendra, il faudra intensifier la distanciation sociale : isoler les malades, isoler leur famille, peut-être même fermer certains établissements ou interrompre momentanément certaines activités. Il faudra réduire nos contacts, cela ne signifie pas qu’au lieu d’aller quatre fois par mois au restaurant avec ses amis, il ne faudra plus y aller qu’une fois. Non, cela s’appliquera à tout. Et d’arriver à un constat qui ne sera pas très réjouissant : en attendant un vaccin ou un traitement qui réduit les complications, il faudra à nouveau appliquer des règles strictes, comme fermer certaines activités touristiques 1 ou 2/3 du temps, ce qui signifiera bien que certains risqueraient d’être ouvert deux semaines puis fermé un mois, etc.

 

Se préparer au marquage

 

Les pays qui procèdent à un dépistage systématique des personnes infectées s’en sortent le mieux, semble-t-il : c’est peut-être l’inévitable inévitable, à envisager avant une vaccination globale ou un traitement efficace. Mieux vaut y penser et se préparer dès maintenant à de nouvelles règles, car il faudra identifier qui est contaminé ou pas, qui risque de l’être parce qu’il a été en contact avec des personnes contaminées et oser discriminer légalement et socialement ces gens. Car plus vite on isolera un malade, plus la propagation du virus sera contrôlable.
Oui, il se peut qu’avant d’être accepté par un hébergeur un client devra être tester. On demande bien à l’entrée des boites de nuit une preuve de l’âge : il faudra peut-être s’habituer à pouvoir produire une preuve de son immunité ? On s’y fera comme on s’est fait aux contrôles plus contraignants après les attentats terroristes. Ce serait en tout cas moins choquant que d’exclure certains types de personnes parce qu’appartenant à des catégories à risques, ou parce qu’issus de secteurs géographiques où des épidémies ont lieu.
La nécessité de bien encadrer demandera beaucoup de moyens !

Pour sauver la saison touristique il faudra bien s’en préoccuper et envisager rapidement comment nous allons encadrer tout cela, sachant que les données médicales ne sont pas pour l’instant accessibles à tous. Connaître et comprendre des méthodes qui pourraient protéger, anticiper des solutions tout en respectant aux mieux les personnes voilà peut-être ce qui nous attends pour sauver notre saison 2020 ?

Hubert LEVAUFRE

 

*En réalité, après les départements de l’Hérault (177 hospitalisations en cours), de la Haute-Garonne (159)… Dans les P-O, selon les derniers chiffres publiés hier soir par l’Agence Régionale de Santé (l’ARS), le nombre d’hospitalisations en cours à la date du vendredi 27 mars 2020 seraient de 113. Quant au nombre de décès constatés dans la vaste région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée, il serait de : 18 (dans l’Hérault), 15 (dans l’Aude), 9 (dans les P-O), 6 (dans le Gard), 5 (dans l’Aveyron et dans la Haute-Garonne)…

 

PS. En hommage au monde médical et tous ceux qui vont agir dans les mois à venir, voici une citation de Theodore Roosevelt:
“Ce n’est pas le critique qui est digne d’estime, ni celui qui montre comment l’homme fort a trébuché ou comment l’homme d’action aurait pu mieux faire. Tout le mérite appartient à celui qui descend vraiment dans l’arène, dont le visage est couvert de sueur, de poussière et de sang, qui se bat vaillamment, qui se trompe, qui échoue encore et encore – car il n’y a pas d’effort sans erreur et échec -, mais qui fait son maximum pour progresser, qui est très enthousiaste, qui se consacre à une noble cause, qui au mieux connaîtra in fine le triomphe d’une grande réalisation et qui, s’il échoue après avoir tout osé, saura que sa place n’a jamais été parmi les âmes froides et timorées qui ne connaissent ni la victoire ni l’échec”.