Présentation du programme de « Lutte contre les violences conjugales et intrafamiliales », hier jeudi 17 octobre 2019, par Audrey SAGUI, avocate

 

 

« Nous comptabilisons aujourd’hui 121 femmes tuées en France depuis janvier 2019. Ce chiffre macabre, qui augmente chaque jour, est cependant loin de refléter la réalité. Ce dernier ne prend pas en considération l’ensemble des victimes de violences conjugales, dont un nombre important restent encore silencieuse

 

Tel est le cas de nombreuses femmes, hommes et enfants.
La situation des victimes de violences conjugales est particulièrement complexe, tant l’emprise de leur conjoint peut être importante.
Si certaines sont bien souvent terrorisées à l’idée de quitter le foyer familial craignant que la situation ne s’empire et ne sachant nullement si les autorités seront en mesure de les protéger, d’autres restent dans le doute face à l’attitude de leur conjoint qui, envahit par la crainte de perdre l’autre, va tout mettre en œuvre afin de tenter de reconquérir son conjoint. Mais cela ne durera qu’un temps.
La situation est d’autant plus complexe que les formes de violences sont multiples. On entend souvent parler de violences physiques ou sexuelles, mais elles peuvent aussi être économiques ou religieuses.
Aucune de ces violences n’est à minimiser ou à prendre à la légère tant elles sont susceptibles de détruire la vie des victimes.
Les acteurs actuels ont compris la complexité de la situation dans laquelle se trouvent ces dernières mais restent cantonnés dans leurs actions par les outils qu’ils ont à disposition.
Un travail est réalisé depuis maintenant de nombreuses années, tant au niveau national que local, afin de renforcer les dispositifs existants et répondre au mieux aux besoins de ces victimes, tout en luttant, à titre préventif, contre les violences conjugales.
Les associations présentes localement font un travail titanesque à cet égard, tout comme les centres et foyers d’accueil.
En 2014 la Cellule de Recueil et de Traitement des Informations Préoccupantes a été créée à Perpignan.
Cette cellule unique en France regroupe le milieu judiciaire, associatif et policier afin d’assurer une meilleure visibilité et une réelle coopération entre l’ensemble des acteurs concernés.
Dans ce maillage préexistant la ville ainsi que l’agglomération ont également un rôle à jouer afin de permettre de renforcer le dispositif actuel.
Nous souhaitons créer « Un parcours protection des victimes de violences intrafamiliales », lequel se concrétisera à travers, la création d’un observatoire local des violences intrafamiliales, d’un centre d’hébergement et d’accompagnement ainsi que la mise en place de conventions de partenariat, le but étant de permettre aux victimes d’être prise en charge, de se reconstruire et de retrouver leur autonomie.

 

– La création d’un observatoire local des violences intrafamiliales

 

En 2014, a été créé au niveau du Département l’Observatoire des violences faites aux femmes (ODVEF66) afin de faciliter la mise en œuvre d’actions concrètes et partagées, regroupant l’ensemble des acteurs institutionnels et associatifs luttant spécifiquement contre les violences faites aux femmes.
Nous souhaitons créer un observatoire local des violences intrafamiliales dont le périmètre sera identique à celui du Tribunal de Grande Instance de PERPIGNAN.
Cet observatoire regroupera l’ensemble des acteurs locaux intervenant dans le champ des violences intrafamiliales dont, outre les institutions judiciaires et associatives, les institutions de protection de l’enfance, le milieu médical, sans oublier le milieu éducatif.
Cet observatoire permettra de structurer les actions de l’ensemble des intervenants et de regrouper les informations afférentes aux violences intrafamiliales.

 

– La création d’un centre d’accompagnement et d’hébergement des victimes de violences conjugales

 

La prise en charge sans délai des victimes de violences conjugales est une priorité absolue.
Afin de répondre à cette exigence, un centre d’accompagnement et d’hébergement des victimes de violences conjugales sera créé au niveau de l’Agglomération, avec pour axes principaux :

 

1- La mise en place d’une équipe pluridisciplinaire afin de prendre en charge les victimes ainsi que leurs enfants

 

Des psychologues spécialisés dans les violences conjugales seront présents au sein du centre afin de pouvoir, dès leur arrivée, prendre en charge les victimes ainsi que les enfants, et ainsi leur apporter un soutien psychologique et un lieu d’écoute.
Les victimes de violences conjugales sont bien souvent détruites sur le plan psychologique.
Il est donc primordial d’entamer un travail de reconstruction afin de leur permettre de se réapproprier l’image de soi et leur permettre ainsi de reprendre confiance en elles.
Des éducateurs pourront également intervenir auprès des enfants afin d’encadrer ces derniers dès leur arrivée et pouvoir ainsi s’interroger sur les mesures devant être mises en place à leur égard.
Des assistantes sociales seront également amenées à appuyer les victimes de violences conjugales afin de les accompagner dans leurs démarches notamment s’agissant de la recherche d’un logement ou encore d’une formation ou d’un emploi.

