Mis à part les convaincus de la première heure – ou de la dernière heure à l’image du député de la 1ère circonscription, Romain GRAU (LaREM/ La République En Marche)… – qui soutiennent le mouvement de création de la marque « Pays Catalan », davantage d’ailleurs par idéologie et conviction identitaires, voire par opportunisme, que par réalisme économique et social, la plupart des chefs d’entreprise des Pyrénées-Orientab(l)es, restent perplexes, dubitatifs, quand ce n’est pas carrément indifférents à la démarche.

Ce sont souvent celles et ceux, aux commandes d’une entreprise qui exporte qui rejettent le plus l’initiative en tranchant ainsi : « Une étiquette « Made in Roussillon » serait plus lisible à l’extérieur de notre département pour nous mettre en avant car, passé Salses-le-Château, dans l’Hexagone et dans le reste de l’Europe, notamment au sein de l’espace francophone, quand on parle de Catalogne nos interlocuteurs pensent immédiatement à Barcelone et surtout pas à Perpignan. L’Histoire est passée par là, c’est inutile de perdre son temps et ses énergies en retournant dans le passé, regardons plutôt l’Avenir ! ».

Un autre chef d’entreprise, solidement implanté sur le MISC (Marché International Sant-Charles), s’étonne que près de trois décennies plus loin, trente plus tard !, on en soit encore à s’engluer dans le slogan « Perpignan la Catalane » : « C’est Jean-Paul ALDUY, qui l’avait décrété en 1993, dès son arrivée à la mairie de Perpignan, dans une interview je crois au Punt, qui soit dit en passant n’existe plus dans sa version roussillonnaise bilingue !, JPA avait lancé ce slogan, Perpignan la Catalane, comme une sorte de label, une signature fondée sur une identité reconquise pour, selon lui, affronter la compétition économique et médiatique que se livrent les métropoles… Regardez le résultat : nada ! Cela n’a rien donné, bien au contraire cela nous a plongé dans un flou médiatique folklorique. Heureusement qu’il y a Météo France pour nous rappeler quotidiennement où se trouve Perpignan : au sud de la France, aux pieds des Pyrénées en bord de Méditerranée. Mais il y a plus grave encore. Pour les mêmes raisons purement électorales – car c’est la stricte vérité – portées à l’époque par notre Zébulon alduyiste, voilà que nos sympathiques catalanistes nationalistes tombent dans le même piège tendu par une certaine Carole DELGA, présidente de la Région Occitanie. Et ils y sautent à pieds joints, dans ce piège ! Elle qui a obstinément refusé d’accoler le nom de « Pays Catalan » à la Région Occitanie, à sa Région, vient à Perpignan présenter ses vœux et donner aux habitants des P-O un os à ronger : trouvez-vous une marque (pas un pays ni un territoire !), une marque pour mieux vous identifier… Et voilà que nos sympathiques catalanistes nationalistes sortent du chapeau leur « marque repère »… On se croirait chez Leclerc, bouducon ! Affligeant, pitoyable… ».

Eh oui, près de trente ans plus tard, ALDUY sort de ce corps ! Car c’est le même Jean-Paul ALDUY qui écrivait dans « Une vie pour construire une autre idée de la politique », paru en 2014 aux éditions Les Presses Littéraires : « Ce travail sur Perpignan la Catalane n’était pas dicté par la nostalgie d’un passé brillant, mais au contraire tourné sur l’avenir, un avenir à construire en s’appuyant sur le dynamisme de la Catalogne et de Barcelone ; il fallait pour cela réarmer les ressorts d’une fierté collective, fierté de vivre dans une ville différente des autres par son identité, son histoire et son patrimoine (…) ». L’idée était somme toute tout à fait respectable et encourageante pour aider et contribuer à notre développement. Mais les investissements, des deux côtés des Pyrénées, n’ont jamais été au rendez-vous. Le constat est là. Aujourd’hui encore, et on les comprend, les industriels barcelonais préfèrent investir à Montpellier ou Toulouse, plutôt qu’à Perpignan, qui n’est même plus indiquée sur les panneaux de signalisation autoroutière à la sortie de la capitale catalane. C’est peut-être un détail de l’histoire, mais…

Pourtant, JPA l’aura fait le job, s’affichant fièrement avec les Jordi PUJOL, Pasqual MARAGALL, Artur MAS… et même très proche de José-Maria AZNAR (c’était lors du sommet franco-espagnol de Perpignan en octobre 2001), prenant ses distances sur la photo avec sur sa droite un certain Lionel JOSPIN et laissant derrière lui Jacques CHIRAC.

A force de ne regarder qu’au sud, JPA nous a fait perdre le nord, et surtout a déconnecté Perpignan de Toulouse et de Montpellier pour l’installer dans le cul de sac du tégévé. Pour quelqu’un qui était présenté aux Perpignanais comme un grand visionnaire… A l’époque où Jean-Paul ALDUY tenait ces propos, c’était, par exemple, pour une Ligne à Grande Vitesse (LGV) reliant Barcelone à Montpellier, remettant Perpignan au centre-du-monde, qu’il fallait se battre, se bouger, s’enflammer et s’enthousiasmer. Il fallait être jusqu’au-boutiste dans ses idées. Il y avait l’argent et les hommes (dont le communiste natif de Béziers Jean-Claude GAYSSOT ministre des Transports de 1997 à 2002 !)  pour le faire, plutôt que de viser un électorat purement clientéliste. Mais ça, c’était avant. On connait la suite. Elle est en train de s’écrire irréversiblement avec la toulousOccitane Carole DELGA. On dit merci à qui ?