« Fermetures et restrictions budgétaires :
Le Front National pilote-t-il la politique culturelle perpignanaise ?

L’entretien du leader frontiste dans le quotidien régional L’Indépendant (édition du 20 juin), a surpris tout le monde. Le conseiller municipal FN y tient des positions très conciliantes et courtoises à l’égard du Maire de Perpignan. Courtoisie partagée puisque le leader frontiste avoue à propos de JM. Pujol « Il lui est même arrivé de me donner raison en conseil municipal. ». Le député européen-conseiller régional et conseiller municipal va encore plus loin dans le rapprochement. Il soutient maintenant le passage de l’agglomération perpignanaise en communauté urbaine. Alors que M. Aliot avoue qu’il contredit la ligne du FN qui « est contre les regroupements de communes », il justifie pourtant son ralliement en reprenant mot pour mot les arguments du maire.
Ce changement de cap est inédit. Lors de la campagne municipale M. Aliot ne ménageait pas ses attaques. Battu au second tour, il promettait une opposition résolue. On peut donc s’interroger sur les raisons de ce soutien du Front National à l’égard de la politique municipale perpignanaise. Il y a à l’évidence une bonne raison. Peut-être un accord tacite passé entre le responsable frontiste et le maire « Républicain » ? Et pas forcément sur les dossiers de la sécurité ou de la dette, auxquels on pourrait immédiatement penser. L’interrogation mérite d’être posée : si c’était plutôt sur le dos de la culture et des acteurs culturels – contre lesquels le Front National est généralement si virulent – que cette entente s’est faite ?
En reliant les dernières décisions de Jean-Marc Pujol en matière de culture on peut s’interroger. A l’évidence, la fermeture de l’école des Beaux-Arts n’est pas pour déplaire au Front national ? La fin du festival Les Estivales (au moment de l’année où Perpignan, en concurrence avec les attractions balnéaires, devrait redoubler d’efforts) n’a bien sûr pas été contestée par le FN. Quant à la diminution de 12% des moyens annuels attribués par la mairie au théâtre de l’Archipel – c’est-à-dire 500 000 euros de moins – elle sera évidemment soutenue par M. Aliot, puisque cette option lui convient. Que dire encore du centre Walter Benjamin ouvert avant les élections ? Il est aujourd’hui plus souvent fermé qu’ouvert, privé d’un programme d’expositions. Sans doute pour ne pas irriter les élus frontistes qui n’ont jamais montré un goût affirmé pour l’art contemporain.
Quand on sait qu’un euro investi dans la culture rapporte trois euros dans les activités touristiques, économiques et commerçantes d’un territoire, cette politique anti-culturelle est une absurdité totale.
J’entends déjà les cris d’orfraies de la part de la municipalité pour contester ce rapprochement idéologique. Cependant, ces décisions prises, en quelques mois, attestent qu’un terrain d’entente a su être trouvé.
Faut-il rappeler qu’il y avait eu un acte avant-coureur. Dès 2012 M. Aliot a en effet soutenu (1) « au nom de la mémoire des Français d’outre-mer », le très controversé Centre de la présence Française en Algérie, créé sous l’impulsion de M. Pujol. Bien que présenté comme un élément culturel, on imagine que la subvention à cette structure ambigüe ne subira pas en 2015 une baisse de 12%, comme le théâtre de l’Archipel.
On rétorquera que la culture n’est pas si malmenée que cela à Perpignan puisqu’un nouveau musée Rigaud ouvrira d’ici quelques années. Oui mais, cette hirondelle tardive, loin d’annoncer le printemps culturel, ne suffira même pas à faire oublier les fermetures et les restrictions subies. De surcroît, l’émergence d’un lieu consacré à l’art classique et au grand siècle – une période qu’apprécie le Front national – ne pouvait qu’agréer le leader frontiste.
Alors oui, quand on voit les dernières décisions prises par la Ville de Perpignan au détriment de la culture, d’une part, et quand on mesure l’entente cordiale de MM.Aliot et PUJOL, on est en droit de s’interroger pour savoir qui pilote vraiment la politique culturelle perpignanaise ».

 

(1) http://www.lexpress.fr/actualites/1/politique/perpignan-dedie-un-lieu-aux-francais-d-algerie-le-pen-pas-loin_1076172.html