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Visite de Nancy Pelosi à Taïwan : la Chine dégaine les sanctions économiques contre les Etats-Unis
(latribune.fr)

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La Tribune.- La visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine à Taïwan, mardi, a provoqué la colère de la Chine.
C’était attendu. La Chine ne restera pas sans réponse après la visite de la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, mardi dernier à Taïwan.

Un événement qui a été vécu comme « une grave violation » des engagements américains vis-à-vis de la Chine, qui « porte gravement atteinte à la paix et à la stabilité » régionales, selon les mots du ministre des Affaires étrangères chinois. En conséquence, Pékin, qui considère Taïwan comme partie intégrante de son territoire, a annoncé, ce vendredi, mettre fin à la coopération avec les États-Unis sur de multiples dossiers.

La Chine va « suspendre les négociations sino-américaines sur le changement climatique » et annuler un entretien entre les dirigeants militaires, ainsi que deux réunions sur la sécurité, a déclaré le ministère, invoquant le « mépris » dont a fait preuve Nancy « Pelosi quant à la forte opposition de la Chine » à sa visite à Taïwan.

Cette annonce concerne l’accord surprise sur le climat qui avait été signé entre les deux puissances, qui sont aussi les deux plus importants émetteurs de gaz à effet de serre, lors du sommet de la COP26 à Glasgow, l’an dernier. Ils s’y engageaient à travailler ensemble pour accélérer les actions pour le climat lors de la prochaine décennie et à se réunir régulièrement pour « s’attaquer à la crise climatique ».

Le ministère des Affaires étrangères a également averti que le pays allait suspendre la coopération avec Washington sur le rapatriement des migrants illégaux, ainsi qu’en matière de justice, de criminalité transnationale et de lutte anti-drogues.
Plus tôt dans la journée, la Chine avait déjà annoncé « imposer des sanctions » à l’encontre de Nancy Pelosi et de sa famille proche sans que l’on en sache plus sur la nature de ces sanctions. La présidente de la Chambre des représentants américaine rejoint la liste des représentants américains visés par les autorités chinoises ces dernières années pour avoir, selon elles, agi contre les intérêts du pays et s’être exprimé sur les droits de l’Homme concernant Hong Kong et le Xinjiang (nord-ouest), parfois sans spécifier la nature de ces sanctions.

En mars dernier, la Chine avait, en outre, appliqué des restrictions de visas à une liste non rendue publique de fonctionnaires américains qui auraient « inventé des mensonges sur des questions de droits de l’Homme impliquant la Chine ». L’ex-secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, ainsi que Peter Navarro, qui avait été conseiller commercial auprès de Donald Trump, ont eux aussi été sanctionnés par le passé : ils ont interdiction d’entrer en Chine ou de faire des affaires avec des entreprises chinoises.

 

Plus importants exercices militaires de son histoire

Au-delà des sanctions, Pékin a réagi à la visite de Nancy Pelosi en menant les plus importants exercices militaires de son histoire autour de l’île. Débutés jeudi, ils devraient durer jusqu’à dimanche et sont réalisés dans six zones autour de l’île. Les forces armées chinoises ont tiré « onze missiles » balistiques de type Dongfeng « entre 13H 56 et 16H [heure locale] dans les eaux au nord, au sud et à l’est de Taïwan » jeudi, d’après le ministère de la Défense de Taipei.

La Chine a également confirmé ses tirs de missiles. Selon l’agence officielle Chine nouvelle, l’Armée populaire de libération a « fait voler plus de cent avions de guerre, y compris des chasseurs et des bombardiers », de même qu’elle a mobilisé « plus de dix destroyers et frégates » jeudi. La chaîne publique CCTV a affirmé que des missiles chinois avaient même survolé Taïwan pour la première fois. De son côté, le Japon en a dénombré neuf, dont quatre « auraient survolé l’île principale de Taïwan ».

