Selon ce restaurateur argelésien : « Ce n’est pas la qualité de nos vins, qui est ici en cause, loin s’en faut, bien au contraire nous sommes tous fiers de l’évolution qualitative des côtes catalanes et du Roussillon, c’est le prix qui pose de plus en plus problème », admet-il. « Quand on voit que certaines bouteilles de vignerons des P-O sont vendues beaucoup moins chères à l’hypermarché du coin que ce qu’on nous les vend à nous restaurateurs, là commence un vrai problème économique pour notre profession, surtout pour « marger » sur le produit ».

Un autre restaurateur s’inquiète de pareille situation : « Le problème n’est pas que sur le haut-de-gamme, nous savons faire avec, en proposant sur nos cartes des sélections sur ce type de segment, pour lequel il y aura toujours une clientèle qui viendra se mettre à table autour d’un menu ou d’un plat gastro, même si certains prix pratiqués sous prétexte d’une étiquette voulant incarner un luxueux packaging me paraissent hors-sol… le problème se pose essentiellement pour les produits que l’on pourrait qualifier de « moyenne gamme » ; oui alors nos vins de Pays sont devenus trop chers… ».

Alors, à qualité de produit équivalente, les vignerons audois grignotent de plus en plus de parts de marché aux vins du Roussillon sur leur propre territoire.

Jamais, dans les établissements saisonniers sur le littoral catalan, ou dans des bars de village, on aura vu fleurir et couler autant de crus audois sur les cartes de restaurants et à la source des cubis dans les bistrots, qu’en ce début de saison estivale. Même s’il s’agit, pour l’instant, d’un épiphénomène.

« Cela devrait inquiéter nos vignerons, nous a confié le propriétaire d’un comptoir sur la côte vermeille. Personnellement, au plan commercial, je trouve que nos vignerons ne sont pas assez agressifs dans leurs propositions tarifaires, ils donnent l’impression, le sentiment en tout cas, de se reposer sur leurs lauriers, et donc ils ne sont plus compétitifs, par rapport aux Audois ou aux Héraultais qui viennent nous démarcher de plus en plus. Chez le consommateur, le côté identitaire est passé après le critère économique, crise du pouvoir d’achat oblige ! Souvent, nos vignerons catalans pensent que nous n’aurons jamais le choix, nous restaurateurs d’ici, premiers ambassadeurs de leurs productions, d’aller nous approvisionner dans d’autres terroirs viticoles. Ils se trompent. Certains se sont installés définitivement avec snobisme dans les caves à vins de joailliers de la place Vendôme, ou de chefs-cuisiniers très étoilés et ne viennent plus jamais nous voir. Et quand on demande à leurs commerciaux une ristourne, c’est impossible ! ».

 

L.M.