Crise sanitaire (COVID), L’Avant et L’Après…

Sensible à la terrible séquence que nous traversons, d’un point de vue sanitaire, mais aussi social et économique, le MoDem’66 saisit l’opportunité de l’échéance des élections Départementales, pour rappeler que bien des problèmes étaient déjà posés avant la crise, notamment sur l’accès aux soins de nos concitoyens, mais aussi cherche et propose des pistes de solutions pour préparer la sortie, en particulier sur des applications territoriales, espérant que nous aurons appris collectivement de nos erreurs passées.

Un plan massif d’investissement pour l’Hôpital et une revalorisation des carrières, avait été promis par le Président de la République le mercredi 25 mars 2020 à Mulhouse, où un hôpital militaire de campagne avait été monté avec et dans les difficultés que l’on sait.

Alors qu’une note du 17 juillet du ministère de la Santé, évaluait à 16 800 le nombre d’infirmiers supplémentaires nécessaires pour passer des 5 100 lits de réanimation permanents à 12 000, comme envisagé dès le mois d’août par le ministre Olivier Véran, le jeudi 29 octobre, le président, lors du discours annonçant le reconfinement de l’automne, annonçait dans son préambule la formation (express) de 7 000 infirmiers, le financement de nouveaux lits de réanimations (passés alors de 5 100 à 5 800 ), et faisait allusion à un plan de huit milliards investis par an dans l’Hôpital et notre santé, consentis à la sortie du Ségur de la Santé. Le tout, dans l’ambiance de sidération, de défiance et d’incompréhension dont nous avons tous été à la fois témoins et plus ou moins acteurs.

Logique naturelle d’une pandémie mise à part, ce qu’a révélé la crise sanitaire, à la population comme à ses élites, est d’abord notre impréparation à ce genre de séquences, et au-delà, l’importance des services publics, dont l’ordre naturel est venu cruellement nous rappeler la préciosité.

L’ultra-libéralisme triomphant des années 90 (chute du Mur de Berlin) comme on sait, a entrepris de démanteler l’Etat, dans la pente de l’ère Friedman qui avait amorcé le virage des années 80, mais sans doute cet optimisme et politiques ultra-libérales ont-elles montré leurs limites, et leur inconséquence tragique, en nous laissant vulnérables, tout nus, sans autres outils pour nous défendre que la privation de libertés individuelles par le biais du confinement général.

Les citoyens redécouvraient avec la crise pandémique, la valeur de notre corps soignant, qui, faute de bons salaires était payé d’applaudissements, mais aussi la valeur des enseignants qui avaient le mérite de s’occuper de nos enfants, mais encore de la Police voire de l’Armée.

Hollywood avait beau nous inonder de scénarios catastrophe d’épidémies ou de guerres bactériologiques, nous découvrions tous avec stupeur qu’il n’y avait dans le réel aucun plan, aucun protocole, et que très peu de moyens.

Si « Gouverner, c’est prévoir « , nous découvrions que peut être nous n’étions plus « gouvernés ».

Concernant la santé, la crise n’a été qu’un accélérateur de particules qui nous a révélé au fond, dans la violence de son paroxysme, ce que nous savions déjà. Le service public avait été réduit à son minimum vital, avec des ressources humaines épuisées, mal formées, mal gérées, mal considérées, mal payées, conduisant à des crises de vocation.

Au fameux discours du jeudi 29 octobre, le Président de la République s’excusait presque en expliquant qu’il fallait cinq ans pour former un infirmier réanimateur et dix pour un anesthésiste, et écartait aussitôt la piste de bon sens au prétexte de l’urgence. N’aurons-nous pas besoins d’infirmiers réanimateurs dans cinq ans et d’anesthésistes dans dix ? Nous pensons qu’au-delà de la gestion au jour le jour de la crise, il est approprié de saisir l’opportunité de préparer l’avenir.

S’il y a des services publics à retricoter. Retricotons-les.

