Stoppons le projet gazoduc STEP et investissons dans les énergies renouvelables : Muriel RESSIGUIER (La France Insoumise), députée de la 2ème circonscription de l’Hérault, interpelle le ministre de la Transition écologique et solidaire sur les contradictions relevées entre la mise en œuvre du projet gazoduc South Transist East Pyrénées (STEP), les objectifs de la France vers la nécessaire transition écologique et la question des relations Nord/ Sud qui devraient être conformes à nos principes de coopération tant sur le plan de la solidarité que de l’écologie.

En effet, dès 2004 l’Union Européenne décidait l’ouverture et la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz. La mise en place d’un grand marché européen de l’énergie actait son contrôle par des opérateurs privés en remplacement des grandes entreprises d’Etat et des services publics de l’énergie, l’argument asséné étant qu’il fallait répondre sans cesse à une augmentation constante de la consommation et à une demande toujours croissante. Le modèle énergétique basé sur la croissance sans limite et l’utilisation des ressources fossiles et fissiles n’est plus acceptable. Nous partageons l’idée selon laquelle il faut construire une stratégie énergétique relocalisée, basée sur les besoins essentiels des populations et dans laquelle les communautés doivent avoir un droit de regard sur les structures mises en place.

Le respect de la « règle verte », qui consiste à ne pas prélever à la nature plus qu’elle ne peut régénérer, est rendu nécessaire par le changement climatique, que plus personne ne peut nier.

L’Union de l’énergie, portée par la Commission Européenne, est axée d’une part vers la négociation avec les pays ressources dans le but d’une moindre dépendance vis-à-vis du gaz russe et d’autre part vers la construction d’infrastructures dites « mutualisées » d’interconnexion des réseaux énergétiques. En novembre 2015, la Commission Européenne a listé des projets d’infrastructures énergétiques essentiels, dit « projets d’intérêts commun » (PIC) visant à contribuer « à la mise en place progressive de l’Union de l’énergie par l’intégration des marchés de l’énergie en Europe et la diversification des sources d’énergie et des voies d’acheminement ». Ceux-ci vont bénéficier de procédures accélérées pour l’octroi des autorisations et de la participation financière de l’Union Européenne par subventions au titre de l’interconnexion en Europe (MIE). Parmi les projets d’intérêts commun, le STEP prévoit de relier les réseaux de gazoduc de la Catalogne espagnole avec ceux du sud de la France et doit passer par la plaine du Roussillon pour acheminer le gaz algérien au reste de l’Europe.

Avec le STEP, ce sont 120 km de nouveaux gazoducs qui seront construits entre la frontière du Perthus et Carcassonne, le passage sur 92 communes de l’Aude et des Pyrénées-Orientales et la construction de trois stations de compression pour réguler le transit (Barbaira, Montpellier, Saint Martin de Crau).

Outre le coût supporté en partie par les consommateurs français et européens (le financement est estimé à 8 300 000 € avec une aide de l’Union Européenne maximale de 4 150 000 € qui devra être complétée par des financements nationaux publics et privés) pour garantir des profits privés, l’impact environnemental va être destructeur pour les espaces naturels, les terres agricoles et les rivières et le chantier aura des conséquences dramatiques sur les paysages, l’agriculture et l’urbanisation. De plus, la mise en œuvre de ce chantier est contraire aux décisions prises lors de l’accord de Paris sur le Climat en 2015.

Pour rappel, le méthane est très néfaste pour le climat de par son rôle propre dans le réchauffement climatique, le CH4 est beaucoup plus émetteur à effet de serre que le CO2, surtout dans l’exploitation des gaz de schiste. Or le gaz prévu pour passer dans ce tuyau proviendra essentiellement d’Algérie et ce pays possède la 3ème réserve mondiale estimée de gaz non conventionnels. Comme vous le savez, l’extraction des gaz s’effectuent déjà en Algérie par la fracturation hydraulique. Il ne saurait être acceptable que les pays de la Communauté Européenne n’autorisant pas chez eux l’extraction des gaz de schiste à cause des multiples risques que cela induit se tournent vers l’Algérie pour le produire, en laissant supporter à ce pays les risques et les aberrations écologiques qui sont liés à ce type d’extraction (notamment la pollution des nappes phréatiques dans des régions où le manque d’eau est criant) !

Cela va à l’encontre des relations de coopération Nord/ Sud telles que nous devons les concevoir et les construire : respectueuses, solidaires, économiquement, socialement et écologiquement responsables.

Fin janvier 2018, à Perpignan et Narbonne se tiendront les réunions de clôture de la concertation « accélérée » préalable, organisée par le maître d’œuvre lui-même, Transport et Infrastructures Gaz France (TIGF) avec pour garant la Commission Nationale du Débat Public (CNDP), autorité administrative indépendante qui a pour mission « d’informer les citoyens et de faire ne sorte que leur point de vue soit pris en compte dans le processus de décision » avec le droit de commenter les projets, « de les critiquer (…) de participer à leur amélioration, à leur remise en cause, à leur poursuite dans de meilleures conditions ou à leur abandon. » Saisie par de nombreux concitoyens languedociens qui sont inquiets, j’attire votre attention, monsieur le ministre sur les contradictions relevées entre les orientations de la France en matière de transition écologique et les conséquences d’un tel projet sur le territoire national et en Algérie et vous demande de bien vouloir envisager l’abandon ou un moratoire de ce nouveau projet anti-écologique.

 

Muriel RESSIGUIER (La France Insoumise), députée de la 2ème circonscription de l’Hérault.