« Plus de 50 ans après la signature du Traité de l’Elysée, il faut se rendre à l’évidence : le Traité dit d’Aix-la-Chapelle vient d’être adopté dans la plus grande discrétion. Ni le Conseil constitutionnel, ni le Parlement, ni même les Français n’ont été consultés à ce sujet. Est-ce donc là la nouvelle devise de la République française : Fatalité, Opacité et Servilité ?

Signé le 22 janvier 2019 en présence de Jean-Claude Junker et Donald Tusk, présidents respectifs de la Commission et du Conseil européens, ce texte organisé en 26 articles est très évasif dans le domaine de l’harmonisation financière, sociale et fiscale des deux pays par contre, il est plus lisible dans le domaine de la coopération transfrontalière.
Par exemple, grâce aux euro-districts, la ligne de chemin de fer entre la France et l’Allemagne bénéficiera de nombreux investissements, alors que la ligne TGV Montpellier-Perpignan demeure un chef d’œuvre inachevé !
D’ailleurs, il semblerait que plusieurs clauses du Traité ne soient pas conformes à la Constitution et que de surcroît, celui-ci porte atteinte à la souveraineté nationale. Aussi, il est parfaitement légitime de s’interroger sur la nécessité de rajouter une nouvelle institution au copieux mille feuilles européen avec la création d’une assemblée parlementaire commune composée de 100 députés français et allemands ; tout comme on peut s’interroger sur une approche commune en matière d’exportation d’armes. Cela semble bien surprenant.
Est-ce là, la face cachée de ce traité : la mise en place d’une défense commune ? De nombreux engagements, anodins en apparence, présentent pourtant de vraies inquiétudes, notamment dans le domaine du rapprochement entre les armées française et allemande. La volonté d’instaurer une culture commune est affirmée dans ce texte, tout comme celle d’opérer des déploiements conjoints et ainsi de défendre les frontières de l’autre signataire au cas où il serait agressé.
Cela implique pour la France de soutenir la revendication allemande pour qu’elle puisse obtenir un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies.Dans l’attente qu’une telle demande puisse aboutir, on peut valablement s’interroger sur l’indépendance des futures délibérations et des votes de notre pays au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies ».

 

Henri RAMONEDA