D’autant que la Santé, tâchons de ne pas l’oublier, y compris dans les médias, ne se limite pas à la gestion de la COVID-19 (et de ses variants).

 

(Source Carto santé et DRESS 2020)

 

Dans notre département :

Pour ceux qui ont la mémoire « du monde d’avant », nous serons tous de bonne foi en admettant que les choses ne fonctionnaient déjà pas bien. Le désert médical et la crise de l’Hôpital étaient déjà des dossiers brûlants avant l’irruption de la pandémie.

Nous avons tous l’expérience personnelle de difficultés croissantes ces dernières années, à trouver un médecin traitant, à prendre rendez-vous avec un spécialiste à moins de trois mois, à passer une nuit entière à attendre aux urgences dans des conditions de stress éprouvantes, pour les patients comme pour les personnels dont nous partageons la tension des engorgements et de la pressurisation.

Dans notre département, nous voyons des classes moyennes s’orienter spontanément vers le privé, fuyant l’Hôpital de Perpignan considéré occupé par des classes précarisées, créant une partition sociale, en plus de la partition territoriale qui indique un accès aux soins particulièrement difficile au nord (Fenouillèdes) et à l’ouest des Pyrénées-Orientales, et un accès présenté comme sans difficultés dans la plaine côtière à l’est (voir carte ci-dessus).

Pour ceux qui éprouvent les dysfonctionnements et problèmes déjà nombreux existants dans la zone de Perpignan et de son agglomération, annoncée comme sans difficultés, imaginez le calvaire des populations qui résident en-dehors de cette zone.

L’accès aux soins est de plus en plus difficile. Si dans les zones sous-dotées on peut mettre en avant la désertification médicale, force est de constater que dans les zones surdotées, les habitants peuvent rencontrer les mêmes difficultés d’accès aux soins.

 

 

Définition :

Est un désert médical, une zone qui cumule les trois difficultés suivantes :

– l’Accessibilité Potentielle Localisée (APL) aux médecins généralistes est inférieur à 2,5 (consultations / an/habitant),

– la première pharmacie est située à plus de 10 minutes de trajet motorisé

– le premier établissement de soins d’urgence est situé à plus de 30 mn de trajet motorisé.

 

 

Qu’est-ce qu’un désert médical ?

Un désert médical peut désigner un territoire où les patients doivent parcourir plus d’une dizaine de kilomètres avant de trouver un médecin généraliste. Il est aussi défini par le délai d’attente pour un rendez-vous médical : plus d’une semaine pour un médecin généraliste à plusieurs mois pour certains spécialistes.

 

 

Causes :

– Territoire majoritairement rural (non attractif pour de nouvelles installations de jeunes médecins)

– Médecins généralistes partent à la retraite sans trouver de remplaçants

– Vieillissement de la population

– Jeunes Médecins qui ne souhaitent pas exercer de manière isolée

-Souhait des jeunes médecins d’allier vie professionnelle/vie familiale (Horaires non étendus)

– Souhait des jeunes médecins d’êtres salariés

– Médecins généralistes ne prennent plus de nouveaux patients faute de temps et de disponibilité

– Développement des Actions de prévention et d’éducation thérapeutique.

 

 

Pistes à mettre en place (différentes en fonction des territoires)

1. Les Internes

– Proposer une bourse aux internes dès la 6ème année, et ce pendant trois ans, ayant pour contrepartie une obligation de s’installer à exercer sur le territoire du financeur un certain nombre d’années, pour les territoires en demande

– Face aux carences, inviter les internes étrangers à venir faire leur stage dans les centre médicaux, ce qui peut faciliter leur installation et intégration en France, sachant que ceux-ci privilégient le statut de salarié.

2, Les IPA ( Infirmiers en Pratique Avancé )

– Reconnaître la nouvelle fonction, et généraliser sa mise en place dans l’objectif de répondre à un 1er niveau médical.

