Interview d’Agnès LANGEVINE (EELV), candidate sur Perpignan aux prochaines élections municipales (15 & 22 mars 2020), publiée ce dimanche 19 janvier 2020 sur le site du quotidien « Le Monde »…

 

 

« Municipales : EELV veut faire de Perpignan un symbole contre l’extrême droite
Louis ALIOT, le candidat du RN, est le grand favori de scrutin de mars, mais la liste écologiste gagne en popularité »
(Par Abel Mestre Publié hier à 09h16)
Le scénario paraissait improbable il y a encore quelques mois. Et si une liste de gauche, écologiste, gagnait à Perpignan ? Sur le papier, l’équation semble quasiment impossible. La ville est à droite depuis plus de soixante ans. Et c’est l’une des places fortes de l’extrême droite. D’ailleurs, Louis ALIOT, le député Rassemblement national (RN) des Pyrénées-Orientales, est le favori pour les élections de mars. Avec plus de 120 000 habitants, une forte communauté pieds-noirs, et des problèmes d’insécurité et de pauvreté endémiques, Perpignan est la plus grosse cible du parti lepéniste aux municipales.
Mais le fond de l’air a changé du côté nord de la Catalogne. Un vert teinté de rouge et de rose se diffuse. Deux femmes pourraient changer la donne. Avec des profils et des parcours bien différents. Du côté d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), Agnès LANGEVINE a réussi à rallier le Parti socialiste (PS) mais aussi une fraction de La France insoumise (LFI). Vice-présidente de la région Occitanie, elle veut montrer un visage « raisonnable » de l’écologie politique.
Caroline FORGUES, elle, représente L’Alternative. Une liste « citoyenne » qui a reçu, entre autres, le soutien officiel de LFI, des communistes, de Génération.s, du NPA ou encore de la Gauche républicaine de Catalogne (ERC). Elle met en avant sa méthode « participative », la seule capable selon elle de tourner la page de l’« alduysme » (du nom des anciens maires Paul Alduy et de son fils Jean-Paul qui ont régné sans partage sur Perpignan entre 1959 et 2009) et de battre l’extrême droite.
Les deux listes ont beaucoup en commun : toutes deux sont écologistes et de gauche, et veulent lutter contre le clientélisme qui a longtemps été de mise. Un sondage de l’IFOP créditait la liste EELV de 14,5 % des suffrages, et celle de L’Alternative de 13,5 %. Pour le second tour, une fusion des deux listes (derrière Mme LANGEVINE) talonnerait Louis ALIOT : 27 % contre 29 %.
Yannick JADOT ne s’y est pas trompé. L’homme fort d’EELV, qui devrait être candidat à la présidentielle, veut faire de Perpignan la mère des batailles. En cas de victoire d’Agnès LANGEVINE, cela prouverait que l’écologie est l’alternative au RN. M. JADOT tiendra ainsi un meeting dans la ville le 31 janvier, en même temps que M. Aliot. Plusieurs invités sont prévus, dont l’essayiste et eurodéputé apparenté socialiste Raphaël GLUCKSMAN. « Face au national-populisme, l’écologie politique peut incarner un vote d’espoir parce que nous apportons des réponses aux multiples crises que nous vivons, qu’elles soient environnementales ou sociales », veut croire M. JADOT.

 

« Réparer la ville »

 

Mais M. ALIOT n’est pas le seul homme à battre : pour gagner, il faut devancer le maire sortant Les Républicains (LR) Jean-Marc PUJOL et le candidat de La République en marche (LRM), Romain GRAU. L’ancienne militante au Planning familial, née en 1968, veut « réparer la ville ». « Il faut préparer la ville au choc climatique, faire de Perpignan un laboratoire d’une nouvelle économie climatique, avec des solutions relocalisées, égrène-t-elle prenant l’exemple de la ville allemande de Fribourg. Il faut aussi réparer le tissu urbain, instaurer la gratuité des transports, végétaliser. » Il y a aussi un volet social qui est de toute première importance dans la « troisième ville la plus pauvre de France », où le taux de chômage atteint « 85 % dans certains quartiers » et où le trafic de drogue est important.
Pas question pour Mme LANGEVINE de faire une campagne « à gauche toute ». Elle en est persuadée : la ville se gagne au centre. « Ici, il n’y a pas la culture de la démocratie participative. Nous ne sommes pas à Grenoble [ville gagnée en 2014 par l’écologiste Eric PIOLLE, à la tête d’une alliance de toute la gauche]. »
La pique s’adresse évidemment à Caroline FORGUES. La militante associative écologiste de 45 ans, non encartée, est ingénieure conseil dans le domaine environnemental. Elle met en avant une stratégie horizontale, « municipaliste ». « Nous voulons que les habitants reprennent le pouvoir, détaille-t-elle dans son local de campagne en centre-ville. Nous sommes de gauche, nous portons des valeurs de solidarité, de vivre-ensemble, sans exclusive. C’est l’assemblée citoyenne qui prend les décisions. Cette méthode, c’est notre projet. On va créer des contre-pouvoirs, pour surveiller nos pratiques si nous sommes élus. »

 

Une fusion des deux listes serait-elle possible au second tour face à Louis ALIOT ? Mme LANGEVINE répond sans hésiter : « Je prendrai mes responsabilités, il n’y a aucune ambiguïté. » Chez Mme FORGUES, c’est plus compliqué, du fait des multiples chapelles politiques qui la soutiennent : « On pense à des scénarios, mais ça dépendra de la situation. On discutera de ça collectivement. Ce n’est pas en agitant la peur du RN que l’on fera voter les gens pour le battre. »

 

Pour Nicolas LEBOURG, chercheur perpignanais en sciences sociales qui prépare une étude sur la ville avec Jérôme FOURQUET de l’IFOP, la victoire de la gauche semble un objectif inatteignable. « La gauche représente 25-30 % des voix à Perpignan. Lors des élections européennes, le PS était très faible. Et sociologiquement, la ville est très difficile pour EELV. C’est une ville peu diplômée, un territoire enclavé avec des tensions sociales dues au chômage et à un cosmopolitisme très important, rappelle-t-il. Ce sera très difficile de gagner face au RN. Ce n’est pas sans raison que la droite tient la mairie depuis 1959. »

 

 

Abel MESTRE (Perpignan, envoyé spécial)

 

 

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