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Le Point.- Éric Zemmour confirmait le 6 juin dernier réfléchir à « peut-être passer à l’action » en vue de 2022. L’Ifop qui a mesuré, pour Le Point, les intentions de votes en sa faveur, révèle un score non négligeable au premier tour (5,5 %) et contredit l’idée reçue selon laquelle il incarnerait un danger pour la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, encourageant même le « vote utile » à son endroit. Entre fatalisme ? « On ne maîtrise pas Éric Zemmour » ? et intérêt ? « cette candidature pourrait être un plus pour nous » ?, le maire Rassemblement national de Perpignan Louis Aliot commente ce premier sondage et n’épargne pas le polémiste

 

 

Le Point : l’Ifop crédite Éric Zemmour de 5,5 % des voix au premier tour de la présidentielle, un score que Jérôme Fourquet qualifie de « point de départ non négligeable dans un paysage politique totalement éclaté ». Que vous inspire ce chiffre ?

Louis Aliot : « Il ne m’étonne pas, c’est ce que l’on constate sur le terrain ! Beaucoup de personnes aiment Zemmour, le regardent tous les soirs et ne jurent que par lui. Mais s’il plaît, par sa vivacité intellectuelle et ses talents de polémiste, cela ne fait pas un électorat. Mes concitoyens, souvent, m’en parlent, mais lorsqu’on entre dans les détails, on comprend que cela n’ira pas au-delà. Il est encore considéré comme homme de presse et ne fait, finalement, que répéter ce que Jean-Marie Le Pen dit depuis trente ans sur l’islamisme radical et l’insécurité. Rien de nouveau sous le soleil, il n’y a pas d’originalité Zemmour ! Il y a, à n’en pas douter, un phénomène Zemmour, une sympathie intellectuelle, mais pas de sympathie électorale ».

Le Point : le sondage rompt avec l’idée selon laquelle la candidature d’Éric Zemmour nuirait à Marine Le Pen et qu’elle pourrait même avoir l’effet inverse. Est-il toujours pertinent de chercher à dissuader le polémiste de se présenter ?

Louis Aliot : « Je n’ai, en ce qui me concerne, jamais cherché à dissuader quiconque a des idées et veut s’engager pour les défendre. Occupons-nous de ce sur quoi on a du pouvoir, on ne maîtrise pas Éric Zemmour ; même si je suis très ami avec lui, je sais qu’il ne m’écoute que d’une oreille distraite. S’il a décidé d’y aller, il ira. Par ailleurs, ce sondage est positif. Car s’il montre qu’Éric Zemmour va mordre sur une clientèle de droite qui a encore des pudeurs à venir voter pour nous ? c’est là qu’il fait son marché ?, cet électorat, au deuxième tour, se reportera sur le candidat de la droite nationale le mieux placé, autrement dit Marine Le Pen. Par ailleurs, si les candidatures « parasites » constituent toujours un frein pour la dynamique du second tour, force est de constater que celle-ci pourrait être un plus pour nous ».

Le Point : ne pourrait-elle pas, par ailleurs, contribuer à la dédiabolisation de la candidate du Rassemblement national, dont les propos se veulent moins radicaux que ceux du polémiste, pour 2022 ?

Louis Aliot : « Marine Le Pen et Éric Zemmour n’occupent pas la même fonction. La politique demande qu’on parle au plus grand nombre et qu’on propose des mesures qu’une majorité puisse entendre comme réalisables. Or Eric Zemmour tient, quelquefois, des propos très raides, des propos de plateaux télévisés, de conférences, d’intellectuels. Il y a une différence majeure entre un combat politique et un combat médiatique et l’électorat le sait. Marine ne tient pas à être associée à ces positions radicales, mais à répondre aux préoccupations des Français sur les questions d’insécurité, d’immigration, d’islam radical, de perspectives économiques, autrement dit proposer un projet de société ».

Recueilli par la rédaction de l’hebdomadaire Le Point.