« Monsieur le député,

 

 

Permettez-moi de vous adresser en quelques lignes mes impressions relatives à votre article publié sur le site d’information Ouillade.eu, le 2 septembre 2018, intitulé « la réception pro-indépendantiste du maire pose plusieurs questions ».

 

La récente réception de Quim TORRA, président de la Generalitat de Catalogne, par Jean-Marc PUJOL, maire de Perpignan, s’inscrit logiquement dans le cadre des échanges culturels et protocolaires de la Ville de Perpignan. Ni plus, ni moins.

 

Au cours de cette réception, le simple fait que le premier Magistrat arborait publiquement et pour la première fois, donc de façon opportune, un ruban jaune sur son veston, peut être considéré comme une variable d’ajustement politique au gré du temps. A contrario, cet affichage visuel peut être interprété comme un geste de solidarité du maire de Perpignan, démontrant ainsi qu’il n’est nullement fermé aux raisonnements autres que les siens et qu’il est un homme de cœur.

 

Par ailleurs, il convient de préciser que ce ruban de couleur jaune est devenu le symbole des libertés civiques catalanes, et de rappeler que des personnalités du monde culturel et politique en Catalogne subissent des détentions arbitraires sans procédure judiciaire appropriée, en pleine violation de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH).

 

Sans entrer dans les considérations juridiques et administratives qui nourrissent une distanciation de plus en plus évidente entre Madrid et Barcelone, nous ne pouvons pas ignorer les liens historiques et affectifs qui unissent Barcelone et Perpignan.

 

Le simple fait que vous ayez dans votre article invité les lecteurs à consulter un exposé de Benoît Pellistrandi, publié en 2018 par le journal le Figaro, intitulé « Qui se cache derrière le sulfureux Quim TORRA, nouveau président de la Catalogne ? », mérite de s’intéresser succinctement à cet auteur.

 

Il est facile de constater que le professeur Benoît PELLISTRANDI s’adonne souvent à des controverses très peu glorieuses, assurément bien loin de la sublime et fameuse controverse de Valladolid, débat qui opposa en 1550 et 1551 le dominicain Bartolomé de Las Casas au théologien Juan Ginés de Sepùlveda !

 

Qui est donc Benoît PELLISTRANDI ? Il s’agit d’un historien honorable, hispaniste, mais très controversé dans le monde universitaire français. Pour mémoire, de 1997 à 2005, il a exercé la fonction de directeur de la Casa de Velazquez, école française des arts à Madrid. Il est aussi membre de la « Real Academia de la Historia » de la florissante cité madrilène.

 

De par ses prises de position auprès de certains médias français à l’encontre de la légitimité des institutions catalanes, en 2015, la Fédération pour la défense de la langue et de la culture catalane a dénoncé fermement les propos exprimés par Benoît PELLISTRANDI tenant à affirmer de manière totalement infondée une composante raciste du peuple catalan.

 

Les protestations légitimes de la Federació per a la Defensa de la Llengua i de la Cultura Catalane s’exprimèrent au cours d’une émission sur France 5 et furent relayées notamment par plusieurs médias catalans. Un tel mépris à l’égard du peuple catalan n’est pas convenable de la part d’un historien. On peut très bien aimer l’Histoire et la culture de l’Espagne sans pour autant manifester la moindre détestation envers la Catalogne et son peuple.
Bien sûr, il faut bien se rendre à l’évidence que le divorce entre l’Espagne et la Catalogne s’agrandit depuis 2010, date à laquelle quatorze articles du nouveau statut d’autonomie furent annulés par les hautes autorités madrilènes. Voilà donc les raisons primordiales qui nourrissent le processus de déconnexion de la Catalogne avec l’Espagne. Depuis cette abrogation qui s’avéra inopportune et vexatoire à l’encontre de la représentation législative de la Catalogne, le droit à l’autodétermination se fondant sur une consultation référendaire bilatérale devint de plus en plus vivace auprès de la société civile catalane.

 

Au Royaume-Uni, en 2014, la reine Elisabeth II avait clairement annoncé qu’elle s’inclinerait devant la volonté des Ecossais lors du référendum sur l’indépendance de l’Ecosse. Le 4 novembre 2018, quelque 160 000 Calédoniens seront appelés à se prononcer sur l’indépendance de cet archipel de l’océan Pacifique, français depuis 1853.
Les habitants de la Catalogne attendent en vain la même initiative de la part de la Couronne espagnole. Le droit à l’autodétermination : voilà donc la meilleure solution pacifique digne d’une démocratie moderne qui prend ses racines avec la philosophie des Lumières. De nos jours, ce droit universel est reconnu par l’Organisation des Nations Unies (ONU).

 

Il faut bien admettre que l’éloquence tribunitienne de part et d’autre, à égalité de chances pour les uns ou pour les autres, ne fait que susciter des crispations irréversibles au sein de la société civile catalane. Assurément, une profonde fracture sociale et économique se profile dans l’ensemble de la péninsule ibérique, à l’exception du Pays basque qui bénéficie d’un statut d’autonomie très enviable dans le domaine financier et fiscal.

 

Enfin, cerise sur le gâteau pour les unionistes ibériques : les engagements politiques en faveur de Madrid émanant des personnalités françaises comme Emmanuel MACRON et Manuel VALLS, ne sont pas très rassurants pour les équilibres et les enjeux de l’Espagne ainsi que pour ceux de la Commission européenne. D’autant que les Anglais seront désormais à l’abri des futures turbulences économiques, sociales et financières qui agiteront l’Union européenne. Et Gibraltar conservera au fil de l’eau l’emprise et le charme so british !
Veuillez agréer, Monsieur le député, l’expression de mes sentiments respectueux ».

 

Henri RAMONEDA.