A gauche comme à droite (surtout), les élus haussent le ton, via des communiqués de presse et des commentaires en ligne, pour s’émouvoir du nouveau calendrier concernant la Ligne à grande vitesse (LGV), qui ne prévoit pas la mise en place du TGV entre Perpignan et Montpellier avant… 2030 !

Nos élus roussillonnais ont dans ce dossier, comme hélas dans beaucoup d’autres c’est bien souvent le cas, la mémoire sélective, pour le moins…

Dans les années 90, alors que le député lozérien (à l’époque)  Jacques Blanc (UDF) était aux commandes de la Région Languedoc-Roussillon, même dans son propre camp politique celui-ci était bien seul pour, depuis Montpellier, imposer la priorité ferroviaire LGV entre la métropole régionale et le chef-lieu du Roussillon.

Dans ces années-là, tous les élus des Pyrénées-Orientales, à de très rares exceptions près, paraissaient aveuglés, subjugués en tout cas, par l’Eldorado barcelonais et ils ne voyaient que par la mise en place d’un TGV résolument tourné vers le sud : Barcelone-Perpignan. Et ceux, minoritaires dans le discours, qui ne s’alignaient pas sur cet axe, disaient être « plus proches de Toulouse que de Montpellier », allant jusqu’à réclamer au nom de cette proximité clientéliste un TGV Toulouse-Perpignan…

Aujourd’hui, ces élus-là tentent vainement de se placer en victimes (de leurs propres choix !). Ils ont peut-être enfin compris que, économiquement en tout cas, les grands dirigeants et investisseurs de la mégapole Barcelone n’ont que faire de Petit-Poucet perpignanais, privilégiant un réseau de villes Barcelone/ Montpellier/ Marseille et Lyon… et au-delà la plaine du Pô (en Italie), la vallée du Rhin (en Allemagne) et le triangle Paris/ Londres/ Amsterdam.

Seulement voilà, le maillon fort qui devait constituer le trait d’union indispensable entre Barcelone et Montpellier/ Nîmes, à savoir Perpignan/ Montpellier, ne se fera pas avant plusieurs décennies. Du coup, l’axe Perpignan/ Montpellier devient le maillon faible de cette politique des transports qui, ironie du sort qui en est ici jeté, isole (géographiquement parlant) Barcelone dans un cul de sac ferroviaire. Ou presque…

A vouloir, dans les années 90, mettre tous leurs œufs dans le même panier, et en confondant culture et économie, les élus des P-O ont raté la marche « Montpellier ». Aujourd’hui, c’est tout un territoire, tout un peuple, qui risquent de le payer chèrement.

Et qu’ils arrêtent de jeter l’anathème et la pierre sur l’Etat français, sur la capitale régionale… C’est trop facile. Eux, aux responsabilités locales, avaient les cartes en mains pour changer le cours de l’Histoire. Ils ne l’ont pas fait.