« Les 3 occasions manquées de la gauche »

Frédéric Gonano (ex-PS), conseiller municipal d’Opposition de Perpignan (liste Jacqueline Amiel-Donat), nous prie d’insérer :

« On attend toujours beaucoup de la gauche au pouvoir. Trop, peut-être, surtout dans un contexte difficile. Rien n’est simple, et il ne suffit pas de promettre des lendemains enchantés à coups de slogans ou de formules simplificatrices. Mais au moins pouvait-on attendre d’une gauche responsable, compétente et ambitieuse des réformes profondes, qui tracent des perspectives fortes en termes de modernité et de justice, avec de l’imagination et surtout avec courage. Au-delà de la fin du cumul des mandats, dont on voit que malgré les promesses de campagnes, certains députés et sénateurs tentent de s’y soustraire, 3 réformes pouvaient constituer une refonte en profondeur du pacte social avec les Français. Ce seront, au final (et sans changement notable) des occasions manquées.

La fameuse réforme fiscale promise lors de la compagne présidentielle de 2012. Elle devait rompre avec la complexité du système actuel, donner de la lisibilité et de la progressivité pour rétablir le principe « à revenu égal, impôt égal ». Il s’agissait de redonner du sens à l’idée même d’un impôt, aujourd’hui décrié, tout en le rendant compréhensible et juste. Une grande et belle idée ; elle en restera là. En guise de réformette, on a raboté quelques niches, abaissé le plafond du quotient familial… avant de rajouter des déductions (donc d’autres niches). Des modifications à la marge ; la complexité demeure ; le citoyen et les entreprises n’ont aucune visibilité ni aucun sentiment de justice. Une occasion manquée !

La réforme des retraites, dont le Parlement sera saisi très rapidement. La gauche aurait dû avoir le courage, avec la concertation et le temps nécessaire, de remettre le système tout entier en question pour aller vers un système de retraite à points, égal pour tous, public comme privé, avec une seule caisse unique, sans « régimes spéciaux ». Le point aurait pu intégrer lui-même la pénibilité, les études, les périodes de « vacance » (chômage, enfants, maladie…)…. Qui d’autre que la gauche responsable aurait pu mener à bien une telle ambition ? Au lieu de cela, elle ne fait que parachever et entériner la « réforme Fillon », celle là même qui était tant décriée et qui a donné à la gauche un point d’appui pour conquérir l’Elysée et le Parlement. Une occasion manquée, là encore !

La nouvelle étape de la décentralisation. Personne ne comprend plus rien au système administratif français et ses collectivités territoriales où les compétences sont si peu définies, la lourdeur si patente et le développement des clientélismes si évident. L’occasion était donnée de proposer une réforme territoriale ambitieuse pour inscrire pleinement la France dans le XXIème siècle. Où est l’ambition de simplifier ? Où est la nécessité de mise en cohérence ? Où est la volonté d’efficience ? Ou est l’exigence de réactivité ? Comment a-t-on encore pu oublier la question de la suppression d’un, voire deux, échelons territoriaux ?… Au lieu de cela, on rajoute de la complexité et on sclérose encore plus un système à bout de souffle. On se coupe d’atouts potentiels majeurs pour l’avenir. Une occasion manquée, encore une fois !

Trois exemples : trois occasions manquées ; 3 ambitions ratées ! La gauche, en agissant ainsi, porte aujourd’hui la responsabilité de lendemains plus rudes. Car le jour où la droite reviendra au pouvoir (et elle y reviendra), elle n’hésitera plus à « tailler dans le vif ». A ce moment-là, le manque de courage et de volontarisme de la gauche d’aujourd’hui, aura des conséquences réelles sur les populations que la gauche est sensée défendre ».