Le projet de création d’un grand port à Port La Nouvelle (département de l’Aude) est entré dans une phase concrète avec l’enquête publique qui se terminera le 25 mai prochain. La Région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée a budgété 200 millions d’euros (pas moins !), dès 2018, afin quel les travaux démarrent immédiatement pour qu’en 2020/ 21 le port puisse commencer à fonctionner.

 

Mais des obstacles imprévus par la Région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée peuvent tout remettre en question et l’opération a toutes les chances de capoter, pour ne pas dire de tourner au désastre politique. Rappelons que la présidente Carole DELGA (PS) en a fait un des grands projets de l’Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée car elle souhaite faire de sa région administrative (Qui englobe Midi-Pyrénées et le Languedoc-Roussillon depuis les dernières élections régionales issues du redécoupage voulu par l’ex Président de la République François HOLLANDE), une grande région du commerce maritime… Mais on est si bas que beaucoup pense que c’est de l’utopie et des dépenses plus politiques et électorales qu’à visées économiques. Là est un autre débat, par les temps qui courent.

 

Pour aboutir a la réalisation d’un tel chantier, Carole DELGA a donné les pleins pouvoirs à Didier CODORNIOU (PRG), vice-président de laite Région, maire de Gruissan, qui est donc en réalité LE véritable initiateur-ordonnateur du projet, en charge de la Délégation régionale aux Ports et président du Parlement de la mer. Une telle concentration de pouvoirs dans les mains d’un seul homme ne laisse personne indifférent.

 

Le coût avoué en argent public est de 500 millions d’euros TTC, mais en fonction des différentes phases annoncées et non chiffrées il pourrait grimper jusqu’à 700, voire 800 millions d’€.

 

« Comme le projet est lié au plan éolien gouvernemental avec la ferme éolienne en mer de Gruissan, c’est une opération à un milliard d’euros, beaucoup plus que Notre-Dame des Landes« , s’inquiète un expert du dossier qui redoute le pire « Car faute d’aides de l’Etat, de l’Europe ou de participation industrielle ou d’armateurs, il reviendrait à la Région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée, codirigée par les écologistes-donneurs-de-leçons d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) de tout financer. Contribuables-vaches-à-lait occitans-catalans préparez-vous à passer à la caisse ! ».
La justification première du projet est de répondre aux besoins des pétroliers Total et Dyneff pour accueillir dans le port des navires qui aujourd’hui restent en mer et déchargent via un pipeline. Le volume actuel des hydrocarbures est de 1.1 Mt et selon le projet il pourrait atteindre 2 à 4 millions en 2030/ 2040 et représenter 80 % de l’activité.

 

C’est là que les choses se sont compliquées

 

Lors du débat télévisé FR 3 du 1 er avril (ce n’était pas un poisson), le Professeur BISCONTE DE SAINT-JULIEN, invité à débattre comme expert face à la présidente de la Région/ Pyrénées-Méditerranée Carole DELGA, avait déjà mis en garde, publiquement, en soulignant devant les caméras « l’incohérence de miser sur la croissance du pétrolier, alors que les décisions gouvernementales prévoyaient la fin de la consommation domestique en 2040 (…) ». Ce à quoi Carole DELGA avait répondu que « le ministre Nicolas HULOT – qu’elle venait de rencontrer – soutenait le projet »

 

Quant aux industriels pétroliers, les principaux intéressés, ils étaient restés silencieux…  comme en fait Nicolas HULOT.

 

L’enquête publique a vu la montée au filet d’associations « inquiètes de la fragilisation de la bande littorale, des étangs, les organisations paysannes les pécheurs, etc. ». L’association Port-Vendres et Port-Vendrais a protesté contre l’exclusion et la disparition programmée de Port-Vendres, dans ce cas de figure très activement soutenu par la présidente de la Région… et, dans les P-O, par sa fidèle vice-présidente, Agnès LANGEVINE (EELV). Elle a versé au débat un rapport actualisant celui de 2016. Ce dernier prouvait déjà que le projet était sans justification économique (avis 173, en date du 16 mai et rapport annexé de 30 pages).

