Jean-Paul Alduy et Jean-Marc Pujol

Malgré sa récente défaite aux élections sénatoriales, le 25 septembre dernier, Jean-Paul Alduy (Parti radical), président de Perpignan-Méditerranée Communauté d’Agglomération (l’agglo PMCA) et 1er adjoint de la Ville de Perpignan (et président du conseil d’administration du Théâtre de L’Archipel), aura connu son jour de gloire : c’était ce jour, ce lundi 10 octobre 2011, sans aucun doute le plus beau de sa carrière politique, avec un certain 29 mars 1992… qui marqua justement son entrée officielle en politique, avec sa belle victoire aux cantonales sur le canton 1 de Perpignan (Quartier du Bas-Vernet).
Puis il y eut 1993, avec la conquête de Perpignan, dans l’héritage de la « citadelle alduyiste » bâtie par son père, Paul Alduy, à partir de 1959.
Ce matin, à l’occasion de l’inauguration de « son » Théâtre de L’Archipel, malgré la présence d’un parterre d’artistes et de personnalités diverses, le public ne s’y est pas trompé en applaudissant, à l’intérieur du « galet des arts » (ce pourrait être l’un des futurs surnoms du Théâtre de L’Archipel), longuement et avec une sincérité touchante, Jean-Paul Alduy, « le » créateur de ce nouvel univers culturel transfrontalier très osé qui lui permet d’asseoir, une fois de plus, sa « fierté d’être Catalan ». Lui qui, pour en arriver là, s’est battu contre vents et marées, comme un lion, à tour de bras… Souvent seul au monde, seul contre tous, mais toujours solide comme le Pont-Neuf, solide au poste et solide comme un chêne. Le voilà enfin récompensé de sa vitalité, de sa pétulance, de sa sémillance, de sa vaillance, de son enthousiasme… De sa détermination, de son entêtement : « Je le veux ! ». Il l’a eu, son Théâtre. Mieux : son Archipel. Dont il vantait, au début des années 2000, déjà, les mérites, les vertues, la nécessité, « l’incontournabilité ».
Pour Jean-Paul-Alduy-maire-de-Perpignan, la « fierté » (nous y revoilà) économique passait par là (in « Perpignan 2020 », paru en 2007 aux Editions du Rocher) : « Le temps est à l’ambition, à la solidarité et à la fierté reconquise. Et notre ambition, je le répète, doit se définir avec sans cesse pour références premières (et pas exclusives : le monde est ouvert !) les trois espaces suivants : la conurbation Gérone, Figuères, Perpignan, Narbonne ; le triangle Barcelone/ Toulouse/ Montpellier ; la Méditerranée occidentale. Nous avons besoin d’une ville repérable dans ces trois espaces. Perpignan n’a plus la taille nécessaire. Seul l’Archipel Perpignan-Méditerranée nous permettra de répondre aux défis. Comprendre que nous sommes contraints à être plus ambitieux que jamais, prendre la vraie mesure de notre situation géographique et de ses possibilités, mobiliser l’énergie des nouvelles générations sont des conditions nécessaires, mais elles ne sont pas suffisantes. Il faut se donner les moyens d’une gouvernance du projet de territoire et, à ce titre, la création de la communauté d’agglomération Perpignan-Méditerranée a ouvert, même si ce fut long et difficile, une démarche prometteuse (…) ».
Le théâtre inauguré ce lundi 10 octobre 2011, devait être la première pierre de cet objectif politique donné du projet urbain : à savoir construire l’archipel des cultures ; c’est-à-dire – toujours pioché dans « Perpignan 2020 » (page 54) by Jean-Paul Alduy, publié en 2007 – « non seulement respecter chaque culture, mais être convaincu que l’interrelation des cultures ouvre les esprits, les enrichit, détruit les peurs et les sectarismes, et crée les conditions non seulement d’une fraternité vivante mais également d’une énergie créatrice, d’une vraie capacité d’innovation sociale et de courage d’entreprendre.Construire l’archipel des cultures, c’est construire une cité fondée sur la laïcité, l’humanisme et l’urbanité (…) ».
