En séance publique du conseil municipal du 7 mars 2012 présidé par Michel Moly (PS), maire de Collioure et 1er vice-président du Conseil général des Pyrénées-Orientales, il a été décidé », par dix-huit voix pour et seulement deux contre, du démontage des arènes…

C’est une page de l’Histoire locale qui se tourne.
Sous l’impulsion de son maire, Michel Moly, le conseil municipal a donc décidé de démonter les célèbres arènes de Collioure. Celles-ci seront cédées à Olivier Boutard (domicilié à Saint-Etienne-du-Grès dans le département des Bouches-du-Rhône), pour un montant de 6 000 euros (le démontage étant en plus à sa charge).

C’est à la demande effectivement du maire de Collioure que cette décision a été votée. Lors d’un long et brillant exposé – dont nous publions ci-dessous l’intégralité – légendé par un diaporama, Michel Moly a pesé le pour et le contre, évitant précautionneusement d’engager le débat sur le côté émotionnel et passionnel du dossier qui, rappelons-le, touche un site historique de la Perle de la Côte Vermeille.

« Aujourd’hui, a expliqué Michel Moly, en ouvrant l’ordre du jour de ce Conseil municipal, nous aurons à nous prononcer sur un éventuel démontage des arènes. Cette décision est conjoncturelle et ne signe pas de manière rédhibitoire la fin de l’existence d’arènes à Collioure : il y aura toujours la possibilité dans les années à venir, pour nous-mêmes ou pour la nouvelle Municipalité qui sera élue en 2014, de construire, acheter ou simplement louer de nouvelles arènes, sur le même site ou sur un autre site à déterminer. Car une interruption ne ferait pas perdre à la Ville son statut de « ville de tradition taurine ».

Toutefois, l’importance que les arènes ont toujours eue, depuis fort longtemps et jusqu’à nos jours, dans notre ville rend particulièrement grave la question qui nous est posée. Notre réponse marquera, quoi qu’il en soit, leur longue histoire. Cette histoire, certains d’entre vous ne la connaissent pas très bien, et d’autres en auront, comme moi, oublié quelques chapitres. Je vous en propose donc, avant d’entamer notre débat, un petit résumé :

C’est dès que l’on a commencé à y organiser ce qui n’était pas encore, à proprement parler, des « corridas » mais des « courses de taureaux » (jeux de capes et banderilles, courses à la cocarde, sauts par-dessus le taureau…), que la Ville s’était dotée de ses premières arènes. Cela d’abord dans les fossés du Château Royal, clôturés par de vieux tonneaux, charrettes et planches de récupération, puis, vers 1885, sur le Voramar, semblablement « aménagé ».

BRûLéES UNE PREMIèRE FOIS PAR LES ALLEMANDS

Avant cela, quand il ne s’agissait encore que de « corre-bous », cela se déroulait simplement dans la rue. Plus précisément dans la rue menant aux abattoirs, puisqu’il s’agissait, en principe, de veiller au bon état sanitaire des animaux avant leur abattage, comme cela était inscrit dans le cahier des charges des boucheries (Le bœuf était simplement lâché dans la rue, retenu par une longue corde attachée aux cornes).

En 1920, alors que la corrida « moderne » s’était imposée (il s’agissait alors essentiellement de « novilladas », avec des toreros à pieds ou à cheval), le Comité des Fêtes et de Bienfaisance rachetait les vieilles arènes en bois d’Amélie-les-Bains pour les remonter au pied du glacis du Château, l’actuel Parking de la Poste. Plutôt sommaires, plus carrées que rondes, sans contrepiste (ou callejón), une partie des « gradins » étant constituée par les glacis du Château, et avec un platane dans la piste !

Elles seront brûlées par les Allemands en 1943-44. En 1945, de nouvelles arènes seront construites au même endroit, toujours en bois. En 1949, on les dotera d’une contrepiste.

C’est en 1956, qu’elles seront transférées à leur emplacement actuel, près de la gare, et vendues par la Municipalité de l’époque à un particulier, M. Etienne Pouly, chef d’une lignée d’éleveurs et de toreros d’Arles-sur-Rhône, qui les restaurera en 1962, renforçant la structure en bois par une armature métallique.

Sa veuve, Mme Pouly-Tardieu, prendra sa succession de 1969 à 1975, puis son fils, Lucien Tardieu reprendra le flambeau en 1976.

En 1989, les promoteurs M. et Mme Arnaud rachetaient les arènes. Leur ambitieux programme immobilier conçu autour de celles-ci ne verra jamais le jour , et les arènes seront rachetées par la Municipalité le 12 juin 1998.

Depuis le temps, la structure s’était fortement détériorée et ne répondait plus aux normes de sécurité en vigueur.

La Municipalité, dans un premier temps, avait opté pour un système de location d’arènes démontables puis, en raison des coûts de location devenus prohibitifs, elle décidait d’acheter une semblable structure qu’elle avait eu l’opportunité de trouver d’occasion (opération rentabilisée en moins de dix ans, coûts de maintenance inclus).

Mais, durant toutes ces époques, les arènes n’ont pas servi uniquement à des spectacles taurins ; elles ont accueilli bien d’autres évènements. Car, elles ont toujours été le seul site de la ville pouvant accueillir autant de spectateurs.

