Chaque Française et Français a en mémoire cette phrase essentielle de Voltaire qui à elle seule vaut tous les discours de la planète et toutes les caricatures (ini)maginables, sur la liberté d’expression et sur la liberté de la presse : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dîtes, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire »

En privant de paroles, ou plutôt en muselant-bâillonnant le journaliste-polémiste Eric Zemmour, qui officiellement n’est toujours pas candidat à la prochaine élection présidentielle, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) commet là une grave et irréparable faute historique, une « première » qui ne restera pas sans conséquences et qui, aux yeux de l’opinion publique internationale, n’a pas fini de placer la France et ce qu’il reste de sa République sur le banc des démocraties bancales.

Pensez donc : on prive de parole un candidat à la présidence, Eric Zemmour… qui à ce jour ne l’est toujours pas, candidat ! Abracadabrantesque.

On espère, pour le moins, qu’un député de la République Française va se lever pour demander une enquête parlementaire afin de savoir qui a fait pression sur le CSA avant d’en arriver là.

Cette France, terre des droits humains qui, autrefois, hier encore, était le refuge de nombreux intellectuels pourchassés tout le long de l’Histoire contemporaine – par des Augusto Pinochet, Ali Khamenei, Hafez el-Assad, Bachar Al-Assad, Hissène Habré, Alexandre Loukachenko, Blaise Compaoré, Bokassa et autres Laurent-Désiré Kabila -, piétine aujourd’hui la liberté d’expression avec le courageux soutien des professionnels de la profession des journaleux-besogneux de connivence avec l’air du temps ambiant élyséen-matignonesque ; matignonables à souhaits.

Pauvre France !

En agissant ainsi, les membres du CSA nous renvoient dans les pires heures de « l’information à la française » – ou plutôt de la désinformation -, sous le régime de Vichy, par exemple, lorsque la presse française était (in)dépendante pour partie du ministère de l’Information, avec aux commandes un Henri Moysset, ou un Paul Marion ou encore un Pierre Laval. Sans commentaires.

Le dernier ministre de l’Information aura été feu Jean-Philippe Lecat, en 1974 – sous la Ve République dont nous sommes tributaires encore – supprimé avec l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir. Il était temps. Pauvre VGE, on l’accable régulièrement de tous les maux, et pourtant il a libéré, décorseté, la France de nombreux carcans.

Jean-Philippe Lecat, dans sa fonction de ministre de l’Information, n’était que le ventriloque de feu Pierre Messmer, le chef du gouvernement de l’époque, qui allait lui-même à Canossa (le palais de l’Elysée) demander auparavant au Président Pompidou ce qu’il fallait dire ou ne pas dire, écrire ou ne pas écrire, raconter ou ne pas conter, etc.-etc.

Douce France !

Force est de constater aujourd’hui, que les pays qui se sont dotés d’un système ou d’un organisme comparable au CSA « made in France », ne sont pas les plus reluisants et étincelants au niveau démocratique. Bien au contraire.

Ceci expliquerait cela : la 34e place « seulement » de la France dans le classement annuel mondial de la liberté de la presse… Mais cela ne semble pas émouvoir pour autant les syndicats de journalistes ; d’ailleurs on retiendra leur silence assourdissant, abrutissant, dans ce qu’il convient désormais d’appeler « l’affaire Eric Zemmour ».

 

L.M.