 

Le coup de théâtre est venu des pétroliers eux-mêmes qui sont enfin sortis du silence en s’opposant au projet : ils dénoncent le manque de concertation, les chiffres faux, les pseudo-études, au long d’un rapport de 30 pages qui démolit méthodiquement point par point le projet.

 

 

Avis 173. En date du 16 mai et rapport annexé de 30 pages.

 

Groupe TOTAL-Dyneff exploitant de EPPLN ( Entrepôts Pétroliers de Port La Nouvelle) signé C. LALLOZ.

 

Morceaux choisis…

 

Ils menacent de fermer le site

 

Ils contestent les prévisions de tonnage en rappelant les obligations de baisse de 34% fixés par le gouvernement en 2030 et que la croissance prévue à 2.8 Mt à cette date n’est pas crédible.

 

Ils s’étonnent que des études auraient été conduites auprès d’eux en avril 2015… une assertion extrêmement surprenante et qu’ils demandent que ces études soient produites. Que les calcul de rentabilité et les perspectives contestables alors que la Région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée maître d’ouvrage n’a jamais consulté les pétroliers exploitants (c’est écrit noir sur blanc aux pages 28 et 29 !).

 

Ils s’inquiètent de l’intérêt de mettre des navires dans le port, alors qu’aujourd’hui ils déchargent au large par un pipeline : « c’est une conséquence du projet d’extension portuaire conçu par la Région sans véritable concertation avec les pétroliers utilisateurs mais que n’est en aucun cas leur choix ( p 22) Que contrairement à ce qu’ écrit par la Région ils sont pleinement satisfaits des conditions actuelles d’utilisation du sealine . En revanche sans moyen de déchargement durant les travaux ce serait à coup sûr la fermeture du site (page 21) ».

 

Qu’il importe de rappeler que le but de l’expérimentation éolienne offshore est de tester la production d’électricité et en aucun cas de vérifier la capacité de Port-La-Nouvelle de réaliser ces éoliennes. La Région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée doit donc considérer de manière indépendante ces deux sujets et ne plus lier la livraison des fermes éoliennes à la réalisation d’un projet d’extension portuaire (pages 24 et 25 dudit rapport).

 

EPPLN demande donc à la Région de s’orienter vers un projet plus modeste, ne nécessitant pas la construction de la grande digue Nord, ne nécessitant pas la coupure du sealine actuel (page 23).

 


Hier encore, un grand quotidien régional d’un groupe de presse qui soutient le projet du maire de Gruissan expliquait que ce dernier « avait des contacts et promettait toujours des milliers d’emplois ». On ne sait ce que les enquêteurs diront et encore moins ce que le préfet, représentant de l’Etat, décidera. L’expérience de Port-Vendres et du 3ème quai prouve qu’un préfet peut donner son feu vert à un projet absurde, voire dangereux, et qu’il y aura toujours une ou deux associations pour recourir aux tribunaux et enterrer le projet. La grande différence, c’est qu’ci les grands industriels ont décidé de mettre les pieds dans le plat.

 

Les pétroliers iront-ils en justice pour faire annuler le projet sensé répondre à leurs plus chers désirs ? Madame DELGA va-t-elle retirer son projet et, en même temps, sa confiance au vice-président et/ ou à la vice-présidente écologiste ? Va-t-on vers une remise à plat du problème des trois ports avec cette fois-ci la présence des associations dans les discussions ? Que va devenir le projet éolien ?

 

Ce sont-là autant de questions désormais incontournables.
Il serait temps que certains élus se réveillent et exigent des réponses de la Région et du Gouvernement pour que cessent ces leurres portuaires à répétions. C’est en effet au Gouvernement désormais de réagir pour mettre de l’ordre et de la transparence dans un dossier qui n’est pas une mince affaire, puisqu’il engage des enjeux financiers et environnementaux particulièrement sensibles pour dessiner notre avenir économique (et politique dans le sens de la gestion de la collectivité).