« Christian Bourquin a changé, il n’est plus le même. Pour bon nombre d’élus de droite il est devenu quelqu’un de fréquentable… Il est devenu crédible aux yeux d’une partie des grands électeurs de droite et du centre, car il est désormais audible de par vraisemblablement sa fonction de président de la Région ».
C’est le docteur René Marquès, ancien sénateur (UDF) lui-même, ex-président du Conseil général des Pyrénées-Orientales, ancien maire de Saint-Laurent-de-la-Salanque, qui récemment se serait exprimé ainsi devant un cercle de proches.
Certes, dans cette campagne des sénatoriales qui doit déboucher le dimanche 25 septembre prochain sur l’élection de deux sénateurs, René Marquès n’a jamais caché sa préférence… pour le candidat divers-gauche Christian Bourquin, président de la Région Languedoc-Roussillon et vice-président du Conseil général des Pyrénées-Orientales. Régulièrement, et ce n’est un secret pour personne, il prend sa plume, ou son iPhone, pour contacter quelques vieilles connaissances encore estampillées « grands électeurs » afin de leur recommander chaleureusement la candidature de Christian Bourquin : « Et, aurait-il encore confié, toujours lors de ce repas à domicile, je suis frappé de constater combien et comment le regard que portaient nombre d’élus du département sur lui a changé. Il n’a plus cette étiquette d’individu au comportement sectaire qui lui collait à la peau. Au contraire, il est auréolé d’une certaine cote de confiance. La mutation est spectaculaire (…) ».
D’autres personnalités, à droite, et toujours « en activité », notamment sur le littoral, accompagnent cette analyse, même dans les cas les plus inattendus, comme à Banyuls-sur-Mer, Port-Barcarès, Port-Vendres… Ou, dit-on depuis mardi après-midi, à Saint-Cyprien. Cela commence à faire beaucoup de voix à droite qui pencheraient plutôt à gauche. Même si, à y regarder de plus près, cela n’a rien de surprenant : il y a deux postes de sénateurs en piste, celui de Paul Blanc (UMP), le maire de Sournia, qui ne se représente pas, et celui de Jean-Paul Alduy (UMP/ Parti radical), le président de la puissante agglo PMCA (Perpignan-Méditerranée Communauté d’Agglomération) et 1er adjoint de sa Ville de Perpignan, qui lui a décidé de remettre ça. Après tout, pensent nombre d’élus de droite même solidement ancrés sur le sol roussillonnais, à quoi bon « mettre tous nos oeufs dans le même panier, puisque Bourquin est assuré de tenir la Région et le Département jusqu’en 2014, au moins… ». Mais cette stratégie des grands électeurs de droite, ne repose pas uniquement sur une histoire de « chèques en blanc » pour financer tout un tas de structures communales, de manifestations diverses et de projets, tant dans l’investissement que dans le fonctionnement. D’ailleurs, François Calvet (UMP) – député de la 3ème circonscription (Prades), maire de Le Soler et vice-président de l’agglo PMCA – également candidat à ces sénatoriales, a beau s’agiter en disant que « si Bourquin apporte la Région et le Département, moi j’amène l’Etat et l’Europe », il ne marque pas pour autant l’ensemble du territoire et il ne réussit toujours pas à faire entendre sa différence avec Jean-Paul Alduy. Même si, de plus en plus, il apparait comme un dangereux rival, un troublant challenger, pour le sénateur-président de l’agglo PMCA qui ne s’amuse plus, mais plus du tout !, de cette candidature du député-maire de Le Soler… On murmure d’ailleurs que, certains soirs, JPA en serait réduit à compter les grands électeurs comme d’autres les « mutins de Panurge » avant de s’endormir, tellement il serait inquiet de la montée en puissance du Cerdan Calvet.
