« Marine Le Pen 2022

Au fur et à mesure que les jours passent, Marine Le Pen dispose de plus en plus d’atouts pour réaliser enfin l’alternance politique tant souhaitée, mais à la condition qu’elle sache saisir l’événement dans toute la plénitude de ses enjeux. Il est vrai que parfois, elle peut paraître indécise sur le fait de traduire dans ses propositions sa volonté de vaincre et cela contrairement au candidat Emmanuel Macron.

Ainsi, au cours du débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2017, bien malin est celui qui aurait pu affirmer si elle était favorable au frexit ou au maintien de la France dans la zone euro de l’Union européenne. Prise en défaut sur ses propres indécisions, elle se réfugia alors dans une euphorie verbale inattendue par manque de lucidité à exprimer ses propositions sur le fond.

Cependant, plus grand est le rêve, plus le doute doit s’effacer ! Et pour conserver le rêve de se qualifier au second tour de l’élection présidentielle en 2022, Marine Le Pen a fait le bon choix de suspendre sa relation politique avec Florian Philippot au seul motif du pragmatisme. Avec le départ de ce dernier, la page du frexit se tourne et cela laisse à Marine Le Pen toute latitude pour exprimer une politique européenne autre.

Voilà qu’un an après l’élection présidentielle de 2017, un événement politique majeur est venu troubler sérieusement le Président en exercice au sujet de son service de sécurité officiant au cœur du Palais de l’Elysée. Ce manquement aux valeurs républicaines suscita l’intérêt des médias pendant de longs mois. Une commission d’enquête parlementaire de l’Assemblée nationale permit à Marine Le Pen, juriste de formation, d’assumer pleinement son mandat de député de la nation.

Dès le mois d’octobre 2018, le mouvement des Gilets jaunes fragilisa le Président Emmanuel Macron et sa politique fiscale injuste. L’occupation des ronds points pour s’opposer à une série de mesures amputant le pouvoir d’achat des automobilistes, fut une manifestation incontestable de la défiance des citoyens à l‘encontre du gouvernement. Au terme de six mois de manifestations, le Président accorda un ensemble de mesures sociales et fiscales pour un montant d’une dizaine de milliards. Et, malgré la fracture sociale générée par une pression fiscale lésant les plus faibles, Marine Le Pen a su tirer son épingle du jeu lors des élections européennes de 2019.

Par ailleurs, le Président Emmanuel Macron, en raison de la crise sanitaire profonde que nous traversons, ne sera pas en mesure de s’engager sur des réformes structurelles avec un taux de croissance négatif. Il lui faudra donc gagner du temps. Et Marine Le Pen a tout le temps pour finaliser son projet d’alternance démocratique.

Cela explique le fait que le Président Emmanuel Macron vient de modifier le cap de sa navigation politique. C’est dans cette optique qu’il vient d’effectuer un déplacement au poste de frontière du Perthus pour annoncer le renforcement des effectifs afin de lutter contre l’immigration clandestine. Plutôt, ce déploiement temporaire à la frontière franco-espagnole n’est-il pas destiné à la lutte contre le trafic de cigarettes ? Ne dit-on pas que les apparences sont souvent trompeuses ?

Aussi, le Président Emmanuel Macron sera très attendu sur le texte relatif au projet de loi pour lutter contre le séparatisme. De manière significative, le texte actuel s’avère insuffisant pour renforcer la laïcité et les principes républicains fondamentaux. Les interdictions envisagées ne prévoient aucune échelle de sanctions !

De plus, si ce texte n’incorpore pas impérieusement un volet sur l’immigration subie et non choisie, l’opinion publique, après l’infâme assassinat du professeur Samuel Paty, n’adhèrera pas à un cache-texte indigne des enjeux actuels. L’expression « pas de vague » qui règne depuis tant de décennies au sein de l’Education nationale ne peut continuellement exposer l’ensemble des enseignants.

Il va de soi que si Marine Le Pen souhaite accéder au second tour de l’élection présidentielle en 2022, elle devra définir les enjeux primordiaux pour notre pays et mettre en valeur sa présidentialité. Elle peut et doit le faire ! L’histoire n’existe que si elle est préalablement pensée, parce que nous avons besoin profondément de « pensée alternative ». »

Henri Ramoneda