Dans nos villages, et je suis bien sûr tenté de dire à Estagel plus qu’ailleurs, du haut de mes 70 ans, j’ai toujours assisté et contribué, à des discussions vives, passionnées, mais empreintes de cette saveur particulière de la sincérité. Si, pour une raison ou une autre cette dernière était absente, la pâte ne prenait pas et la levure était perdue. Ces discussions n’étaient pas l’apanage des veilles d’élections. Elles avaient lieu tous les jours de l’année. Les moments privilégiés étant les fins de semaine au moment de l’apéro. Aux moments où les esprits, comme chacun le sait, sont les plus réceptifs.

Jamais, dans le dos, ses discussions étaient souvent des joutes oratoires ou chacun pouvait entendre, en toute franchise, devant un auditoire toujours nombreux, les vérités des uns et des autres. Et si des noms d’oiseaux fusaient dans le feu de l’action, ils étaient vite oubliés, car au-delà, l’envie de vivre ensemble était la plus forte. À croire que les choses ont changé.

Agression verbale dans la rue

C’est certain. Les choses ont bien changé.
Aujourd’hui, ce sont des individus qui habitant dans le village, sont complètement invisibles. Ils ne se lèvent même pas, pour acheter le pain le matin à la boulangerie sur la place Arago. Ils ne savent pas ce qu’ils perdent au niveau des rapports humains. Avec cette pratique quelque peu méprisable pour les citoyens du village, ils resteront dans leur petit contexte d’initiés, soit disant intelligents, ne pensant qu’à une petite vie dite tranquille. Ils ne peuvent pas comprendre que d’autres puissent réfléchir, écrire, penser. Comme c’est triste ! Mais cette vie, finalement, ne correspond pas à cette envie de vivre, inaltérable, pour celui qui aime ses semblables. Qui aime la vie tout simplement ? Qui veut participer au changement du cours de l’histoire, qui signe ses écrits.

Alors, voilà l’affaire !

Je venais de finir, sur ma façade, la jardinière pour fêter les beaux jours qui arrivent. J’étais vraiment content de pouvoir admirer mon œuvre. Tout à coup, dans mon dos, une voix chargée de colère, à la limite de haine. Je ne suis vraiment pas habitué à ce genre de chose.
Et là, je vois un individu, tout seul, me tendant un tract. Être seul pour faire un acte militant, n’a jamais été une preuve de force. Mais militant quand même, car tout seul, pour faire le tour des boîtes aux lettres du village, il faut 9 – 10 heures de travail. Ceci en parlant avec les personnes rencontrées. Bien sûr, sans les agresser. Avec ma longue pratique, je vois dans l’instant le signataire : Mélenchon.
L’individu en question, me reprochant un écrit paru, ou je disais mon désaccord sur les propositions de la FI*, pour régler la situation de la sécu. Faudrait-il dire amen et se taire ? Une seule parole à respecter étant celle du messie ? Mais cette conception, est juste une maladie qui se soigne.
Il devait me dire, que je ne faisais ainsi qu’entretenir le RN**.
Ses propos, à mon avis, ne pouvaient être interprétés que d’une seule manière : « Ferme ta gueule ».
Dans une période précédente de ma vie, la révolte aurait grandi dans l’instant dans ma tête. Les réponses seraient certainement arrivées abruptes, souveraines, mais toujours correctes, loin de l’insulte.
Comme quoi, l’âge aidant, la fièvre ne monte pas aussi vite. Heureusement d’ailleurs !
D’un geste que j’ai voulu tendre, comme une caresse, j’ai demandé à celui qui voulait visiblement en découdre, de continuer son chemin dans les rues tortueuses du vieil Estagel.
Une chose est certaine. Ce n’est certainement pas avec ce genre d’approche, que l’on va me convaincre pour une cause ou une autre. De plus, je revendique haut et fort, ma liberté de pensée. Ceux qui me connaissent savent cela.
Cette attitude, aurait-elle une ressemblance avec les autres, souvent agressives des militants FI que nous pouvons lire dans les réseaux sociaux ? Serait-ce une constante érigée en politique ? J’espère de tout mon cœur d’homme sincèrement de gauche (communiste non encarté) que ces manières ne sont le fruit que de quelques éléments perturbateurs qui ne comprendront jamais, que l’union est un combat comme le disait Etienne Fajon. Mais un combat propre !

Joseph Jourda

 

*LFI : La France Insoumise

**RN : Rassemblement National