Comment en est-on arrivé là ?

Comment deux candidats particulièrement nuls, vides de contenu, vides de sens, qui n’auraient jamais pu franchir une présélection pour une banale émission de téléréalité sur la politique, se sont-ils retrouvés en finale pour le deuxième tour de l’élection présidentielle ?

Le plus inquiétant, dans cette histoire, c’est qu’on en vient à se demander s’il n’y a pas eu tricherie dans les urnes du premier tour pour en arriver là : à une médiocrité ambiante déplorable, un débat – celui d’hier soir sur les chaînes de télévision TF1 et France2 – sans fond, sans idées, des échanges absurdes, voire surréalistes, etc.-etc.

L’un n’a eu de cesse que de traiter son adversaire de « menteuse » (sans le démontrer réellement) à longueur de phrases parfaitement inaudibles ; l’autre nous a servi des batailles verbales relevant de la cour de récréation d’une école maternelle… et entre eux : deux journalistes indignes d’animer un débat, totalement dépassés, effacés, incapables de rappeler les intervenants à l’ordre, de mettre un terme à l’insupportable cacophonie régnante… Même Danièle GILBERT refuserait de voir à ses côtés, sur un car-podium planté sur le parking d’une supérette du côté de Latour-Bas-Elne ou du Boulou, un tel duo – Christophe JAKUBYSZYN (pour TF1) et Nathalie SAINT-CRICQ (pour France2) – pour électriser l’atmosphère. Les deux journalistes ont largement aidé à plomber le débat. Au lieu d’ouvrir le dialogue, ils l’ont complètement fermé faisant preuve d’un conservatisme journalistique qui n’a plus sa place aujourd’hui, à l’heure du numérique et des réseaux sociaux.

Oui Marine Le PEN a complètement raté ce débat, en passant à côté de ce rendez-vous très attendu avec l’opinion publique. Elle n’a fait que mordre sans arrêt les mollets de son concurrent, en l’invectivant à coups d’accusations, de vociférations, pour tenter de le déstabiliser, de le ridiculiser, de le placer dos au mur… mais pendant ce temps perdu, elle n’a jamais été concrète, efficace, compétente, crédible, dans le déroulement de son projet. Qu’on a d’ailleurs toujours du mal à cerner.

De son côté, Emmanuel MACRON n’a guère fait mieux. Lui qui est souvent qualifié – il est vrai par les professionnels de la morale politicienne – de « habile, ambitieux, sympathique et brillant (…) », aura laissé un goût amer tant il n’est jamais arrivé à sortir des serres de sa rivale. Englué dans son image médiatique de gendre idéal ou de 1er de la classe, il a démontré par son propos que, comme elle, le moment venu de prendre les commandes pour diriger le paquebot France il sera merveilleusement inutile.

Pauvre France !

Les deux finalistes, aidés par un duo de choc de marionnettistes qui feraient fuir le public de Patrick SéBASTIEN, n’ont certes pas convaincu.

Hier soir, la politique a perdu une belle occasion de se taire. A cause de ces deux-là, à cause des partis traditionnels qui n’ont eu ni le courage ni l’envie pour dire à MM. FILLON et HAMON de rester à la maison et de valider d’autres investitures – il y a de grands talents tant à gauche qu’à droite… mais surtout pas ailleurs ; nous l’avons hélas vu hier – à cause d’élites intellectuelles qui voudraient diriger la République Française comme une monarchie du Golfe persique, la France est en train de dérailler et pas uniquement dans les cerveaux.

Ce dimanche 7 mai, à l’occasion du second tour de l’élection présidentielle, on peut s’attendre à une énorme surprise. Elle ne viendra ni de chez les Lepénistes ni de chez les Macronistes. Si j’étais une moule, je me planquerais, car la pêche risque d’être fructueuse… surtout de « blanc » vêtu ! On peut toujours se rassurer en plongeant dans les pensées de Samuel BECKETT : « Rien n’est plus drôle que le malheur… c’est la chose la plus comique du monde ». Ou plus sérieusement avec Simone de BEAUVOIR : « Dans toutes les larmes s’attarde un espoir… ».