Communiqué du Collectif Alternative aux Pesticides (CAP’66)

 

« Consultation publique sur une Charte qui autorise l’épandage de pesticides à proximité des lieux habités : un leurre !
Notre collectif lutte depuis plus de dix ans pour proposer et promouvoir des alternatives aux pesticides en mettant en évidence les dangers de toutes les molécules contenues dans ce qui est appelé pudiquement par la profession agricole « produits phytopharmaceutiques »

 

Leurs effets nocifs sur la santé des utilisateurs, des riverains et de tous les citoyens n’est plus à démontrer.
Ils sont en premier lieu la cause de maladies professionnelles avérées chez les agriculteurs et salariés utilisateurs, un facteur de risque important pour des problèmes de santé graves chez les populations riveraines, en particulier les plus fragiles.
Ils sont enfin la cause principale de la disparition des abeilles, des insectes et de la biodiversité, et contribuent à la pollution des nappes phréatiques et captages d’eau potable dans les zones d’utilisation intensive.
Pourtant malgré la demande publique de plus en plus forte d’un environnement sain, malgré les engagements à réduire leur utilisation la consommation de pesticides en France a augmenté de 20% entre 2009 et 2018 !
Après la mise en place de zones de non traitement dérisoires en décembre 2019, le gouvernement se décharge maintenant sur les chambres d’agriculture en leur donnant la possibilité de limiter encore ces zones sous couvert de chartes d’engagements à l’échelle départementale.

Que dire de la charte Riverains proposée par la Chambre d’Agriculture ?
Elle a été élaborée sans aucun représentant des populations et des riverains concernés au premier chef, et sans les syndicats et associations représentatives susceptibles d’apporter une réelle controverse . Bref une petite concertation entre « amis » de la FDSEA* et de la Chambre d’Agriculture du Roussillon…
Pire encore, la synthèse de la consultation publique est confiée à la Chambre d’Agriculture elle-même qui se trouve ainsi dans une position de « juge et partie ».
S’agissant de son contenu, elle prévoit des zones de non traitement à proximité des habitations possiblement inférieures au minima de cinq et dix mètres prévues par le décret, alors même que ces minima sont bien en deçà de ceux qui seraient nécessaires pour protéger la santé des riverains !
La plupart des mesures proposées ne sont rien d’autre que le respect des normes minimales en vigueur ! Les traitements utilisés se feront seulement avec des produits disposant d’AMM… c ‘est bien le minimum qu’ on est en droit d’ exiger s’ agissant de pesticides !De même les matériels d’application utilisés seront contrôlés et les applicateurs disposeront d’un certificat de compétence, le Certiphyto ! Était-il besoin de le préciser ? .. car il s’ agit là du minimum légal exigible !
La charte propose également le respect des conditions météos prévues par la législation : en clair 20 KM/H maximum…pourquoi ne pas le préciser pour que le public concerné en soit informé en particulier dans notre département très venté et soumis à la tramontane ?
La Charte prévoit aussi un comité de suivi, mais quel sera son rôle dès lors qu’aucun contrôle du respect de ces engagements par un organisme indépendant n’est prévu, pas plus qu’un régime de sanctions ?
L’objectif des professionnels rédacteurs de cette charte était- il vraiment le « bien vivre ensemble » et la protection de la santé de nos concitoyens ?
Cette proposition de Charte n’est donc qu’un leurre, alors que cela aurait pu être l’occasion d’une concertation réelle avec toutes les parties prenantes, voire même d’expérimenter dans les zones concernées des cultures « sans » traitement, ou uniquement à base de produits de biocontrôle puisque ces derniers ne nécessitent pas de ZNT !…
Nous proposons mieux encore, que les cultures mitoyennes de riverains soient conduites en bio en utilisant les dispositifs d’aide à la conversion bio existants, d’autant que notre département est à la pointe dans ce domaine puisque la surface agricole conduite en bio atteint déjà 27% des surfaces cultivées ! ».

CAP’66

 

*FDSEA = Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles