Comme les départements du Gard (30), du Pas-de-Calais (62), du Var (83) et du Vaucluse (84), le département des Pyrénées-Orientales vient de rejoindre les espoirs du Front National au niveau national pour, les 22 & 29 mars prochains, créer l’événement et remporter la mise à l’occasion des élections cantonales.

A ce jour, en tenant compte de (presque) toutes les candidatures déclarées, officielles ou officieuses, il n’est pas nécessaire de sortir de Saint-Cyr, ou d’être parmi les figurants appointés sur le plateau télévisuel quotidien de l’émission d’ Yves Calvi, « C’est dans l’air » sur la 5, pour pronostiquer désormais que le parti de Marine Le Pen – FN/ RBM pour Rassemblement Bleu Marine – a toutes les chances de se qualifier pour le second tour, en s’offrant même le luxe d’arriver en tête au soir du dimanche 22 mars 2015 dans… quinze des dix-sept cantons des Pyrénées-Orientales !

En effet, seuls deux cantons des P-O serait épargnés par la vague Bleu Marine : ceux du Canigou et des Pyrénées-Catalanes. Dans tous les autres cantons, notamment ceux de la côte – Salanquaise, Sableuse et Vermeille – et ceux de l’agglomération perpignanaise, des observateurs roussillonnais venus d’horizons divers (universitaires, politiques, hauts fonctionnaires et économistes), qui se sont penchés sur la situation, et qui souhaitent conserver l’anonymat de leur Groupe pour ne pas subir de quelconques pressions, s’attendent à « un raz-de-marée historique du FN ».

Pour cela, leur approche s’appuie sur les binômes en piste, sur les derniers résultats électoraux – municipales et européennes – sur des projections locales à partir de faits économiques, sociaux, générationnels et identitaires.

Préfecture et Conseil Général des P-O pointés du doigt

D’abord, il s’étonnent ou plutôt ils s’indignent que les services de l’Etat – Préfecture en tête – et le Conseil Général des Pyrénées-Orientales « n’aient pas fait le job en amont ! ». A savoir : « Alors que pour la toute-première fois ce sont tous les cantons, tous les électeurs du département qui sont appelés aux urnes en même temps pour élire en bloc le Conseil départemental de la collectivité territoriale toute entière, nous sommes stupéfaits de constater qu’aucune démarche d’information, de communication – ne serait-ce que pour expliquer Qui vote et Quelle commune dans Quel canton ? – n’a été programmée ! Du coup, nombre d’habitants ne sachant pas dans quel canton leur commune est située ne se sentent pas concernés (…). Nous avons même testés des candidats qui – notamment dans les cantons de La Vallée de l’Agly, des Pyrénées Catalanes ou encore des Aspres – ne connaissent pas la totalité des communes situées sur leur territoire cantonal. Le comble ! ».

Toujours selon ces observateurs : « Le risque réel est que l’électorat ne se mobilise pas, et que nombre de candidats, parce qu’ils n’auront pas franchi la barre des 12,5% des électeurs inscrits – c’est-à-dire 25 à 30% des suffrages exprimés, en espérant qu’il y aura aux environs de 50-55% de votants, ce qui est loin d’être gagné – seront repêchés dans des circonstances désastreuses pour le débat démocratique (…) ».

Les observateurs tirent également la sonnette d’alarme sur le trop plein de candidatures : « C’est à gauche que la situation est à ce jour la plus dangereuse et donc forcément la plus critique : dans certains cantons – comme sur celui de la Côte Vermeille ou encore sur Perpignan, la profusion des candidats – PS-PCF, Parti de Gauche/ Front-de-Gauche, PRG, Ecolos, Divers Gauche, etc., se présentant en désordre de bataille, pourraient logiquement empêcher la gauche d’être présente au second tour, laissant la place pour le dimanche 29 mars à des duels exclusifs FN/ UMP-UDI-CDC ».

