« Patients et soignants assistent actuellement, mais uniquement en France, à une guerre picrocholine entre Autorités de Santé et acteurs de terrain.
En effet, à l’origine de cette polémique, la décision pendant les deux mois de confinement de renvoyer chez eux les malades porteurs de signes cliniques de Covid-19, sans autre prescription que la prise de paracétamol et le conseil de téléphoner au Centre 15 en cas de décompensation respiratoire, n’en finit pas d’interpeller les médecins en première ligne. La polémique sur l’utilisation de l’hydroxychloroquine est née de la disproportion entre la dangerosité potentielle de l’infection et l’absence de proposition de prise en charge autre que le renvoi à la maison pour les formes sans gravité.
La France fait partie du peloton de tête au nombre de décès par habitants (après la Belgique, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie) loin devant tous les autres pays malgré un confinement extrêmement sévère et lourd de menaces secondaires : nous ne pouvons que nous interroger sur le traitement médiatique particulièrement intense à propos de la prescription d’hydroxychloroquine en première intention dans les formes débutantes, et surtout les distorsions d’images qui lui sont appliquées.
La dernière campagne de presse dénonce une surmortalité relative sur les cas sévères en hospitalisation : or non seulement le professeur Raoult n’a jamais soutenu cette procédure, mais les soignants savent que le Covid-19 dans ses formes sévères est à l’origine de complications cardiaques, avec ou sans hydroxychloroquine !
Par ailleurs, la chloroquine et l’hydroxychloroquine sont des médicaments qui imposent une dose contrôlée, ce qu’aucun médecin de terrain n’ignore.

Aujourd’hui, nous pouvons nous interroger sur l’opportunité d’un tel battage médiatique, sauf à considérer que ce débat inopportun pourrait être destiné à éviter de poser les questions qui fâchent ».

 

Dr Jean-Yves Gatault
Médecin généraliste en retraite