Jean-Marc Pujol (UMP), maire de Perpignan.

Jean-Marc Pujol (UMP), maire de Perpignan, nous prie d’insérer :

« Lorsque le 3 mai 1996, à Perpignan, nous terminions notre diner au « Chapon Fin » avec Hélie Denoix de Saint Marc où il était venu présenter son livre « Les champs de braises » à l’initiative de mon ami André Bonet, président du Centre Méditerranéen de Littérature (CML), je savais que j’avais en face de moi le symbole de l’honneur de la France.

Il ne me dit rien de cette date du 13 juillet 1943 où à Perpignan, il fut trahi par un passeur « Monsieur Guy » et se retrouva enfermé à la citadelle pour être déporté à Buchenwald à l’âge de 21 ans.

Rien non plus sur sa souffrance intime de la guerre d’Indochine et son cortège d’amis morts ou disparus. Il dut, sur ordre du gouvernement, abandonner les femmes et les hommes de Talung qui croyaient en la France qui les avait engagés dans le combat contre le communisme.

« J’ai vu des hommes tomber pour que d’autres restent. J’ai su ce que voulait dire être responsable d’autrui » écrivait-il dans son livre «L’aventure et l’espérance ».

Rien non plus de sa révolte algérienne quand, commandant en second du 1er Régiment Etranger de Parachutistes, il s’engagea en avril 1961 contre l’abandon des hommes et des femmes d’Algérie.

A travers ses paroles, j’ai ressenti une grandeur d’âme enracinée.

De son engagement dans la résistance, sa déportation, ses combats, son procès, il ne retenait pas les injustices car il savait, depuis Buchenwald, que « les justes mouraient comme des chiens malgré une générosité et une noblesse dans l’épreuve, sans limites. Les crapules avaient leur chance ». Il savait que « vivre ça n’est pas exister à n’importe quel prix ».

Ce soir-là, je retins que tous les mots qui sont sortis de sa bouche, étaient ceux de son coeur brisé où l’espérance demeurait. Une croyance profonde en l’homme et surtout pas pour les systèmes.

Il savait ce qu’il devait au mineur communiste letton du camp de concentration de Langenstein qui l’avait sauvé.

Il savait que ces camarades de combat en Indochine et Algérie, ces partisans indochinois, ces harkis, tous abandonnés par la « raison d’état » qui est la marque de l’ignominie et de la lâcheté des gouvernants, demeuraient intacts dans son coeur car ils restaient des hommes debout.

C’est cet homme-là qui est parti hier et avec lui, tous ces hommes et ces femmes qui ont cru à la France.

Pour Hélie Denoix de Saint Marc son dernier livre « L’aventure et l’espérance » traçait le chemin à suivre car comme il l’écrivait « La Résistance m’a appris, très jeune, la défiance vis-à-vis de ceux qui décrètent du bien et du mal en toute occasion, à la seule condition que ce soient les autres qui en supportent les conséquences ».

Alors je garderai toute ma vie cette leçon de courage, de morale et d’humilité de cet homme qui toute sa vie a refusé les totalitarismes en restant du côté des victimes ».