C’est en 1973 qu’est publié l’essai d’Alain Peyrefitte, « Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera »*, aux éditions Fayard. Uniquement en langue française, l’ouvrage – diffusé également en deux tomes en livre de poche – s’écoulera à près d’un million d’exemplaires ! En 1996, comme en écho à cet ouvrage, il écrit une suite en forme de constat : « La Chine s’est éveillée ».

Ecrivain et homme politique, c’est en 1971, deux années avant la sortie de l’ouvrage, qu’Alain Peyrefitte effectue une visite en Chine à la tête d’une délégation parlementaire, alors qu’il préside la Commission des Affaires culturelles et sociales de l’Assemblée Nationale. Il réalise à cette occasion un rapport d’enquête sur l’état de la Chine, alors au milieu de la Révolution culturelle. Cependant, nombre d’intellectuels « franco-français » nombriliques reprochent à l’époque à Alain Peyrefitte de « traiter de la Chine en politicien conscients de ses devoirs d’Etat, et de ce qu’il doit à l’Etat dont il fait la politique (…) ». Alain Peyrefitte est alors accusée de « Maolâtrie » par des intellos-bobos et politiciens-de-pacotille qui, surtout, n’ont jamais mis les pieds en Chine.

Dans les années 2000, au tout-début, plus près de nous, chez nous en Roussillon plus précisément, très exactement, et pour la première fois : Christian Bourquin (PS), alors président du Conseil Général des P-O (l’actuel Département’66), et l’universitaire perpignanaise Jacqueline Amiel-Donat (JAD), sinologue reconnue, à la tête d’une délégation composée d’une poignée d’élus et de socio-professionnels, mettent le cap sur Shangaï, en Chine. C’est JAD qui a organisé dans les moindres détails le programme de cette visite : rencontres avec des dirigeants, de provinces ou d’entreprises, participations à des cérémonies officielles… Tout cela au pas de course, mais avec à chaque fois des contacts fructueux, à tel point, par exemple, que Christian Bourquin reviendra in-situ accompagné de représentants de la viticulture roussillonnaise pour sceller des échanges, voire des partenariats… Christian Bourquin et Jacqueline Amiel-Donat étaient convaincus des débouchés prometteurs entre les P-O et la Chine. C’est d’ailleurs à partir de là qu’on a vu de nombreux étudiants chinois venir à l’UPVD (l’Université Perpignan Via Domitia), des touristes chinois atterrir à l’aéroport international El Prat de Barcelone et faire un détour sous le soleil du Roussillon, etc.-etc.

A l’époque, les politiciens locaux, notamment au sein d’une Opposition départementale « archipellisée » à la conception « alduyiste » d’un espace spécifique restreint et isolé, avec la complicité de médias des P-O qui ne regardaient pas plus loin que leur pagination ou leur micro tendu entre Salses-le-Château et Barcelone, ont fustigé ces déplacements en Chine, avançant tout un tas de faits plus ou moins déformés, amplifiés. Ridicules.

Presque un demi-siècle plus tard (pour Peyrefitte), ou deux décennies plus loin (pour Amiel-Donat et Bourquin), la Chine est bien là. La semaine dernière, lors d’une cérémonie virtuelle dont elle était le promoteur, la Chine a cosigné un traité économique de libre-échange colossal avec 14 autres pays d’Asie et du Pacifique, parmi lesquels : le Japon, la Corée du Sud, le Vietnam, l’Australie et la Nouvelle Zélande. Soit plus de deux milliards d’habitants au sein d’un marché unique.

C’est l’accord commercial le plus vaste du monde puisqu’il pèse : 30% de la population mondiale, 30% du PIB mondial, 28% du commerce mondial…

Heureusement que l’Inde, avec ses 1 400 000 000 habitants (environ), a refusé de rejoindre ce pacte**, « craignant un afflux de produits chinois bon marché »

L’Amérique « bobo » de Jo Biden a du souci à se faire et, par ricochet, l’Europe également.

 

L.M.

 

 

*Le titre du livre viendrait d’une phrase prophétique attribuée à Napoléon 1er : « Laissez donc la Chine dormir, car lorsque la Chine s’éveillera le monde entier tremblera » (Wikipédia)

**Dans ce traité cosigné par la Chine et 14 autres pays de l’Asie du sud-est et de l’Océanie, la protection des travailleurs et de l’environnement est exclue.