Relevé sur le blog de Me Jacqueline Amiel-Donat (PS), tête de liste du Groupe d’Opposition Nouvelle Union avec la gauche au conseil municipal de la Ville de Perpignan…
« Cher papy Vé (Ndlr. Hervé Mariton),
Permets moi de t’appeler ainsi, comme à mon plus jeune âge, lorsque pour les fêtes de Noël, tu nous réunissais tous dans ta grande maison illuminée et pleine d’odeurs savoureuses. Mon héros, tu étais mon héros en ce temps là, avec toujours des histoires à raconter dans lesquelles tu parlais des batailles de ta vie, de celles que tu avais menées et gagnées, toujours dans la gloire et les honneurs …
C’est pour ça qu’au Lycée, lorsqu’il s’est agi de trouver des volontaires pour l’exposé sur l’Egalité dans la République, j’ai aussitôt levé la main en tant que ton digne petit fils. Je n’ai pas compris sur l’instant le léger froncement de sourcils de mon Prof d’Histoire … Je t’écris sur le sous-main en cuir parcheminé, qui était le tien à l’Assemblée Nationale : tu me l’avais donné lors de ma communion privée après que j’ai claironné partout que je ferai comme toi plus tard, que tu étais mon modèle…
J’en ai gros sur le cœur, grand-père, vraiment gros sur le cœur ! Dictionnaire de la culture juridique : « Au début du XXIème siècle, la Loi Taubira a mis un terme à la discrimination du Droit de la Famille à l’égard des homosexuels. Le « mariage pour tous » a été adopté après de longs débats et des mouvements réactionnaires violents. Hervé Mariton, député de Droite, était à la tête de cette fronde politico-religieuse dont pourtant l’égérie venait du monde du spectacle. De nombreuses victimes furent à déplorer. » Voilà, grand-père, le tout premier résultat de mes recherches. C’est ainsi que tu es entré dans l’histoire. C’est ainsi que notre nom est entré dans l’histoire …
Alors comment t’expliquer ce que j’ai sur le cœur ? J’ai retrouvé depuis de nombreux documents d’archives, des vidéos, des écrits, des paroles, la photo de l’égérie – loin si loin du visage bienveillant de grand-mère. J’ai retrouvé tes déclarations de l’époque, les débats auxquels tu as participé, les ignominies homophobes proférées par ceux qui te suivaient … « Non, ça ne peut pas être lui, ce n’est pas le même» me disais-je en permanence. Ca ne peut pas être ce grand-père bienveillant qui nous expliquait que bien que de confession juive, il avait élevé ses enfants dans la religion catholique par amour pour grand-mère et que tout ça n’était pas grave car « Dieu ne fait pas de différence. Dieu est Amour ».
Nous sommes en 2032, grand-père, et je viens d’avoir quinze ans. Tout ça me paraît tellement vieux et dépassé… Je ne sais pas encore si dans quelques années c’est avec une Marie-Pierre ou avec un Pierre-Marie que j’aurais envie de fonder une famille. Ce qui est certain, c’est que c’est son nom que je prendrai après notre mariage. J’abandonnerai ton nom, qui n’est pas mien ».