Puis, toujours à droite, il faut aussi compter désormais avec la nouvelle génération de jeunes élus aux dents longues (génération plus proche d’ailleurs de François Calvet que de Jean-Paul Alduy), qui voient ici « une occasion inespérée de pousser les aînés vers la sortie » et de prendre date pour la suite. Ce sont ces mêmes jeunes élus qui font remarquer que si, comme bon nombre d’observateurs et de chroniqueurs politiques locaux le prédisent ou le pronostiquent, c’est le tandem « Alduy – Bourquin » qui l’emporte le 25 septembre prochain : « Alors cela voudra dire que l’UMP, la Majorité présidentielle dont nous nous revendiquons, aura perdu deux sénateurs à l’arrivée ! Puisque Bourquin est à gauche et qu’Alduy n’est plus à l’UMP, dans la mesure où il a rejoint les rangs de son ami Jean-Louis Borloo au sein du Parti radical… D’où la nécessité de voter Calvet à la place d’Alduy ! ». Et vlan !
Au-delà de tout ce marketing électoral, « c’est vrai que nous avons à faire à un autre Bourquin« , admet un maire de la Côte, qui l’a récemment reçu dans son conseil municipal. « Certes, il connait ses adversaires par coeur, leurs faiblesses et leurs atouts, certes il connait les difficultés quotidiennes de ses administrés ainsi que la valeur des biens collectifs, mais son accession à la tête de la Région lui a procuré de nouvelles et hautes responsabilités qui en font désormais un élu de tout autre stature que ses concurrents. Je crois que la vraie différence est là, et que ce n’est pas la peine d’aller chercher midi à quatorze heures pour expliquer l’évolution du personnage. Il a subi une grosse intervention chirurgicale, dix jours après il était debout ! Il a été d’une transparence totale sur son état de santé. Ce sont aussi des faits qui témoignent de la solidité et de la sincérité du personnage ».
Pour cette élection, Christian Bourquin s’est juré d’aller dans toutes les communes, à la recherche d’un maximum de grands électeurs, sans exclusive. Il a rencontré Jean-Marc Pujol (UMP) à Perpignan (Jean-Paul Alduy a boudé la rencontre), il a vu François Calvet (député UMP) au Soler, il a déjeuné avec Jean-Pierre Roméro (UMP) à Port-Vendres, il doit déjeuner avec Jean Rède (UMP) à Banyuls-sur-Mer, entre temps, la semaine prochaine, il devrait selon la rumeur rencontrer Mme Jacqueline Irles (députée UMP) à Villeneuve-de-la-Raho et Daniel Mach (député UMP) à Pollestres.
Christian Bourquin n’oublie pas pour autant d’où il vient, la gauche, et il part avec autant d’énergie et de conviction voir ses amis élus socialistes, communistes et radicaux du département des Pyrénées-Orientales. Justement, un maire de l’agglo PMCA a une autre explication, concernant la « success story » actuelle que vivrait Christian Bourquin parmi les grands électeurs : « Aujourd’hui, Christian Bourquin est un homme libre de paroles, puisqu’il n’est plus obligé maintenant de s’exprimer au nom des socialistes, dans la mesure où il n’a toujours pas réintégré l’appareil du PS. Il apparait de fait, aux yeux de certains grands électeurs de droite, loin d’une certaine gauche bien installée, héritière, moraliste et éthéréé… Il traverse les deux camps, c’est là sa force tranquille ! Car il ne faut pas perdre de vue que, dans notre département, plus des deux tiers des élus locaux, et donc des grands électeurs pour les sénatoriales, sont « de droite », de même que les sept parlementaires – Quatre députés, deux sénateurs et une députée européennes – adhèrent à l’UMP… Dans ce jeu politique, Christian Bourquin apparait atypique mais pas pour autant déloyal, ce qui le fait incontestablement monter en popularité. Là où les autres concurrents s’enflamment encore et encore, il reste serein, réussissant depuis son perchoir de la Région à ne jamais laisser derrière lui une image où il serait en situation de faiblesse. Il y a forcément « l’Ecole Georges Frêche » dans cette positive-attitude ».