CONCERTS APRèS GUERRE

La période de l’après-guerre fut particulièrement brillante, avec la présentation des plus grandes vedettes de l’époque : Tino Rossi, Maurice Chevalier, Edith Piaf, Les Frères Jacques, Joséphine Baker… On rêverait aujourd’hui de pouvoir rééditer de telles affiches avec des artistes actuels…

Mais les animations étaient les plus diverses : il y avait aussi les fameuses « Charlottades » (parodies burlesques de la corrida), le Carnaval, des spectacles folkloriques… et même un match d’exhibition de tennis avec le grand champion Yvon Petra (plusieurs fois vainqueur des internationaux de France, joueur de la Coupe Davis entre 1937 et 1947, il reste à ce jour le dernier Français vainqueur de Wimbledon, en 1946). Cela est resté vrai pour les périodes plus récentes.

« Toros-piscines », jeux pour enfants, spectacles équestres, concerts (notamment de grands concerts à but caritatif organisés avec ces associations comme « Beach Rugby » – au profit des pupilles des Sapeurs-Pompiers – ou l’ARSEP – pour la recherche sur la Sclérose en Plaques 6)
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons convoqué un peu hâtivement ce Conseil Municipal extraordinaire. En effet, il y avait urgence : nos collègues en charge de l’animation ont déjà entamé l’élaboration du programme des animations estivales et il était impératif pour eux de savoir si les spectacles qui jusque là s’y déroulaient régulièrement allaient pouvoir être maintenus.

UN PARKING, EN ATTENDANT L’AMéNAGEMENT URBAIN DU SITE

Parce que le problème, pour cet été, est que pour pouvoir les utiliser, il serait impératif d’engager préalablement d’importants travaux de rénovation de la structure pour répondre aux normes de sécurité : toute la peinture est à refaire, des planches à changer, certaines parties à consolider… représentant un budget global estimé à plus de 60 000 €.

Et cela dans une période particulièrement difficile sur le plan économique (nous venons à peine d’apprendre, que la dotation de l’Etat allait connaître une baisse de 5,64 %, soit près de 60 000 € !), et alors même que l’organisation de spectacles taurins à Collioure s’avère aujourd’hui déficitaire, consécutivement à la hausse importante du prix d’une corrida quand, simultanément, les recettes connaissent une baisse conséquente.

Regrettons au passage que les aficionados roussillonnais ne se déplacent guère pour les spectacles proposés aux arènes de Collioure, ce qui semble assez paradoxal aux yeux des organisateurs quand on sait que la Ville a reçu les félicitations de l’Association des Critiques Taurins de France pour la qualité de ses spectacles…

J’en profite pour adresser tous mes remerciements aux membres de la Commission Taurine, et plus largement à tous les élus qui se sont impliqués, y compris dans les municipalités précédentes, dans cette « démarche qualité ».

Quoi qu’il en soit, dans les conditions économiques difficiles que nous connaissons, l’engagement financier que cela représenterait ne me paraît pas raisonnable, et je vais donc vous proposer de voter pour le démontage des arènes. En sachant que nous avons trouvé un acheteur pour la structure, ce qui couvrira largement les frais de démontage.

Si vous votez, comme je vous y invite, et pour les raisons précédemment indiquées, pour le démontage des arènes, il est clair que nous devons réfléchir à l’avenir du site et son éventuel aménagement urbanistique.

Dans un premier temps, il est évident qu’on pourra (qu’on devra) se contenter d’utiliser l’espace libéré comme aire de stationnement, ce qui serait déjà une bonne chose pour la prochaine saison, compte-tenu des problèmes que nous connaissons à ce sujet.

Mais nous devons avoir une vision à plus long terme pour ce site aux abords de la gare SNCF, dont la situation, un peu excentrée et en même temps tout proche du centre ville, offre d’intéressantes potentialités.

D’autant que la Ville, qui avait su anticiper, est aujourd’hui propriétaire de tous les terrains, rachetés, à des époques différentes (déjà avec vos prédécesseurs puis avec vous, et je me félicite au passage de cette continuité de notre politique foncière) pour certains à la SNCF, pour d’autres à des particuliers.

Divers projets pourront donc être étudiés dans le cadre de la révision en cours du Plan Local d’Urbanisme, la rénovation de l’avenue Maillol, l’axe d’accès principal de la zone, devenant dès lors un atout supplémentaire pour son développement.

En conclusion : Vu le contexte économique ; Vu l’investissement que constitue la rénovation obligatoire des arènes pour pouvoir y organiser des spectacles ; Vu que les spectacles taurins sont aujourd’hui déficitaires ; Vu que nous avons trouvé un acheteur pour la structure, ce qui compensera largement les frais de démontage ; Vu les nouvelles perspectives de développement de la zone près de la gare, avec l’avenue Maillol bientôt entièrement refaite et le Plan Local d’Urbanisme en cours de révision ; Vu que la reconnaissance de notre Ville comme « ville de tradition taurine » n’est pas remise en cause ; Je vous propose donc de voter pour le démontage des arènes, et la vente de la structure ».