Dans un discours historique remarquable, appuyant cette démarche intellectuelle pleine de promesses, Jean-Marc Pujol (UMP), maire de Perpignan (mis en place par Jean-Paul Alduy aux lendemains de sa réélection en 2009 après « l’affaire des chaussettes »), a bien failli voler la vedette au président de l’agglo PMCA : « Oui !, s’est exclamé Jean-Marc Pujol, il fallait un théâtre pour Perpignan et notre équipe municipale a eu l’ambition de porter ce beau projet contre vents et marées. Albert Camus écrivait : « L’aventure commune, le risque connu par tous créent une équipe d’hommes et de femmes toute entière tournée vers un seul but et qui ne sera jamais meilleure, ni plus belle que le soir, lontemps attendu, où la partie enfin se joue ». Cette partie n’est pas finie ni pour le théâtre, ni pour Perpignan. L’oeuvre de Jean Nouvel (l’architecte), illustre les vertus de notre pays, la solidarité des Castellers et la créativité d’un Gaudi ou d’un Dali. Un ensemble de bâtiments divers mais une oeuvre unique. Chaque bâtiment apporte à l’autre sa force et sa beauté. Inspirons nous du travail de Jean Nouvel, de Brigitte Métra et de leurs équipes pour inscrire Perpignan dans la modernité. Ce théâtre de l’Archipel, votre théâtre de l’Archipel, doit être porteur de notre volonté commune d’inscrire notre ville dans le XXIème siècle. Soyons ambitieux et généreux pour construire le Perpignan de demain. Et puis sous ces cintres, derrière ces toiles, erre toujours une vertu d’art et de folie qui ne peut périr et qui empêchera que tout se perde. Recevoir et donner n’est-ce pas le bonheur de la vie ?… Mais oui, c’est la vie même, forte, libre, dont nous avons tous besoin ».
Christian Bourquin (PS), sénateur des P-O et président de la Région Languedoc-Roussillon – collectivité territoriale qui a investi dans cette réalisation, au même titre que la Ville, l’Agglo et l’Etat – s’est voulu très consensuel dans son intervention, soulignant « Qu’une oeuvre n’existe que parce qu’il y a un débat autour d’elle », faisant sans doute là allusion aux nombreuses critiques qui auréolent le coût de la construction du Théâtre de L’Archipel : 44 millions d’euros (frais financiers compris, auxquels il fait ajouter un loyer mensuel d’environ 200 000 euros sur trente-deux ans). Et Christian Bourquin de poursuivre : « Aujourd’hui, cette oeuvre est présente au coeur de la ville, c’est un lieu d’excellence, un lieu garant désormais d’un certain lien social dans la ville grâce à l’acte culturel qu’il est censé être. C’est un pari architectural, certes, mais aussi un pari technique et je voudrais en profiter pour rendre un grand hommage à tous les salariés, ingénieurs ou ouvriers, qui se sont succédé sur ce chantier. Sans eux, sans l’ensemble des bâtisseurs qui ont oeuvré ici, cette oeuvre n’existerait pas, elle ne pourrait pas être sur pieds aujourd’hui. Je voudrais dire aussi que parce que ce Théâtre de L’Archipel est aussi un monument d’exception, dans tous les sens du terme, il était parfaitement logique que la Région Languedoc-Roussillon y participe (…) ».
C’est lors de la visite des bâtiments, à l’intérieur de la fameuse et grandiose salle de conncert baptisée « Le Grenat », où s’entassaient en fin de matinée quelque 1 200 invités, que Jean-Paul Alduy a eu droit à un tonnerre d’acclamations, à une formidable et impressionnante « standing-ovation »… comme s’il s’agissait de saluer les adieux irrévocables d’un grand artiste ? L’avenir nous le précisera.
En soirée, dans la foulée de cette inauguration, Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, est venu visiter le Théâtre de L’Archipel, sous la conduite de Jean Nouvel et de Brigitte Merta, architectes, de Domènec Reixach, directeur du théâtre et de Jean-Marc Pujol, maire de Perpignan. Frédéric Mitterrand a d’ailleurs assisté, à 21 h, à la représentation de « La Cantate de l’Archipel », une création de Daniel Tosi, avec l’orchestre Perpignan-Méditerranée.

Jean Nouvel, Jean-Marc Pujol, Jean-Paul Alduy lors de l''inauguration du Théâtre de l'Archipel