Au cas où cela vous aurez échappé, Olivier Ferrand est décédé. Il avait 42 ans, il était marié et papa d’une enfant. Il s’est écroulé, terrassé par une crise cardiaque alors qu’il effectuait son jogging matinal dans son fief familial, Velaux dans le département des Bouches-du-Rhône, où il venait d’être élu député de la République, quelques jours plus tôt…

Après sa Provence (presque) natale, il adorait le Roussillon. Ce Roussillon qui lui pardonnait tout, à commencer par ce fameux défilé sur les quais, à Perpignan, contre le projet d’implantation de la THT (ligne électrique à Très Haute Tension), où il était apparu en plein hiver en costume en alpaga blanc…

C’est effectivement là, dans le département des Pyrénées-Orientales, en pleine guérilla contre l’exploitation de carrières à Vingrau, qu’il avait débuté sa carrière, en préfecture de Perpignan, aux côtés du célèbre préfet Bernard Bonnet, alors qu’il était encore dans le moule de l’ENA.

Promis à de beaux et confortables succès électoraux à Paris, où il avait d’ailleurs vécu son premier mandat d’élu, il était redescendu chercher la difficulté électorale aux pieds des Albères, attiré par les senteurs locales : la beauté incomparable de la Côte Vermeille et son « fauvisme » international (il aimait revenir régulièrement en baie de Paulilles au milieu de ses seuls véritables et authentiques Ami-e-s), les couleurs des Aspres, l’Expressionnisme de Céret-en-Vallespir, la passion redoutable (et redouté) de ses habitants… C’était en 2007, pour des législatives manquées. Puis en 2008, pour des municipales gagnées aux côtés de l’indéboulonnable maire socialiste de Thuir, René Olive.

Au risque de vous surprendre, même s’il était un animal politique, « une bête de scène » comme on dirait ailleurs, Olivier Ferrand, avant d’être le génie incompris qu’on nous sert un peu partout et à toute les sauces depuis sa disparition, était un homme au grand coeur, animé d’une générosité exceptionnelle, porteur à travers sa réthorique d’un véritable credo de changement de style à Gauche (et pour la Gauche) renonçant aux campagnes électorales faciles et populistes genre « foire du Trône ».

Oui, il réinvestissait, lui, la grandeur et la force de la fonction de l’élu de la République par le biais du discours de la puissance publique, de la compétence et, surtout, de la Vérité. Mais voilà, la politique c’est, aussi, l’art de déjouer l’arithmétique. Et Olivier Ferrand était reparti des P-O incompris, pour n’avoir pas su être calculateur lorsque les circonstances locales l’imposaient.

Aujourd’hui, sur ce sol roussillonnais qu’il l’aimait tant, il ne s’écoule pas un jour sans qu’un plumitif sorti du bois médiatique ne lui tresse des lauriers. Ceux-là même qui, de son vivant, ne l’ont jamais rencontré, écouté, n’ont jamais voulu l’approcher, l’entendre. D’un seul coup, pour ces gens-là, Olivier Ferrand est un « génie sans bouillir », une icône-à-la-Pierre-Mendès-France, le Grand-Homme qui manquait aux P-O, celui qui aurait pu et aurait du nous entraîner vers le Paradis blanc…

Ces gens-là, qui n’ont de cesse depuis des années de salir le Pays catalan, de le ridiculiser à coups de gros mots, d’incompétences, de fausses indignations, etc, ont soudainement (re)trouvé un os à ronger, le temps d’un(e) mort. C’est effroyable. Lamentable. Tant de tels comportements ne grandissent pas les hommes.

De toutes façons, ces gens-là, il suffit de relire leurs écrits du temps où Olivier Ferrand, alors bien vivant, parcourait en long, en large et en travers la 4ème circonscription électorale des P-O, ont toujours confondu démocratie et médiocratie, égalité et égalitarisme, théorie et expérience.

Alors, rien d’étonnant à ce que aujourd’hui, ces gens-là inventent des situations – auxquelles Olivier Ferrand n’a jamais été mêlées, ni de près ni de loin – pour, en quelque sorte, retrouver le chemin de l’analyse et du raisonnement. Mais leurs retrouvailles demeures vaines et fausses ! Olivier Ferrand était totalement imperméable aux propagandes sectaires ou à l’intolérance de fondamentalismes.

Peu leur importe, à ces gens-là, d’évoquer la mémoire d’ Olivier, ils s’en servent pour continuer de régler leurs comptes parce que eux, tous seuls sur le chemin de la haine, n’ont jamais réussi à s’imposer auprès des habitants de ce département. Peu leur importe le sens de l’Etat qu’avait Olivier, son respect de ses engagements, sa rigueur en matière de finances, ses idées avant-gardistes dans la Recherche et pour l’Education, son ouverture d’esprit et sa générosite, ce qu’ils ont détecté en lui c’était l’individu providentiel, tombé du ciel, pour « casser » et détruire et détruire, encore et encore, des hommes et un système qu’ils n’ont jamais pu abattre par la voie des urnes.

Ces gens-là, Olivier ne les aimait pas. Il les connaissait. Il savait qu’ils l’utilisaient pour se servir de lui à la sauce politique catalane. Il savait que leurs enthousiasmes étaient de circonstances, de façade. Les vrais amis – BC, RM, AC, VG, LG… – étaient à Paris, mercredi, assis juste derrière le banc de la famille.

Olivier Ferrand était connu et respecté pour être un excellent gestionnaire, mais il était avant tout un grand visionnaire.