« À Perpignan, pourquoi Louis Aliot y croit« , par Charles Sapin 

 

REPORTAGE – Le candidat du RN veut capitaliser sur les divisions pour élargir sa base électorale et conquérir la ville. Envoyé spécial à Perpignan La troisième fois pourrait bien être la bonne. Attablé au restaurant Art Tapas, à deux pas de sa permanence parlementaire, Louis ALIOT, entouré de ses équipes, refait ses calculs.

Les churros au chocolat «offerts par la maison» ne sont pas les seuls à le faire sourire. Jamais il n’a été aussi proche de remporter «sa» ville de Perpignan. D’assouvir cette ambition qui, ces dernières années, a pu friser l’obsession jusqu’à lui faire renoncer – entre autres choses – à la tête de liste RN aux dernières européennes. Déjà arrivé en tête au premier tour des municipales de 2014, son rêve ne lui avait échappé qu’en raison du désistement du candidat socialiste au bénéfice du maire LR sortant, Jean-Marc PUJOL. C’est une tout autre histoire qu’il croit voir se dessiner cette fois-ci.

Aux divisions de la gauche, traditionnelles, s’additionne une fracturation inédite de la droite perpignanaise. De quoi laisser le champ libre au candidat RN adoubé, en 2017, député de la ville de plus de 120 000 habitants. «Je ne vois pas ce qui pourrait faire baisser ici le score du Rassemblement national, lâche la mine grave Jean-Marc PUJOL dans son exigu bureau de l’hôtel de ville. Je suis là sept jours sur sept, je tiens l’office HLM, je suis en contact avec toutes les associations et pourtant, je fais 30 % quand lui fait 35 %…» Corroboré par divers sondages officiels comme officieux, ce fatalisme s’est progressivement insinué au cœur de toutes les écuries municipales. Aucun
candidat n’ose plus songer à devancer ALIOT au premier tour. Plutôt que de l’attaquer, tous préfèrent se pousser du col dans l’espoir de décrocher la deuxième place, tablant sur un «rassemblement républicain» anti-RN au second tour pour finalement l’emporter.

 

« Le maire a un bilan désastreux. À gauche, c’est l’implosion. Le match sera entre Aliot et moi »


«Le maire a un bilan désastreux. À gauche, c’est l’implosion. Le match sera entre ALIOT et moi», veut croire, sûr de lui, le député et tête de liste LREM, Romain GRAU, qui compte rassembler l’électorat bourgeois de la ville venant des restes du PS jusqu’au centre droit. «De tous, je suis le seul à pouvoir battre ALIOT pour la simple et bonne raison que je suis le seul à pouvoir lui prendre des voix», oppose pourtant le maire LR sortant. Pour assurer sa réélection, ce pied-noir de 70 ans entend chasser sur l’électorat RN grâce à une campagne ostensiblement droitière. Le premier acte aura été de préempter, l’été dernier, l’hôtel-restaurant La Cigale afin de contrecarrer les plans du Département qui souhaitait y installer un centre d’accueil pour mineurs isolés étrangers. À chacun de ses administrés, l’édile rappelle ses investissements en termes de sécurité comme le record national décroché par la ville du nombre de policiers municipaux par habitant : «Un pour 848 ! Et tous dotés de pistolets automatiques», lâche-t-il fièrement.
« Ils en font tellement que je passerais presque pour un centriste »

 

Une parade municipale devant laquelle pouffe Louis ALIOT. «Ils en font tellement que je passerais presque pour un centriste», plaisante-t-il avant d’étaler sur son bureau un monceau de lettres d’administrés lui réclamant son soutien. Ici, pour faire évacuer un squat, théâtre d’une fusillade la semaine dernière. Là, pour faire fermer un bar à chicha suspecté d’abriter un point de deal en plein centreville. « La situation est dramatique. La ville est gangrenée par les réseaux de drogue dans un climat d’impunité totale. » En 2016, le ministère de l’Intérieur classait Perpignan parmi les dix villes les plus dangereuses de France. Pas question pour autant pour le candidat de surfer sur les fondamentaux de son parti.

« Que ce soit sur l’immigration ou l’insécurité, Louis est déjà suffisamment identifié. On ne va pas en rajouter », lâche une huile de sa campagne. La flamme du Rassemblement national ne sera d’ailleurs visible sur aucun tract, aucune affiche, ni même sur les bulletins de vote dans l’isoloir. Façon de parler plus largement à l’électorat de cette ville qui concentre à la fois le record régional du taux de pauvreté – 32 % de la population touchait moins de 867 euros par mois en 2016 – comme celui du plus important impôt sur la fortune versé.

« Les électeurs du centre-ville ont besoin d’être rassurés, lâche le candidat frontiste devenu notable. Je suis principalement attendu sur deux choses: mon programme économique et mon équipe d’ouverture.» Après ses revers de 2008 et 2014, l’élu entend associer au vote des classes populaires lui étant acquises les voix d’une certaine bourgeoisie. Celle résidant principalement dans la succession de quartiers au sud du centre-ville. Pour ce faire, ce n’est que par clin d’œil qu’il entend s’adresser à son électorat historique. Comme le 23 septembre dernier, où le candidat a organisé pour ses fidèles une conférence de l’essayiste Éric ZEMMOUR (également chroniqueur au Figaro, NDLR).

Pour élargir sa base électorale, le RN compte également sur divers profils d’ouverture sur sa liste: d’anciens RPR, « et même un socialiste », promet ALIOT. S’il réussit son pari, il ne fera pas qu’apporter une victoire inédite, par son importance et son rayonnement, à son mouvement. Il conquerra une indépendance longuement enviée à son voisin et ami maire de Béziers, Robert MéNARD. De là à laisser de côté la gestion du Rassemblement national? S’il assure que, même maire de Perpignan, il restera au sein du parti de Marine Le PEN, l’homme a déjà les yeux rivés sur la conquête du département.