Comme il fallait s’y attendre, certains médias nationaux ont décidé de braquer leurs projecteurs sur le canton du Bas Vernet (Perpignan IX) à l’occasion du second tour des élections cantonales, qui aura lieu dimanche prochain, 27 mars 2011.

Le score – 34,61 % des suffrages exprimés – réalisé dimanche dernier, lors du 1er tour de ces élections cantonales, par le candidat « frontiste » Louis Aliot, vice-président national du FN, n’est certes pas étranger à ce choix médiatique, d’autant, selon les observateurs, « qu’il constitue l’une des plus belles promesses pour le Front national d’emporter un siège de conseiller général le soir du dimanche 27 mars 2011″…

Louis Aliot affrontera Toussainte Calabrèse, PS, candidate de la Gauche Rassemblée. Celle-ci est arrivée loin derrière avec 18,02 % des suffrages exprimés, mais surtout, pour sa première participation électorale, Toussainte Calabrèse a éliminé de la compétition Nicole Gaspon (PCF-FDG), ancienne 1ère vice-présidente du conseil général des P-O (1998-2004), en même temps qu’elle a définitivement sorti celui qui était présenté (et soutenu) par une partie de la presse écrite locale comme étant soi-disant le grand favori de ces cantonales sur le Bas Vernet : Jean-Louis de Noëll, ancien patron départemental du Front national (1995-1998), recyclé sous les couleurs de l’UMP par la volonté du sénateur-président UMP de l’Agglo PMCA (Perpignan Méditerranée Communauté d’Agglomération)…

Nombre d’adjoints de la Ville de Perpignan et de conseillers politiques de l’UMP des P-O, avaient tenté (sans succès) d’intervenir auprès de Jean-Marc Pujol, maire UMP de Perpignan, et donc de Jean-Paul Alduy, pour les convaincre « de ne surtout pas investir Jean-Louis de Noëll du soutien de l’UMP », les mettant en garde sur les risques d’une confusion politique glissante de la droite à l’extrême-droite.

Jean-Paul Alduy et Jean-Marc Pujol n’ont jamais voulu entendre ce message, tandis que les voix dissonnantes s’élevaient de plus en plus au sein de l’UMP : par exemple, Gilles Foxonet, maire de Baixas, secrétaire départemental de l’UMP des P-O, vice-président de l’Agglo PMCA, ne s’était pas rendu à l’inauguration de la permanence électorale de Jean-Louis de Noëll, au Bas Vernet. D’autres l’avaient d’ailleurs parfaitement imité dans cette démarche, même si, ce jour-là, ils étaient plusieurs centaines (selon l’autre partie de la diaspora « Umpiste » de Perpignan), à trinquer avec leur candidat.

En l’adoubant de la sorte, MM. Alduy, Pujol et Consorts – les députés UMP François Calvet (Le Soler) et Daniel Mach (Pollestres), le conseiller général Jean Rigual (Perpignan/ Moulin-à-Vent) – pensaient très vraisemblablement faire un bon coup, face à Louis Aliot, se souvenant que Jean-Louis de Noëll, lors des municipales en 1995, avait rassemblé sur son nom (et celui du Front national) environ 36 % des suffrages exprimés. De Noëll avait fait encore mieux, en 1997, lors des législatives : il s’était maintenu au second tour dans le cadre d’une triangulaire perdue d’avance, pour éliminer le député sortant gaulliste, Claude Barate (RPR), et faire élire par ricochet le maire communiste de Cabestany, Jean Vila, de par ailleurs conseiller général du canton Perpignan III (depuis le 29 mars 1992). Jean-Louis de Noëll tombeur de Claude Barate « fidèle ennemi juré » de Jean-Paul Alduy… Ce dernier ne pouvait que l’aimer !

Bref, autant de faits historiques, de détours dans la petite histoire locale, d’alliances (d)étonnantes, de chamailleries incroyables et de copinages antagonistes qui ont fait que maire de Perpignan et sénateur-président de l’Agglo PMCA pensaient avoir trouvé en Jean-Louis de Noëll « la perle rare », le fameux cheval de Troie pour faire plier le FN. C’est, peut-être, aller vite en besogne et, surtout, c’est faire totalement abstraction de l’indémodable réalité qui a toujours fait que l’on préfère l’authentique à la copie, le réel au calque, l’original au clone, etc-etc. Les électeurs du Bas Vernet ne s’y sont pas trompés en infligeant à Jean-Louis de Noëll, dès le 1er tour, une défaite électorale des plus humiliantes : malgré tout le poids de la Ville à ses côtés, malgré l’extravagance d’une alliance inavouée allant de l’extrême-droite (du fait du passé politique du candidat) au centre -gauche (du fait du choix de sa suppléante, Mme Amouroux), malgré la présence répétée à ses côtés des ténors et barons locaux « Sarkozistes », la candidature Jean-Louis de Noëll n’a pas convaincu : 515 voix… Soit, encore, 16,46 % des suffrages exprimés.

Pour avoir négligé cet aspect des choses, ou plutôt pour s’en être moqués en le traitant par-dessus la jambe pensant « avoir du nez », pensant agir comme « des preneurs de taupes », pensant « avoir du vice dans la toupie », voire réussir là un tour de passe-passe depuis l’arrière-boutique des municipales, le résultat final pourrait s’avérer désastreux, douloureux en tout cas, pour « l’Alduyisme » dans la perspective de 2014. Car l’entrée dimanche prochain de Louis Aliot dans l’hémicycle de l’assemblée départementale des Pyrénées-Orientales lui ouvrirait des portes toutes grandes – et une voie royale – pour tenter d’accéder à la mairie de Perpignan par les quais de la Basse toute proche… Seul, désormais, un vote républicain sur la candidate de la Gauche Rassemblée, Toussainte Calabrèse (PS), pourra venir mettre un terme à ce scénario que certains chroniqueurs politiques locaux estiment « déjà bien enclenché ».