Hier, dimanche 19 juin 2022, à l’occasion du second tour des élections législatives, les électeurs des Pyrénées-Orientales ont tourné une grande page de l’histoire politique départementale : ils ont envoyé à l’Assemblée nationale les quatre candidates présentées par le Rassemblement National (RN) dans les quatre circonscriptions des P-O, et soutenues bien évidemment par le maire de Perpignan et vice-président du RN, Louis Aliot

 

Et dire qu’il y a deux-trois ans d’ici, encore, voire quelques mois à peine pour certaines d’entr’elles, ces quatre femmes étaient pratiquement de parfaites inconnues du grand public… Depuis hier, elles sont passées du statut « d’inconnues » à celui de « célèbres ».

Louis Aliot a gagné son pari. C’est un triomphe électoral qu’il peut légitimement s’attribuer personnellement. Car avant lui, seul Jean-Paul Alduy, alors président de l’UMP’66, avait réussi à faire le grand chelem : c’était en 2007 : avec Daniel Mach (sur la 1re circonscription), Arlette Franco (sur la 2e), François Calvet (sur la 3e) et Jacqueline Irles (sur la 4e).

Mais la situation était absolument différente : François Calvet, par exemple, n’avait pas eu besoin du soutien alduyiste pour se faire réélire, puisqu’il était déjà député de la 3e circonscription depuis 2002. Pareillement pour Arlette Franco, autre exemple, déjà en place dans le fauteuil de député de la 2e circonscription depuis 2002 également…

Deux personnalités du Roussillon donc qui ne devaient rien ou si peu, à Jean-Paul Alduy, politiquement s’entend.

En plus, il est nécessaire de rappeler qu’en 2007, lorsque les quatre circonscriptions des P-O ont envoyé quatre député(e)s UMP à l’Assemblée Nationale, Nicolas Sarkozy (UMP himself) venait d’être élu Président de la République Française. Et donc : rien de comparable assurément avec l’exploit électoral réalisé hier par le RN sous la houlette de Louis Aliot.

Si sur la 2e circonscription des P-O, où le RN était déjà installé dans le fauteuil de député depuis la précédente mandature (2017 – 2022), l’élection de sa candidate, Anaïs Sabatini, n’a pas vraiment constitué une grande surprise, en revanche son score fleuve, sans appel, est impressionnant : 61,23% des suffrages exprimés. Un score à rapprocher de Marine Le Pen dans son fief du Pas-de-Calais : 63,21%. Près de 10 000 voix d’écart – un océan – entre Anaïs Sabatini (26 682 voix) et Frédérique Lys (16 897)…

Anaïs Sabatini a littéralement balayé, croqué, la Déléguée départementale des Macronistes, Frédérique Lys (LaREM/ Ensemble!), dont elle n’a fait qu’une bouchée. Cette dernière n’en finit plus d’ailleurs d’accumuler les échecs électoraux. Elle les collectionne, les insuccès, cela semble même être devenu une addiction chez elle, sa marque de fabrique.

Sur la 3e circonscription, Sandrine Dogor-Such (RN) était opposée à la seule candidate rescapée de la NUPES en Roussillon pour ce second tour, Nathalie Cullell. A l’arrivée, là aussi, y’a pas photo : près de 3 000 voix d’écart en faveur de la première : 19 299 voix (54,11% des suffrages exprimés) contre 16 368 voix (45,89%).

Sur la 1re et la 4e circonscription des P-O, on notera que les deux députés sortants, Romain Grau et Sébastien Cazenove, tous deux affiliés à la « Macronie » (LaREM), ont été battus. Et, là aussi, spectaculairement. Les électeurs n’ont fait ni dans le détail ni dans la dentelle pour en arriver là. Le légendaire « front républicain » s’est effondré, il a fondu comme neige au soleil. La tactique ne marche plus. Disparue, comme dans la chanson de Jean-Pierre Mader.

A y regarder de plus près, plus sérieusement, ce n’est pas le travail des deux parlementaires Cazenove et Grau qui semble avoir été (re)mis en cause par ce vote couperet-coup-de-massue de l’électorat, mais c’est bien là le résultat d’un climat ambiant à l’échelle du pays dont ils ont fait les frais.

Bon, en même temps, on ne peut pas dire aux électeurs de la NUPES « haro sur Macron », d’appeler à voter contre le Président de la République fraîchement réélu sur l’ensemble du territoire national… et leur demander de soutenir les députés de Macron en Pays Catalan « pour faire barrage à l’extrême droite ». Cela n’a aucun sens, au plan des convictions. Cela est même d’un ridicule inachevé. C’est vraiment prendre les électeurs pour des imbéciles, des crétins, des C…

Sur la 1re circonscription, c’est la Perpignanaise Sophie Blanc (RN) qui s’impose avec 15 859 voix (53,87% des suffrages exprimés) face à Romain Grau (13 583 voix et 46,13%).

Sur la 4e circonscription, c’est la Banyulencque Michèle Martinez (RN) qui bat Sébastien Cazenove : 24 332 voix (56,28% des suffrages exprimés) contre 18 905 au député sortant (43,72%).

Le clientélisme politique, la confrérie médiatique, les éléphants du système, les annonceurs de tragédies et des apocalypses, les maîtres de l’épouvante, les « de triste mémoire »… Cette fois-ci, cela n’a pas matché dans l’opinion publique nord-catalane. Le CD est rayé, il est temps, Messieurs les aboyeurs, de passer à la clé USB !

 

L.M.