Saleilles

Depuis quelques mois, rien ne va plus au sein du conseil municipal de Saleilles, présidé par François Rallo (UMP), ancien responsable du pôle « achats » de la Ville de Perpignan, dont l’action communale est de plus en plus contestée jusque dans sa propre équipe… Aujourd’hui, c’est une conseillère municipale, Mme Myriam Ibanez, qui a décidé de rendre son tablier, tandis qu’une autre élue, Mme Christine Bachès, de l’opposition, envoie recours sur recours au Tribunal administratif (TA) de Montpellier suite à des irrégularités que cette dernière aurait relevé lors du vote, récemment, afin de désigner les grands électeurs pour les sénatoriales du dimanche 25 septembre 2011… La première protestation électorale présentée donc par Mme Bachès a été rejetée par le TA de Montpellier, qui a estimé qu’elle était « irrecevable car prématurée », mais un second recours est en cours d’examination.

Depuis 2009, le climat ambiant est particulirement délétère à Saleilles, commune de près de 5 000 habitants située au sud dans l’agglo PMCA (Perpignan Méditerranée Communauté d’Agglomération).

Un an à peine après avoir été mis en place par l’ancienne équipe municipale de Jean-Michel Erre, lors des élections municipales de mars 2008, François Rallo était déjà contesté, « accroché » par un dossier de réserve foncière locale qui, à l’époque, avaient conduit des enquêteurs de la PJ (Police judiciaire) – en pleine affaire  Bouille dans la commune voisine de Saint-Cyprien – à entendre certaines personnalités locales… Dont, justement, l’ancien maire de Saleilles, Jean-Michel Erre. Celui-ci, lors d’un vote en janvier 2008 du conseil municipal qu’il présidait alors, avait fait voter l’acquisition par et pour la commune d’un terrain d’environ 14 000 mètres carrés, idéalement situé aux alentours du centre « Calicéo », à l’entrée de Perpignan-sud. Ce terrain, acheté pour 40 000 euro, et classé en zone 3na (c’est-à-dire pour accueillir des activités économiques), devait constituer une réserve foncière dans le cadre de la communauté de communes sud-Roussillon, présidée en ce temps-là par le docteur Jacques Bouille (UMP), maire de Saint-Cyprien et conseiller général du canton de la Côte Radieuse. Jacques Bouille, prévoyant, aurait affirmé vouloir faire là un placement, à glisser par la suite dans la « corbeille de la mariée » dans le cas où il devrait y avoir un transfert de ladite communauté de communes vers l’agglo PMCA.

Sauf que, un mois après son élection dans le fauteuil de maire de Saleilles, François Rallo décide de changer le « zonage » du fameux terrain et, après consultation de son conseil municipal, le classe en zone 1na ; c’est-à-dire désormais en terrain constructible, à lotir et à bâtir pour de l’immobilier… Plus question de transférer cet espace foncier à l’agglo PMCA, dont fait partie désormais la commune de Saleilles, mais au contraire il s’agit de le vendre à des particuliers, à des promoteurs. Dans la foulée d’une autre délibération municipale, le terrain, acheté 40 000 euro, est revendu 4 000 euro. Entre temps, un zéro a disparu ! On a peine à le croire, à l’imaginer, et pourtant… à partir de cet instant l’opposition à François Rallo, de gauche comme de droite, va s’en servir pour monter au créneau, c’est de là que la PJ va venir y fourrer son nez… Bref, l’affaire va faire grand bruit et servir de détonateur pour toute une nouvelle génération de Saleillencs prêts à en découdre avec l’actuel maire.

Aujourd’hui, ce « maudit » terrain serait à nouveau à la vente… Par qui ? Car il se murmurre que la commune l’aurait récupéré… Pour quoi ? Et à quelles conditions ?… C’est l’imbroglio total.

Ce sont ces mêmes Saleillencs indignés, toutes tendances politiques confondues, qui n’ont pas hésité à contacter l’ancien maire, Jean-Michel Erre, pour qu’il les aide dans leur objectif de faire vaciller François Rallo. Car lui aussi, Jean-Michel Erre, aujourd’hui retiré de tout à 62 ans, se dit déçu et amer du comportement de son successeur : « C’est contraint et forcé, en quelque sorte, que nous l’avions choisi pour me succéder à l’époque, c’est vrai, je le reconnais, d’autant que cela c’était fait à l’unanimité au sein du Conseil municipal… Je dis « contraint et forcé » parce que personnellement je souhaitais que ce soit Alain Rabetllat qui me succède, mais celui-ci, un an avant l’échéance des élections municipales de mars 2008, avait décidé qu’il se retirerait en même temps que moi… Je n’avais plus le choix ! Puis nous avions une bonne équipe, nous avions réalisé du bon travail pendant trois mandats… Ce sont les gens qui nous le disaient dans la rue en nous interpellant, lors de réunions… ».

Dès lors, la solution François Rallo – dont chacun savait qu’il faisait partie des pions placés par Jean-Paul Alduy (UMP/Parti radical) sur l’échiquier de l’agglo PMCA – devenait incontournable… et effectivement il fut désigné à l’unanimité comme « le digne successeur » pour prendre le flambeau. Désormais, il semblerait, que tout le monde déchante. Et s’il n’est pas question, pour Jean-Michel Erre, pour d’évidentes raisons médicales, de (re)prendre la tête d’une liste pour le futur (immédiat ?), en revanche il admet être présent dans une équipe très active de quadras et de quinquas bien décidés à relever le défi et à monter en première ligne. Cinq personnes de la liste François Rallo, y compris des personnalités locales de gauche, se disent prêtes dès maintenant à s’investir dans une nouvelle équipe pour diriger Saleilles autrement.

– « L’opposition se mobilise, c’est clair, des gens se lèvent en réaction d’une situation de suspicion, de dissension, d’irritation et de défiance vis-à-vis d’un maire de plus en plus contesté », reconnaît-on jusque dans les rangs de la majorité municipale.

Le conseil municipal du jeudi 30  juin 2011, en soirée, promet d’être animé. Car entre recours et démission, entre ordre du jour et questions diverses,  entre zone d’activités de « Calicéo » et territoire de la commune de Cabestany, certain(e)s pourraient tâter le terrain… pour déblayer et gagner du terrain !