La Chine a, aussi, déployé son aviation et sa marine de guerre dans six zones maritimes autour de Taïwan, s’approchant jusqu’à vingt kilomètres des côtes et perturbant des routes commerciales parmi les plus fréquentées du monde. Ce vendredi, Taipei a affirmé que soixante-huit avions de chasse chinois et treize navires de guerre avaient franchi vendredi la « ligne médiane » du détroit de Taïwan, qui sépare l’île de la Chine continentale lors des gigantesques manœuvres organisées par Pékin. « (Nous) condamnons l’armée communiste qui a délibérément franchi la ligne médiane », a déclaré le ministère de la Défense dans un communiqué. Par ailleurs, à Pingtan, une île chinoise située non loin des manœuvres en cours, des journalistes de l’AFP ont aperçu vendredi à la mi-journée un avion de chasse dans le ciel.

Les manœuvres empiètent sur certaines des routes maritimes les plus fréquentées de la planète, par lesquelles des équipements électroniques essentiels provenant des usines d’Asie de l’Est sont acheminés vers les marchés mondiaux. Le Bureau maritime et portuaire de Taïwan a mis en garde les navires passant dans cette zone et plusieurs compagnies aériennes internationales ont indiqué à l’AFP dérouter leurs vols pour éviter l’espace aérien autour de l’île.

 

« Un prétexte »

 

Taïwan a dénoncé, ce vendredi, la réponse militaire chinoise : « Nous ne nous attendions pas à ce que notre voisin malveillant fasse étalage de sa puissance à notre porte, et mette arbitrairement en péril les voies navigables les plus fréquentées du monde par ses exercices militaires », a déclaré à la presse le Premier ministre taïwanais, Su Tseng-chang.

De leurs côtés, les Etats-Unis voient dans la réaction de la Chine à la visite de la femme politique américaine « un prétexte afin d’accroître ses opérations militaires provocatrices dans et autour du détroit de Taïwan », selon le porte-parole de la Maison Blanche pour les questions stratégiques, John Kirby. Les tensions « peuvent baisser très facilement si les Chinois arrêtent ces exercices militaires très agressifs », a-t-il ajouté.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a, lui, estimé que Pékin avait « choisi de surréagir » et a dénoncé « des provocations » qui représentent « une escalade importante » des tensions aux yeux des Etats-Unis. Washington a prévenu que son porte-avions USS Reagan continuerait à « surveiller » les environs de l’île mais a reporté un test de missile intercontinental pour éviter d’aggraver la crise.

La Maison Blanche a d’ailleurs convoqué l’ambassadeur de Chine à Washington, ce vendredi. « Nous avons clairement fait savoir à l’ambassadeur que les activités de Pékin sont un sujet de préoccupation pour Taïwan, pour nous et pour nos partenaires dans le monde entier », a indiqué John Kirby, en référence aux inquiétudes exprimées par les grandes démocraties réunies au sein du G7 et l’Asean qui regroupe les principaux pays d’Asie du Sud-Est. « Nous avons clairement fait savoir une fois de plus, comme nous l’avons fait en privé au plus haut niveau et en public: rien n’a changé dans notre politique de la Chine unique », a-t-il ajouté.

« Nous avons aussi fait savoir que les Etats-Unis étaient prêts, quoi que la Chine choisisse de faire », a-t-il dit. « Nous ne chercherons ni ne voulons de crise », a-t-il conclu. « Mais nous ne serons pas dissuadés d’opérer en mer et dans le ciel du Pacifique Ouest dans le respect du droit international, comme nous l’avons fait depuis des décennies, défendant Taïwan et un Indo-Pacifique libre et ouvert » — terme employé notamment par les Etats-Unis pour désigner la réalité changeante d’alliances dans la région Asie-Pacifique.

Enfin, le Japon continue de surveiller d’un œil inquiet les opérations militaires. Il a exprimé une protestation diplomatique formelle contre Pékin, estimant que cinq des missiles chinois étaient tombés à l’intérieur de sa zone économique exclusive (ZEE). « Nous appelons à l’arrêt immédiat des exercices militaires », a déclaré le Premier ministre nippon Fumio Kishida.