Le cas Bruno Delmas, qui a tout pour plaire mais…

Sur Perpignan plus particulièrement : « La présence de candidats estampillés L’Olivier et portés par leur guide spirituel – mais qui reste virtuel à ce jour et dans les résultats – Bruno Delmas, ne devrait pas faire de l’ombre aux candidats officiels de l’Union réussie par le trio François Calvet, Jean Castex et Jean-Marc Pujol, qui rassemble sous un même drapeau et slogan (Catalans gagnants… On espère que la veille l’USAP n’aura pas perdu le match !), la droite républicaine UMP, des centristes de l’UDI et des catalanistes du mouvement Convergence Démocratique de Catalogne (CDC). En effet, Bruno Delmas a déjà pour grande partie consommée son énergie lors des récentes élections municipales, il y a moins d’un an, et malgré son courage dans l’action, son discours électrifiant, la qualité de ses analyses qui demeurent cependant sur un ton populiste proche du FN, ses supporteurs se sont déjà exprimés en mars 2014 et ils n’ont pas empêché Jean-Marc Pujol d’être élu, seul contre tous. Bruno Delmas a tout pour plaire – son physique, sa connaissance du terrain, des groupies, ses réseaux chez les bloggeurs et les journalistes qui l’adorent et lui servent le verbe quotidiennement ignorant bizarrement tout un pan de son passif – il a tout sauf visiblement des militants prêts à le suivre jusqu’au bout. C’est là un handicap de taille. Il sera intéressant de suivre les cantons dans lesquels Bruno Delmas aura décidé de déclarer la guerre à l’UMP… étant lui-même UMP ! Que fera alors François Calvet, ès-qualité de Président du Comité Départemental de l’UMP’66 ? Obtiendra-t-il la tête de Bruno Delmas en le faisant exclure de l’UMP ? ».

Sur Perpignan toujours : « Le silence – et l’absence dans ce scrutin à venir – d’une Clotilde Ripoull, qui avait pourtant créé l’événement contre toute-attente en mars 2014, flirtant avec la barre des 10% lors des municipales, alors que tous les « sondages » (?) la reléguaient sous la barre des 5%, pourrait être attribué à l’Amitié qui lie le couple Clotilde-Jérôme Ripoull à Jean Castex, maire UMP de Prades, conseiller régional, ex secrétaire général adjoint de l’Elysée (du temps de Nicolas Sarkozy président de la République), et surtout chef-de-file de l’UMP-UDI-CDC pour les élections départementales des 22 et 29 mars prochains. Il est lui-même candidat sur le vaste canton des Pyrénées-Catalanes, qui s’étire de l’Andorre jusqu’aux communes de Los Masos et Eus, face au conseiller général sortant de la Majorité départementale PS-PCF, Georges Armengol (Divers gauche), par ailleurs maire de Saillagouse. A Paris, quelquefois en présence d’ailleurs du sénateur-maire de Le Soler François Calvet, Jean Castex et Jérôme Ripoull déjeunent régulièrement ensemble. Ceci expliquerait donc cela : la non-candidature de Clotilde Ripoull, pourtant longtemps annoncée comme binôme sur les cantons d’Elne, des Aspres ou de la Vallée de l’Agly ».

Sur Perpignan encore, la tâche des candidats UMP-UDI-CDC ne sera pas pour autant des plus aisées : « A cause d’un FN pronostiqué au plus haut de sa vitalité, la gauche pourrait conserver les cantons 8, 10 et 11, tandis que le FN n’aura jamais été aussi bien placé pour l’emporter sur les cantons 6 et 9. Dans ce cas de figure, l’UMP conserverait le canton 7 (actuellement Perpignan II avec les communes de Bompas, Villelongue-de-là-Salanque et Sainte-Marie)… Maigre butin ».

L’analyse relève également « Que sur Perpignan, en l’absence directe et frontale du maire Jean-Marc Pujol, qui n’est pas candidat à cette échéance électorale, il sera intéressant de mesurer le poids de ses colistiers qui seront sur le terrain : Caroline Ferrière-Sirère et Olivier Amiel sur Perpignan III/ Cabestany (le canton 8 désormais) ; Annabelle Brunet et Richard Puly-Belli sur Perpignan I/ Vernet (le canton 6 désormais) ; Chantal Gombert et Bernard Lamothe sur Perpignan VI/ Toulouges (le canton 11) ; Joëlle Anglade sur Perpignan II/ Bompas (le canton 7) ; Véronique Vial sur Perpignan V/ Canohès (le canton 10 désormais) ; Isabelle de Noël-Marchesan et son 1er adjoint Romain Grau sur Perpignan IV/ Moulin-à-Vent (le canton 9 désormais). En n’imposant que ses adjoints ou conseillers municipaux de sa Majorité municipale, Jean-Marc Pujol tente-t-il de rééditer un exploit « à la manière de Paul Aduy » (à ne surtout pas confondre avec son fils, Jean-Paul Alduy) ? Y réussira-t-il ? Réponse dans moins de 6 semaines ».

Dans tous les cas de figure exprimés à partir de ce constat, les observateurs notent que « l’on pourrait s’acheminer vers aucune majorité absolue, si ce n’est à partir d’ententes souterraines qui échapperaient à toute logique républicaine, mais qui seraient le fruit de combinaziones politiciennes ».

Le Groupe nous promet une analyse plus affinée à partir du dépôt définitif des binômes sur les dix-sept cantons.

A suivre.