Réaction de Robert Folcher (MRC/ Jean-Pierre Chevènement), conseiller municipal d’opposition de la Ville de Perpignan, suite à un article récent, paru dans le quotidien L’Indépendant le 22 octobre 2011…

« Les responsables municipaux en charge des problèmes de sécurité sur la ville de Perpignan dressent un compte rendu particulièrement élogieux du dispositif de surveillance par caméras, implanté sur la ville afin de mieux lutter contre les actes de délinquance sur la voie publique. Le satisfecit est sans réserve. 106 caméras, bientôt 150, assureraient ainsi la couverture totale de l’agglomération, sous la surveillance attentive et constante de 21 agents municipaux, les yeux rivés, 24 heures sur 24 sur leurs moniteurs, « gardant un œil partout » en liaison constante avec la police nationale chargée des interventions « à chaud » ainsi qu’avec les 86 agents municipaux présents par vacations sur le terrain. Dormez braves gens, le « big brother » veille.

Qu’en est-il exactement ? La municipalité, encouragée par la politique gouvernementale aurait-elle découverte la panacée universelle en matière de sécurité ?
Ne soyons pas naïfs, la réalité est tout autre. Le système est indéniablement utile mais il ne peut être que complémentaire c’est-à-dire associé à une surveillance opérée par des patrouilles de policiers circulant à « pieds » 24/24 h. (à bord de véhicules, on ne voit rien, on ne fait que passer…), ainsi qu’à des équipes d’interventions en effectifs suffisants et disponibles à tout instant. Rien ne saurait remplacer une présence policière « physique », c’est-à-dire visible, rassurante pour les habitants et dissuasive pour les délinquants. Malheureusement ce dispositif fait cruellement défaut sur Perpignan où la police nationale ne dispose la nuit que d’une seule patrouille : Ainsi, La police municipale cesse ses activités à 21 h. ; quant à la nouvelle unité créée au sein de la police nationale, la BST – brigade spécialisée territoriale -, elle termine à 23 h… seule demeure la nuit une unité BAC – Brigade anti criminalité – . C’est bien peu pour une ville qui se targue d’atteindre les 140 000 habitants.

La vidéo surveillance présente par ailleurs plusieurs inconvénients majeurs, déjà dénoncés dans un rapport de la Cour des Comptes. Elle vient également de faire l’objet de vives critiques dans une récente étude du CNRS conduite par plusieurs chercheurs indépendants qui ont clairement démontré les limites de son application.

La controverse est croissante et le constat accablant selon l’étude réalisée sur deux villes respectivement de 30 000 et 50 000 habitants :
– Le gouvernement encourage son implantation afin de poursuivre la baisse des effectifs de policiers nationaux et de la gendarmerie dans le cadre de la réduction de son déficit budgétaire. Des millions d’euros sont ainsi dépensés chaque année par les municipalités déjà passablement endettée, à la grande satisfaction des Stes commercialisant cette technologie;
– La vidéo n’a qu’un impact marginal sur l’évolution de la délinquance;
– Son coût est exorbitant pour les collectivités territoriales ; c’est une gabegie pure et simple ; c’est pourquoi nos édiles municipaux songent déjà à l’utiliser pour verbaliser les véhicules mal garés, rentabilité oblige;
– La surveillance prétendument « continue » des opérateurs devant leur moniteur est une douce illusion ; il s’agit d’une surveillance passive – un balayage des caméras- assuré par des agents qui en fait ne consacreraient que la moitié de leur temps de travail à cette tâche réputée fastidieuse et peu valorisante.

Une telle situation est d’ailleurs aggravée par plusieurs facteurs :
– Techniques : 5 à 10 % des caméras connaissent chaque jours des dysfonctionnements (panne, mauvais réglage, mauvaise position, visibilité réduite par la pluie, le coucher de soleil, la taille des arbres, les décorations de noël, les panneaux publicitaires etc…). Comme l’explique naïvement l’adjoint au maire chargé de la sécurité dans le reportage de L’Indépendant, « si les caméras sont dirigées d’un côté, elles ne voient pas de l’autre… CQFD Il fallait y penser… on observe également que les délinquants connaissent de mieux en mieux les failles du dispositif et opèrent de plus en plus souvent le visage dissimulé ou hors d’atteinte du visuel de la caméra.
– Humains : Le regard du scrutateur est toujours sélectif sinon discriminant. La nuit de longues heures s’écoulent au cours desquelles rien ne se passe et l’ennui s’installe…Le relais sur le terrain par des policiers en patrouille n’est pas toujours assuré surtout si ceux-ci sont déjà sur une autre intervention et avec un effectif réduit à la portion congrue.

Il faut donc bien admettre les limites des capacités physiques des opérateurs et techniques de leurs matériels.

Par ailleurs, contrairement aux idées reçues et allégrement véhiculés par les promoteurs de la vidéo-surveillance (notamment les entreprises qui la commercialisent), il y a peu d’interpellations en flagrant délit réalisées grâce à cette technologie ; les délits ainsi repérés donnent lieu à peu d’interventions et encore moins à arrestations. C’est d’ailleurs pour cette raison que lorsque quelques arrestations se produisent à la suite de l’alerte vidéo, elle sont immédiatement médiatisée… (cft. Article de l’Indépendant) pour justifier la rentabilité de cette installation couteuse.

Enfin, la vidéo-protection ne fait que constater un crime ou un délit qui vient de se commettre ; le mal est déjà fait, la victime est lésée pour elle c’est déjà trop tard. D’autre part le système privilégie l’implantation des caméras dans les centres villes, aux abords de centres commerciaux importants, de lieux d’affluences ou encore de quartiers « riches » ; il rejette la délinquance en périphérie sur des secteurs moins favorisés et crée ainsi, si l’on peut dire, une sécurité « à deux vitesses », pour les riches et pour les pauvres.

On le voit, un tel outil ne peut être promu comme la pierre angulaire des politiques locales de sécurité. Encore une fois, on met la charrue avant les bœufs, pour des motifs idéologiques (vieux fantasme de la surveillance intégrale), électoraux (cela rassure mais nos concitoyens ne sont pas dupes), et enfin mercantiles (l’Etat et les collectivités territoriales subventionnent en fait le secteur privé) ».