La saison estivale 2022 est lancée. Avec l’agriculture et le bâtiment, l’hôtellerie et la restauration constituent le pilier de notre économie départementale : le Tourisme. Tour d’horizon avec Brice Sannac, hôtelier-restaurateur à Banyuls-sur-Mer, récemment élu à la tête de l’UMIH’66*, au dynamisme incontestable, ambitieux, qui pourrait être qualifié de « jeune loup aux dents longues », sauf que lui n’a pas besoin de chausser une paire d’Air Max pour décoller et porter des projets, tout est dans la tête ! Il est également accompagné d’une équipe syndicale très pro… Et si dans ce XXIe siècle, la Génération 66 était enfin Là ?

 

Brice Sannac, l’horizon, l’avenir, en lignes de mire !

 

-Ouillade.eu : la hausse des matières premières, l’inflation… doit-on s’attendre cet été à une augmentation sensible du prix des menus dans les restaurants ?

Brice Sannac : « Pour nos métiers, c’est la triple peine… Nous avons à conjuguer la hausse des énergies fossiles? dont nous sommes hyper dépendant? à la hausse du coût du travail (qui était déjà l’un des plus importants d’Europe), suite à l’accord mixte paritaire du mois de mars qui a acté une augmentation en moyenne de 16% de nos collaborateurs.
Enfin, l’augmentation des produits – tels l’huile, le poisson, la viande -, rend l’addition encore plus complexe pour nos professionnels qui sont obligés de répercuter sur l’addition du client ! J’invite donc les professionnels à être très vigilants sur leurs marges car nous avons une dette COVID à rembourser dans chacune de nos entreprises, ne l’oublions pas ».

-Ouillade.eu : l’autre grand problème du moment dans la profession des « CHR », ce sont les nombreux postes de saisonniers qui restent vacants alors que la saison estivale est déjà commencé…

Brice Sannac : « C’est effectivement un sujet qui me préoccupe au plus haut point ! En tant que chef d’entreprise d’abord, car je suis concerné par ce manque de collaborateurs, en tant que Président de Syndicat patronal ensuite, car c’est toute une filière qui est en danger, et avec elle les filières associées telle que l’agriculture. Je suis aussi inquiet en tant que citoyen, car quand je vois notre département avec une chômage à 10%, et plus de 5 000 postes vacants, je me demande où est passé la valeur du travail, de l’effort collectif !
Je crains que cet été de nombreux restaurateurs soient obligés de fermer des services, c’est déjà le cas sur le littoral et qui dit fermeture de services, refus de prestation dit baisse de chiffre, baisse de croissance et affaiblissement de notre économie. J’alerte depuis de nombreuses semaines les pouvoirs publics au sujet de cette pénurie, un travail a été initié avec Pôle Emploi mais sans trop de résultats, hélas. Il faut que les acteurs économiques se saisissent de ce sujet, c’est ce que je compte bien défendre auprès de l’Interpro dans les jours qui viennent ».

-Ouillade.eu : justement, comment jugez-vous la politique du Tourisme dans le département des Pyrénées-Orientales ?

Brice Sannac : « Il est grand temps de mettre en place une organisation qui fédère toutes les associations, arrêtons le mille-feuilles, arrêtons de partir dans tous les sens, regroupons nous ! Nous avons l’un des plus beau département, nous avons la montagne et la mer, nous avons de super produits, avec un verger et des terroirs magnifiques en quantité et en qualité, nous sommes stratégiquement très bien placés sur la route du sud en Europe… mais on ne sait toujours pas se vendre! Ce constat est terrible. Tout ça parce que chacun, dans son coin, prêche uniquement pour sa chapelle. Je le répète, il faut fédérer tout le monde, tous les acteurs du secteurs, et pour cela je le dis haut et fort : à un moment donné, si l’on veut réussir, être à la hauteur de nos ambitions et des défis qui nous interpellent, l’économie doit prendre la main sur la politique. A un moment donné, il faut taper du poing sur la table pour faire bouger les lignes, pour dépasser nos querelles intestines, pour avancer. Ce département doit s’orienter vers les secteurs qui embauchent, le Tourisme et le Bâtiment, notamment. On n’envoie pas des fusées dans l’espace d’ici ! ».

-Ouillade.eu : c’est presque un coup de gueule que vous poussez là…

Brice Sannac : « Oui, et je l’assume totalement. Absolument. Arrêtons dans nos communes qui ont une vocation touristique et festive de prendre des arrêtés restrictifs contre le bruit, contre la Fête, etc. Faut-il rappeler que dans les P-O l’activité touristique pèse 35% du PIB ?!… Et 4 500 emplois directs. Nous sommes le 7e département français pour le tourisme, et le N°2 dans la vaste région Occitanie/ Pyrénées-Méditerranée. Régionalement nous sommes même le N°1 si on ramène l’activité touristique globale à la population permanente départementale. Voilà la réalité et le poids des chiffres ».

 

 

 

-Ouillade.eu : depuis quelques mois, vous présidez l’Union départementale des Métiers de l’Industrie Hôtelière (l’UMIH’66), selon vous qu’est-ce qui manquerait à votre profession afin qu’elle soit plus influente dans les instances politiques départementales ?

Brice Sannac : « C’est vrai qu’avec davantage d’élus issus de nos professions liées au Tourisme, ce serait plus facile. Certes, selon le vieil adage : on est jamais aussi bien défendu que par soi-même. Mais il ne faut pas désespérer. Regardez, maintenant nous avons avec Laurent Gauze un hôtelier à la tête de la Chambre de Commerce et d’Industrie des P-O (CCI’66) ! Mais ce n’est pas qu’au niveau local que le problème se pose : nous sommes, la France, la 1re destination touristique mondiale… et nous n’avons pas un ministère du Tourisme à part entière ! ».

-Ouillade.eu : comment voyez vous l’avenir ?

Brice Sannac : « Nous avons tout à faire, nous avons les clés pour réussir. A nous tous, en commun, décideurs et décisionnaires, élus et socio-professionnels, administrations et entreprises, collectivités locales et territoriales, à nous tous de tirer ensemble dans le même sens, dans la même direction, vers le haut. Osons – tout en étant respectueux évidemment de nos richesses naturelles, des gens qui habitent ici et d’un certain art de vivre local, des traditions qui sont également un « plus » -, osons affirmer un certain élitisme car de Cerbère jusqu’à Marseille il n’existe pas de telles criques, un tel trait de côte mêlant pêle-mêle le sable, la roche, les étangs, la montagne qui plonge dans la mer Méditerranée… Il faut se remuer, si on ne veut pas rater le « dernier » train, rester à quai sur la touche, car l’ère de la mondialisation ne nous fera pas de cadeau ! Mais j’insiste à nouveau : il faut composer avec tout le monde, avec les gens du territoire, agir dans l’épanouissement de toute la population. C’est par l’Economie que ce département se réveillera et se révèlera, j’en suis plus que jamais convaincu ! ».

 

Propos recueillis par L.M.

 

*Brice Sannac, président de l’UMIH’66, délégué consulaire CCI’66, hôtelier-restaurateur à Banyuls-sur-Mer (Les Elmes – La Littorine).