C’est devenu la coutume, à l’ Université de Perpignan Via Domitia (UPVD), à chaque élection pour briguer la présidence de cet établissement, on assiste à un climat pour le moins explosif entre enseignants, chercheurs et personnalités qualifiées…

Déjà, le 9 février dernier, la tentative avortée de créer le schisme lors des élections au sein du prestigieux Institut d’Administration des Entreprises (IAE), avec l’entrée en lice vite balayée de la candidature de Georges Guillaumot, directeur de l’Action Economique à Perpignan-Méditerranée Communauté d’Agglomération (l’agglo PMCA), laissait présager d’une retoutable ambiance dans la perspective d’un assaut contre la présidence de l’UPVD.

Assaut dont nous avons aujourd’hui un avant-goût avec cette lettre ouverte (datée du 23 février 2012 et diffusée à une centaine de personnes) à Fabrice Lorente, candidat justement à la présidence de l’UPVD et signée de Jean-Michel Hoerner, président honoraire de l’UPVD. Attention, ça dégoupille !…

« UNE UNIVERSITé NE SE GèRE PAS COMME UNE COLONIE DE VACANCES »

« Cher Fabrice,
Moins de trois semaines avant la date fatidique du 15 mars 2012, je t’adresse ce courrier que je veux largement diffuser. Puisque tu t’obstines à rester candidat à l’élection présidentielle de notre Université de Perpignan Via Domitia (UPVD), je pense que notre communauté universitaire, et d’autres aussi, doivent prendre connaissance de mes réticences. Mes longues années à la tête de plusieurs facultés ainsi que mes responsabilités de président de l’établissement de 1997 à 2002, mes engagements publics au niveau régional et national, ma longue expérience d’enseignant-chercheur et de professeur, et
finalement ma participation active à ton recrutement de MCF « STAPS » il y a quelques années seulement, justifient pleinement cette démarche.

Comme je te l’ai laissé entendre en décembre 2011, malgré tes qualités mais peut-être également à cause de ton audace naturelle – je n’ose imaginer le pire – tu ne mesures pas les risques que fait courir ta candidature. Une université ne se gère pas comme une colonie de vacances ou un service central,
et sa gestion administrative ne se confond jamais avec le savoir-faire politique. Crois-tu que tu puisses être fier de notre adhésion précipitée au PRES « Sud de France », après avoir stupidement croiser le fer avec l’IUFM de Montpellier 2 pour conserver la formation des maîtres à tout prix ? Qui paye les doublons ? Tu as dû comprendre que ton expérience était insuffisante face à celle des professeurs présidents des trois universités montpelliéraines, et tu dois savoir, comme moi, qu’une petite université comme la nôtre n’est pas crédible lorsque son président ne l’est pas scientifiquement.

« CERTAINS éVOQUENT UN CLIMAT DE TERREUR MAIS J’AI DU MAL à LE CROIRE »

La vie est pareille à une pièce de théâtre et j’en sais quelque chose. Faute de la bonne notoriété qui sied aux universitaires reconnus et leur donne une autorité indiscutable, on compense. On durcit son caractère, on devient menaçant et on promet le pire aux collègues peu compatissants. Certains
évoquent même un climat de terreur mais j’ai du mal à le croire. Ainsi, je ne comprends pas que tu en veuilles autant à nos chercheurs du CNRS auxquels tu interdirais de participer à l’élection de nos conseils et j’ai évidemment peine à imaginer que tu ferais tout ton possible pour qu’un MCF opposé à ta
candidature ne devienne jamais professeur. Est-il vrai que tu as tenu de tels propos ? Le monde universitaire a beaucoup de défauts mais, jusque-là, je n’avais encore jamais entendu cela dans la bouche d’un collègue. Attention : nous sommes dans un établissement public qui, de surcroît, n’enseigne pas le droit sans vouloir le faire respecter !

Heureusement, si je puis dire, tu n’inventes pas toutes les mauvaises méthodes. Ainsi, personne n’ignore que tu as fait de belles promesses de promotion à des collègues sans scrupule, comme le capitaine des pirates qui promet le partage du butin à son équipage. Il y aura donc des postes et des
primes pour les plus fidèles ! Je crains pourtant que tu arrives trop tard, même si tu réussissais ton coup. C’était possible il y a dix ans, car l’université était bien vue et disposait de beaucoup de fonds de réserve. Aujourd’hui, l’état de nos finances nous vaudra sans doute la mise sous tutelle du Ministère et il y a donc peu de chance qu’on nous autorise à jeter l’argent par les fenêtres. Il y a même la crainte que notre belle autonomie mette à mal le versement mensuel de nos salaires, après nos folles dépenses sur fonds propres qu’aucune équipe présidentielle, à ce jour, n’avait commises.

« JE T’IMAGINE ACTEUR DE CINéMA, JOUER LES ATTILA »

Par ailleurs, tu es le premier candidat à la présidentielle de Perpignan qui ne veut pas rassembler mais a choisi de faire peur. Je t’imagine acteur de cinéma, jouer les Attila ou confondre le vase de Soisson avec le crâne d’un professeur de latin ou de géographie. À l’automne, j’ai frôlé la mort dans un hôpital et je n’ose pas croire, malgré tout le mal que tu me veux, Fabrice, que je risque ma vie sous la pinède le soir venu. Pourtant, je m’apprête au sacrifice de nos formations de tourisme qui ont contribué à la réputation de l’UPVD, et que tu as déjà défavorisées en refusant le dédoublement des TD pour plus de
cinquante étudiants. En outre, puisque je coûte cher comme tu l’as dit à la cantonade, eu égard à mon statut de « classe exceptionnelle », je devrais peutêtre avancer l’âge de ma retraite. Enfin, si tu étais vainqueur, Fabrice – mais ce n’est pas écrit dans le marbre – j’aurais une pensée émue pour les membres du personnel de notre université qui, comme moi ou de manière différente, se sont
opposés à tes méthodes ».

Jean-Michel HOERNER
Président honoraire de l’UPVD