3, Les Jeunes Médecins

– Créer des centres de soins concertés sur les territoires

– Conventionnement des médecins sur leur temps d’activité souhaité.

 

 

Coordination privé/ public

Comment se fait-il qu’il soit effectué des transferts de patients COVID public/public par hélicoptères dans des départements autres (voire même à l’étranger) alors que nous avons des cliniques qui depuis déjà des mois se sont équipés avec du matériel de pointe, ont formé leur personnel et sont sûrement en attente de sollicitations et d’une mobilisation ?

La mise en concurrence des établissements à trouvé ses limites dans la crise sanitaire.

Lorsque le rapport privé/public dans le système actuel a posé nombre de questions dans la gestion de la pandémie. Les deux secteurs doivent pouvoir coopérer de façon plus fluide et systématique, y compris en périodes hors crises.

Une harmonisation qui s’apparente à de l’aménagement du territoire à l’échelle d’un département, et que le « politique » doit pouvoir arbitrer en bonne intelligence et en respect des acteurs en présence.

Sans doute faudra-t-il faire l’inventaire des ressources en présence dans les deux secteurs pour mieux les complémentariser et donc les optimiser, en cherchant à mieux répartir les services sur le territoire, en concertation avec la population, les établissements, les personnels, les collectivités, et les institutions concernés.

Par les systèmes d’insertion par le travail, de retour à l’emploi, coordonnés avec d’autres organismes (Chambre des Métiers/Chambre de Commerce/ARS), le Département devrait avoir vocation à synchroniser les efforts et être le facilitateur permettant à chacun d’être efficient dans ses missions, et à initier les rééquilibrages attendus, avec une vue d’ensemble sur les besoins techniques, financiers comme en ressources humaines.

 

 

Transports d’urgence

Le Conseil Départemental étant en charge de la gestion des routes et des déplacements (notamment des routes départementales), prioriser l’entretien et la sécurisation des axes identifiés comme voies d’accès aux centres de soins.

Si l’on considère toujours que le premier centre de soins d’urgence doit se situer à moins de trente minutes  de la résidence d’un citoyen où qu’il se trouve, il faut garantir à ce dernier un trajet motorisé sécurisé permettant ce délai dans des conditions d’urgences.

 

Formations

Enfin, étant donnée la crise des vocations, des campagnes de sensibilisation et d’informations pourraient être instaurées ou intensifiées, notamment dans les collèges (compétence du Conseil Départemental), aux niveaux où les élèves sont déjà exposés à des choix d’orientation.

Les compétences de l’action sanitaire et sociale, de l’enseignement, comme des politiques publiques volontaristes du département, rendent ce dernier légitime pour des actions visant à changer le regard de la jeunesse sur le service public comme sur les métiers de la santé, et travailler à le rendre attractif.

Quant aux formations professionnelles, les cinq ans évoqués pour les infirmiers réanimateurs ou dix ans d’anesthésistes ne doivent pas nous priver de les former dès maintenant pour garantir l’avenir, pour lequel, COVID ou pas, nous aurons besoin en toutes circonstances de personnels qualifiés ( et correctement rémunérés ) pour soigner au mieux notre population, dont nous sommes conscients qu’elle est vieillissante, et sera d’autant plus en demande de services de soins et de santé.

Le MoDEM’66 fut heureux d’entendre le Président de la République, dans son adresse depuis l’Elysée du 12 mars 2020, il y a un an pile, tenir les propos suivants, que nous saurons rappeler à ceux qui les auraient oubliés :

« Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties. Ce que révèle d’ores et déjà cette pandémie, c’est que la santé gratuite sans condition de revenu, de parcours ou de profession, notre Etat-providence ne sont pas des coûts ou des charges mais des biens précieux, des atouts indispensables quand le destin frappe. Ce que révèle cette pandémie, c’est qu’il est des biens et des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché ».

Nous sommes bien d’accord.

Le MoDEM’66