 

2- La création au sein du centre d’un bureau de permanence dédié aux professionnels du monde judiciaire ainsi qu’aux acteurs associatifs.

 

Les victimes de violences conjugales sont désorientées. Il est primordial de pouvoir faciliter leurs démarches. Telle est le but poursuivi par la création d’un bureau de permanence, au sein du centre, visant à accueillir des associations mais également des professionnels du monde judiciaire.
Ce bureau de permanence permettra ainsi d’apporter à ces dernières toutes les informations nécessaires, sans pour autant être contrainte de se déplacer hors du centre.
Des réponses adaptées pourront ainsi leur être apportées afin de les guider dans leurs démarches et les accompagner dans le cadre des dépôts de plainte, voire de la saisine du Juge aux affaires familiales afin d’engager une procédure de divorce ou encore permettre d’obtenir dans les meilleurs délais une décision quant aux modalités de garde de leurs enfants.

 

3- La création d’une permanence médicale.

 

Toujours dans un souci de faciliter leurs démarches, une permanence médicale sera mise en place au sein du centre afin que les victimes de violences conjugales puissent être examinées dans les meilleurs délais.
Il est, en effet, important que les constatations médicales soient réalisées sans délai afin de pouvoir les aider à constituer un dossier pénal ou civil.

 

4- La création d’hébergements pour les victimes de violences conjugales accompagnées ou non d’enfants.

 

Les victimes de violences conjugales pourront être accueillis temporairement au sein du centre, accompagnées ou non d’enfant, et bénéficier d’un logement sécurisé pour une durée maximum de six mois, renouvelable deux fois.
Cet hébergement doit, en effet, être une réponse face à l’urgence de la situation, pour les familles ne disposant pas de solution de logement, et afin de leur permettre de les accompagner dans leur reconstruction.

 

– La mise en œuvre de conventions de partenariat

 

Avec le bailleur public et privé
L’accès à un logement est l’une des étapes clés dans la reconstruction de la vie des victimes de violences conjugales.
La mise en œuvre de convention de partenariat permettra ainsi de faciliter l’accès au logement de ces victimes et d’améliorer les délais de traitement de leurs demandes de logement, tenant l’urgence de leur situation.
Avec les établissements publics et privés de la petite enfance et établissements scolaires

Nous souhaitons créer des places d’accueil réservées aux enfants ayant quitté le domicile familial avec l’un de leurs parents dans un contexte de violences conjugales, au sein des établissements de la petite enfance.
Pareillement, une coordination doit être mise en œuvre avec les établissements scolaires pour privilégier une proximité entre les lieux de scolarisation de l’enfant et le lieu où est hébergé le parent victime.

Il est par ailleurs important de pouvoir, en tant que de besoin, privilégier un travail de coordination avec les établissements scolaires prenant en charge les enfants victimes de violences intrafamiliales.
Avec des centres de formation
La mise en place de convention de partenariat avec des centres de formation professionnelle est un moyen de permettre aux victimes de violences conjugales de penser à un avenir professionnel, étape fondamentale dans leur reconstruction.
Ces partenariats permettront ainsi aux victimes d’identifier les différents centres et de pouvoir construire avec ces derniers, voire reconstruire un parcours professionnel via l’inscription à des formations professionnelles.

 

– Mise en place d’une campagne de sensibilisation de lutte contre les violences intrafamiliales

 

Il est primordial de sensibiliser la population, et ce dès le plus jeune âge, afin de lutter contre les violences intrafamiliales.
Cette campagne passera par des politiques d’affichage mais également le développement des interventions auprès des établissements scolaires quel que soit le niveau, ainsi que des conférences publiques, outre des campagnes sur les réseaux sociaux.
****
Il est urgent d’agir
Avec l’équipe d’Olivier nous faisons de ce projet une priorité afin de renforcer le dispositif existant de protection et de lutte contre les violences intrafamiliales, par la mise en œuvre de propositions concrètes, ayant d’ores et déjà fait leur preuve dans d’autres villes de France.
Notre mobilisation doit être à la hauteur de la souffrance de ces enfants, femmes et hommes, victimes de violences intrafamiliales ».