« L’éclatement de l’Education nationale est en marche !*

La récente enquête de Trends in International Mathematics and Science Study (Timss) qui a évalué les disciplines scientifiques auprès des élèves en classe de 4e de l’OCDE (organisme regroupant les pays les plus avancés économiquement), nous indique que la France se classe bonne dernière dans les pays de l’Union européenne, avec des résultats similaires à ceux de la Roumanie. Cette enquête confirme les insuffisances du système éducatif français.

Et au lieu de se poser les bonnes questions sur les moyens, les programmes pédagogiques et le soutien aux professeurs qui sont de plus en plus isolés dans leur classe, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, s’engage à modifier les réseaux d’éducation prioritaire (Rep) alors que le confinement prolongé a suscité un décrochage scolaire suffisamment inquiétant, notamment pour les enfants issus de milieux défavorisés.

De fait, le libéralisme idéologique affiché par le ministre de l’Education nationale continue de s’affirmer sans commune mesure. Ce projet de réforme consiste à débrancher les Rep sans aucune étude d’impact préalable et à confier les crédits destinés à l’éducation prioritaire aux recteurs des Académies.

Autrement dit, les recteurs pourront ainsi affecter le transfert des moyens financiers aux établissements de leur choix au risque de déshabiller Paul pour habiller Pierre. Avec une telle réforme, les critères sociaux risqueront de passer au second plan. Les recteurs des Académies seront exposés ainsi aux pressions politiques des élus locaux et dispensés de mettre en exergue une politique nationale fondée sur des études d’évaluation.

Force est de constater que cette réforme annoncée par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, s’oppose sans aucun complexe à un rapport émis en 2018 par la Cour des Comptes qui considère la politique d’éducation prioritaire comme indispensable pour lutter contre les inégalités sociales.

En l’espèce, sur une simple étude élaborée par un comité Théodule visant à supprimer la carte scolaire des écoles et des collèges classifiés Rep, Jean Michel Blanquer, suivant le sillon creusé par Daniel Cohn Bendit, veut donc détricoter une politique mise en place depuis 40 ans en faveur des élèves les plus défavorisés et mettre en place un modèle éducatif plus orienté sur la mise en concurrence des établissements et leur privatisation.

On assiste donc à un tournant majeur dans l’histoire de la République. L’éclatement de l’Education nationale est en marche ! ».

Henri Ramoneda

 

*NDLR. Il est bon de rappeler ici que les Tribunes Libres que nous publions dans nos colonnes n’engagent que leurs auteurs et, en aucun cas, ni la Rédaction de Ouillade.eu ni sa ligne éditoriale.